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Après les manifestations de Hambourg. Le gouvernement allemand prévoit une répression des opinions de gauche (WSWS)

par Andre Damon 12 Juillet 2017, 09:48 G20 Hambourg Répression Allemagne Merkel

Après les manifestations de Hambourg. Le gouvernement allemand prévoit une répression des opinions de gauche (WSWS)

Suite aux manifestations de dizaines de milliers de personnes dans la ville de Hambourg au cours du week-end, l’establishment politique allemand a intensifié sa campagne pour criminaliser l’opposition politique et attaquer les droits démocratiques fondamentaux.

Dans une opération militaire et policière prête depuis longtemps, quelque 20 000 policiers ont été mobilisés dans toute l’Allemagne et l’Union européenne pour réprimer les manifestants en grande partie pacifiques. Alors que les hélicoptères et les avions de chasse ont survolé la ville de Hambourg, des policiers lourdement armés, dont quelques-uns brandissaient des mitrailleuses et des carabines, ont fait des centaines d’arrestations, ont battu les manifestants avec des matraques, les ont aspergés avec des canons à eau, des gaz lacrymogènes et du gaz poivre.

Les actes de vandalisme par un petit groupe d’anarchistes petit-bourgeois ont été utilisés comme prétexte facile pour cette répression massive de la police. Étant donné l’infiltration généralisée des groupes anarchistes par la police allemande, il ne fait aucun doute que les actions d’agents provocateurs de la police, planifiées et coordonnées, ont joué un rôle majeur dans les perturbations.

Le sommet du G20 conclu, l’establishment politique allemand n’a fait que renforcer sa campagne pour réprimer la dissidence politique. Dans un entretien accordé au journal Bild, le ministre de la Justice du Parti social démocrate (SPD), Heiko Maas, a appelé à la création d’une base de données à l’échelle européenne des « extrémistes de gauche », qualifiant les manifestants de « criminels antisociaux » qui avaient « commis des crimes graves à Hambourg, y compris des tentatives de meurtre ».

Maas a poursuivi en appelant à un concert Rock Against the Left (Rock contre la gauche) qui viserait les « extrémistes » de gauche, déclarant : « J’espère que toute forme d’extrémisme politique, qui encourage la violence insensée, et même des tentatives de meurtre, ne passera pas sans une réaction sociale. »

Le slogan Rock Against the Left avait déjà été associé à des groupes de rock néo-nazis tels que Freikorps et Sturmfront. La presse d’extrême droite en Allemagne a approuvé chaleureusement la proposition de Maas. Le journal de la « nouvelle droite » Junge Freiheit a cité une déclaration du groupe de rock italo-allemand Frei Wild, lié aux nazis, appelant les manifestations musicales de droite à se mobiliser contre la gauche en réponse aux événements de Hambourg.

Armin Schuster, parlementaire de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti de la chancelière Angela Merkel, a appelé à fermer les espaces communautaires utilisés par les groupes politiques de gauche. « Les centres de gauche comme Rote Flora à Hambourg et Rigaer Strasse à Berlin doivent être systématiquement fermés », a-t-il déclaré. Il a déclaré que l’Allemagne ne devrait pas tolérer les « espaces sans loi, ni pour les clans arabes, ni les islamistes ni les néonazis, ni les radicaux de gauche non plus ».

Le ministre de l’Intérieur CDU, Thomas de Maizière, a déclaré, pour sa part, que « les événements autour du sommet du G20 doivent être un tournant dans notre compréhension de la volonté de la scène de gauche d’utiliser la violence. »

Il s’est félicité du fait que « plusieurs centaines » de personnes ont été repoussées aux frontières allemandes ces derniers jours sur la base de leurs opinions politiques de gauche en raison de mesures de sécurité des frontières renforcées avant le G20. D’autres membres de la CDU ont demandé que ces mesures temporaires soient rendues permanentes, affirmant que les contrôles aux frontières ont conduit à la capture de criminels.

Des responsables européens ont soutenu la répression des manifestants : le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a affirmé que les actions de la police justifiaient « des compliments, pas des critiques ». Il a ajouté que la réponse de la police représentait « Hambourg au meilleur d’elle-même ».

L’attaque généralisée contre l’opposition politique a lieu avant les élections fédérales de septembre, où les deux principaux partis, la CDU et le SPD, sont dans une surenchère droitière en attisant une hystérie sécuritaire, la xénophobie et la haine des réfugiés.

Si tant est, les sociaux-démocrates qui se disent « de gauche » ont pris la position la plus extrême. Après une série d’échecs électoraux désastreux, reflétant la perte de crédibilité de cette organisation largement méprisée comme parti de réforme sociale, le SPD cherche à faire appel à des éléments fascisants précédemment attirés par l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) d’extrême droite.

Depuis les dernières élections fédérales en 2013, les deux partis conspirent, avec le soutien des médias, pour intimider le public afin qu’il accepte la relance par l’Allemagne de la politique impérialiste de grande puissance. Cela a entraîné un réarmement massif et l’expansion des forces militaires et du renseignement du pays ainsi que la promotion de personnalités intellectuelles fascisantes telles que Jörg Baberowski, le professeur de l’Université Humboldt qui est connu pour avoir déclaré que « Hitler n’était pas cruel », dans le cadre d’un effort pour blanchir les crimes de l’impérialisme allemand.

L’attaque contre les opinions politiques de gauche en Allemagne fait partie d’un effondrement des formes démocratiques de gouvernement et de la mise en œuvre des mesures d’État policier dans toute l’Europe. Depuis novembre 2015, la France est sous état d’urgence, qui, sous le gouvernement Hollande, a été utilisé pour infliger aux opposants à la draconienne loi travail de la ministre El Khomri des assignations à résidence arbitraires et à durée indéfinie.

Les actions contre les organisations politiques de gauche constituent un effort pour anticiper et intimider la large opposition populaire au militarisme et aux inégalités sociales, exprimées dans les résultats d’un récent sondage de l’UE qui a révélé que l’immense majorité des jeunes pensent que « l’écart entre les riches et les pauvres s’élargit » et que « les banques et l’argent gouvernent le monde ». Plus de la moitié des personnes interrogées ont dit qu’elles rejoindraient un « soulèvement à grande échelle ».

Le Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité socialiste) d’Allemagne est le seul parti politique qui se présente aux prochaines élections fédérales sur la base d’un programme socialiste et internationaliste en opposition à la guerre, aux inégalités et à l’attaque contre les droits démocratiques. Il cherche à avertir la classe ouvrière des énormes dangers auxquels elle fait face et de la nécessité de préparer les luttes à venir.

(Article paru en anglais le 11 juillet 2017)

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