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Lettre d’un Comorien à Emmanuel Macron (Le Monde)

par Omar Mirali 8 Juin 2017, 02:00 Macron Kwassa-Kwassa Comores Lettre Françafrique France

Dans une lettre ouverte, cet enseignant fait part de son indignation après les propos du président de la République, le 1er juin, visant les habitants de l’île.

 

Emmanuel Macron, le 4 juin à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
Emmanuel Macron, le 4 juin à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Kamil Zihnioglu / AP

[Lors d’un déplacement en Bretagne, jeudi 1er juin, Emmanuel Macron a plaisanté sur les embarcations sur lesquelles périssent de nombreux migrants comoriens tentant de rejoindre Mayotte, le département français voisin. « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent », avait lancé M. Macron, dont les propos ont déclenché une vive polémique. Lundi, Le président français et son homologue comorien Azali Assoumani se sont entretenus au téléphone, convenant de « travailler dans un esprit d’apaisement et de confiance mutuelle ».]

 

 

LETTRE OUVERTE

Monsieur le Président de la République,

Cent trente ans d’histoire unissent les peuples français et comorien. Une histoire faite de soubresauts, d’aléas, de douleurs qui, malgré tout, n’ont fait que renforcer les liens de solidarité, d’amitié et de proximité entre la France et les Comores.

Cependant, en 1995, Edouard Balladur instaurait le tristement célèbre visa, qui porte son nom, entre Mayotte et le reste de l’archipel des Comores. Dès lors, le peuple comorien a été morcelé, des familles entières avec enfants aux Comores et parents à Mayotte ou réciproquement, divisées. Et c’est bien dans ce contexte de rupture forcée, que les Comoriens se rendent, au péril de leur âme, à Mayotte.

En 2012, année la plus noire de l’histoire de ces familles forcées au départ, les Comoriens ont pleuré 138 morts et disparus. Depuis, le nombre de morts entre l’île d’Anjouan et Mayotte n’a cessé d’augmenter sous nos yeux impuissants.

« Un peuple ami, blessé et vexé »

A la mémoire de ces milliers de morts depuis l’instauration du visa Balladur, vous déclarez [le jeudi 1er juin lors d’une visite en Bretagne] : « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien. » Ces propos regrettables, admettez-le, salissent notre histoire commune et, à vrai dire, vous déshonorent. Le Comorien n’est pas un vulgaire...

 

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