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Une victoire d'En Marche annoncée aux législatives françaises (WSWS)

par Alexandre Lantier 6 Juin 2017, 21:56 En Marche Elections Législatives France

(c) AFP

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A une semaine du premier tour des législatives, la formation d'Emmanuel Macron, La République en Marche (LREM) est en passe d'obtenir une majorité écrasante à l'Assemblée nationale. Selon une série de sondages récents, LREM recevrait plus de 30 pour cent des voix et dominerait l'Assemblée avec une majorité d'entre 335 et 390 sièges sur 577.

Ces législatives marqueraient un effondrement historique pour le Parti socialiste de l'ex-président François Hollande. Crédité d'environ 8 pour cent des voix au premier tour, le PS n'obtiendrait qu'entre 25 et 35 sièges ; la France insoumise (FI) de Jean-Luc Mélenchon et le Parti communiste français (PCF) stalinien n'obtiendraient qu'environ 12 et 3 pour cent des voix et une trentaine de sièges réunis.

C'est un bilan dévastateur d'un demi-siècle pendant lequel le PS a dominé ce qui passait pour la « gauche » en France et mené des politiques de guerre et d'austérité. La survie du PS, l'axe central de la politique social-démocrate et des diverses organisations de la petite-bourgeoisie radicalisée d'après 1968, est en question. Ce serait la pire défaite infligée au PS par les électeurs depuis sa fondation en 1971, dépassant largement sa défaite de 1993, à la fin du mandat du premier président de la République étiqueté PS, François Mitterrand, quand le PS a été réduit à 57 sièges.

L'abstention s'annonce très forte, à 45 pour cent des électeurs inscrits, sur fond de mécontentement massif de la population avec la classe politique. L'alliance des Républicains (LR) et de l'UDI obtiendrait sous ces conditions environ 22 pour cent des voix et entre 95 et 115 sièges, alors que les néo-fascistes du Front national (FN) obtaindrait 18 pour cent des voix et entre 5 et 15 sièges.

La large disparité entre le nombre de voix et le nombre de sièges s'expliquerait par l'organisation à deux tours des législatives. Puisqu'il faut remporter un nombre de voix supérieur à 12,5 pour cent du nombre des électeurs inscrits pour avancer jusqu'au second tour, un candidat doit remporter presque le quart des voix pour avancer si la moitié des électeurs s'abstiennent. Des partis qui n'ont un tel soutien que dans un petit nombre de circonscriptions se trouvent fortement pénalisés.

La victoire annoncée de LREM ne correspond pas à une approbation populaire du programme d'Emmanuel Macron, malgré la propagande tonitruante qui lui font les médias. La vague macroniste, avouait France Info, « ne semble pourtant pas correspondre aux souhaits des électeurs, puisque la moitié d'entre eux, seulement, jugent préférable que le chef de l'Etat dispose d'une majorité. Seuls 37 pour cent lui souhaitent une majorité absolue. »

Cette défiance politique des masses envers Macron est entièrement correcte. Selon ce qui a filtré des intentions de l'Elysée, Macron destine cette Assemblée, dominée par un parti fondé l'année dernière et constitué en grande partie de novices en politique, à servir de chambre d'enregistrement pour une transformation profondément réactionnaire du régime social et politique.

Parmi ses premières actions seront de voter une loi d'habilitation permettant à Macron de modifier par ordonnances le Code du Travail et la loi Travail de Hollande. Le but serait de casser les indemnités de licenciement, de permettre aux patrons de négocier des conventions collectives qui ne correspondent pas aux accords de branche et au Code du Travail, et plus largement de casser les protections sociales obtenues par les travailleurs au courant du 20e siècle.

L'austérité serait particulièrement intense, car afin de mener à bien sa collaboration avec Berlin et de transformer l'Union européenne en un rival militaire des Etats-Unis, Macron veut rétablir le service militaire et augmenter massivement l'effort de défense.

L'Assemblée voterait également une loi qui transposerait dans le droit commun les provisions de l'état d'urgence, donnant à l'exécutif et aux forces de l'ordre des pouvoirs répressifs exceptionnels. De larges sections de la classe politique s'attendent à une opposition explosive des travailleurs aux attaques sociales de Macron, et la cible de cette mesure sera avant tout la classe ouvrière.

Macron veut imposer le diktat de l'aristocratie financière aux Français sans aucune légitimité démocratique. 70 pour cent des Français étaient hostiles à la loi Travail de Hollande, même sans les mesures les plus réactionnaires que Macron compte à présent rajouter par ordonnances, et deux-tiers des jeunes Français sont hostiles au service militaire universel.

Macron peut espérer obtenir une majorité absolue malgré l'impopularité de sa politique surtout à cause de l'abdication par Mélenchon et par le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) de leurs responsabilités politiques. S'ils n'ont pas osé appeler à voter Macron le 7 mai, au second tour des présidentielles, ils ont tout fait pour indiquer qu'ils étaient d'accord avec la campagne du PS, de LR et des médias qui traitaient Macron d'alternative démocratique à la candidate FN, Marine Le Pen.

Seul le Parti de l'égalité socialiste, la section française du Comité international de la Quatrième Internationale, a appelé à un boycott actif du second tour des présidentielles, et averti les travailleurs que Macron ne serait pas une alternative à Le Pen pour les travailleurs. Ceci a souligné le gouffre de classe qui sépare le PES de Mélenchon, du NPA, et du reste de la périphérie politique du PS.

Mélenchon, après avoir progressé jusqu'à 20 pour cent du vote au premier tour des présidentielles grâce à la colère populaire suite aux frappes de Trump le 7 mai en Syrie, est vite retombé dans les sondages. Plutôt que de faire appel à l'opposition populaire contre Macron, il essaie très publiquement de développer une alliance avec lui.

Ayant proposé de devenir le premier ministre de Macron et de lui offrir « la main avisée d’un sage qui connaît de quel côté est le bonheur du peuple », Mélenchon offre à présent de travailler avec les ministres de Macron. Il s'est targué la semaine dernière d'avoir planifié une rencontre avec le Garde des sceaux, François Bayrou, un homme de droite, pour voir s'il ajouterait des mesures de son programme présidentiel à la loi sur la « moralisation » de la vie politique française.

Quant au NPA, il a déclaré que Macron était « le meilleur représentant des politiques libérales mises en place depuis 30 ans », mais qu'il « comprenait » les travailleurs qui votaient Macron contre Le Pen. Ceci minimisait l'ampleur de la contre-révolution préparée par Macron, dont la politique est bien à droite de celle menée par le PS il y a 30 ans.

L'élection de Macron avec le soutien tacite de la FI, du NPA et d'organisations semblables a confirmé la justesse de l'appel du PES à un boycott. D'ailleurs, il n'y a pas d'issue électorale pour les travailleurs dans les législatives, pas plus que dans les présidentielles. Il est impossible de stopper Macron en votant PS ou LR, car ces partis défendent le même programme contre-révolutionnaire que lui. La seule façon de défendre les droits sociaux et démocratiques fondamentaux des travailleurs est une mobilisation révolutionnaire.

Alors que Macron tente d'imposer son diktat au travailleurs, la question critique est la construction du PES en tant qu'avant-garde de la lutte contre Macron, formulant une perspective politique indépendante pour la classe ouvrière.

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