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Hillary Clinton se dédouane de manière mensongère (Consortium News)

par Robert Parry 16 Juillet 2017, 12:43 Fausses informations Hillary Clinton USA Ingérence Russie

Alors qu’elle se plaignait que de « fausses informations » sapent sa campagne, Hillary Clinton a continué à propager ses propres « fausses informations », des mensonges, à propos de l’évaluation par le renseignement américain de « l’ingérence » russe dans les élections, dénonce Robert Parry

Hillary Clinton maintient avec encore plus de force qu’elle n’est pas responsable de sa stupéfiante défaite de novembre dernier, affirmant que mille « agents » russes et leurs collaborateurs américains ont joué un rôle décisif, un étrange contorsion qui enferme un peu plus les Démocrates dans leur obsession d’un « Russie-gate » dont ils peinent à trouver des preuves.

Hillary Clinton à la conférence Code 2017 le 31 mai 2017.

 

Lors d’une conférence sur la technologie qui s’est tenue mercredi en Californie, Clinton a également répété un de ses mensonges préférés – que les 17 agences de renseignement américaines avaient unanimement conclu que la Russie avait piraté les mails démocrates et mené une campagne secrète d’influence contre sa personne.

Se référant à un rapport publié par Le Directeur du renseignement national (DNI) d’Obama le 6 janvier, Clinton a affirmé que « Dix-sept agences toutes d’accord, ce que je sais d’après mon expérience de sénatrice et de secrétaire d’État, est difficile à obtenir. Elles ont conclu avec un niveau de confiance élevée que les Russes avaient conduit une énorme campagne de guerre de l’information à l’encontre de ma campagne, afin d’influencer les votants lors de l’élection. Nous pensons qu’ils l’ont fait en finançant des publicités, ils l’ont fait par des sites de fausses nouvelles, ils l’ont fait avec ces fameux mille agents, ils l’ont fait par « l’apprentissage automatique » , ce qui vous le savez, permet de déverser ces choses inlassablement. Les algorithmes qu’ils ont développés. C’était la conclusion ».

Mais l’assertion de Clinton est fausse au sujet de l’unanimité des 17 agences et trompeuse au sujet de ses autres proclamations. L’ex-DNI (Director of National Intelligence, NdT) James Clapper et l’ex-directeur de la CIA John Brennan ont tout deux reconnu en témoignant sous serment le mois dernier que le rapport du 6 janvier dénonçant « l’interférence » russe n’avait pas impliqué l’ensemble des 17 agences.

Clapper et Brennan ont déclaré que le rapport avait en fait été le fruit du travail d’analystes triés sur le volet provenant de seulement trois agences – la CIA, la NSA et le FBI – sous la supervision du bureau du DNI. En d’autres termes,il n’y avait pas de consensus entre les 17 agences, un processus qui aurait impliqué une sorte d’Estimation nationale du renseignement (National Intelligence Estimate ou NIE, NdT), un travail d’ensemble de la communauté [du renseignement] qui aurait inclus des notes de bas de page citant toutes les opinions divergentes.

Au lieu de cela, comme en a témoigné Clapper devant le sous-comité judiciaire du Sénat le 8 mai, la proclamation d’un piratage russe se base sur une évaluation spéciale de la communauté du renseignement (Intelligence Community Assessment ou ICA, NdT) « un travail coordonné par des analystes sélectionnés de trois agences – de la CIA, de la NSA et du FBI – et non des 17 composants de la communauté du renseignement », selon l’ancien DNI.

Et, comme Clapper l’a expliqué, « l’ICA » était une sorte de travail en urgence commencé sur les instructions du président Obama « au début du mois de décembre » et achevé le 6 janvier. Clapper a poursuivi : « les quelque deux douzaines d’analystes affectés à cette tâche ont été triés sur le volet, des experts chevronnés de chacune des agences contributrices ».

Pourtant, comme n’importe quel expert du renseignement vous le dira, si vous triez sur le volet les analystes, vous triez en réalité la conclusion sur le volet car, les responsables de l’agence connaissaient ceux qui sont, disons des opposants radicaux à la Russie et ceux à qui on pouvait faire confiance pour qu’ils fournissent le rapport désiré.

Le 23 mai, dans son témoignage devant le comité sur le renseignement de la Chambre des Représentants, l’ex-directeur de la CIA John Brennan a confirmé les propos de Clapper au sujet des trois agences impliquées.

Brennan a déclaré : « Ce n’était pas une évaluation de l’ensemble de la communauté inter-agences coordonnée avec les 17 agences, et pour de bonnes raisons, étant donné la nature et le caractère sensible de l’information, nécessitant, à nouveau, d’essayer de garder les choses strictement compartimentées ».

En d’autres termes, l’affirmation chère à Clinton selon laquelle l’ensemble des 17 agences étaient d’accord sur l’accusation de « piratage » russe – une affirmation que le groupe de « fact-checking » Politifact a certifiée être vraie et qui a été répétée indéfiniment par les grands médias américains – n’est pas exacte. C’est faux. Bon sang, vous pouvez même la qualifier de « fake news ».

Les mystérieux « agents »

Mais la fausse affirmation de Clinton au sujet du consensus du renseignement n’a pas été sa seule affirmation douteuse. Sa référence aux mille « agents » russes ne fait pas partie du rapport du 6 janvier non plus. Elle provient apparemment d’une spéculation non confirmée du sénateur démocrate de Virginie Mark Warner, qui a avancé cette allégation lors d’une conférence de presse le 30 mars, admettant qu’il ignorait si elle était vraie.

Le président Trump lors de son investiture le 20 janvier 2017. (Capture d’écran de Whitehouse.gov)

 

Warner, le Démocrate siégeant au comité sur le renseignement du Sénat, a déclaré : « Nous savons pour les piratages, et les fuites sélectives, mais ce qui m’inquiète vraiment en tant qu’ancien technicien est pour le moins certains rapports – et nous avons dû aller au fond des choses- selon lesquels il y avait plus d’un millier de trolls sur internet travaillant depuis une installation en Russie, qui prenaient en pratique la main sur une série d’ordinateurs qu’on appelle maintenant des botnets, et qui peuvent ensuite générer des informations qui tombent sur des zones précises.

« Il m’a été rapporté, et nous devons éclaircir cela, qu’ils ont été capables d’affecter des zones précises dans le Wisconsin, le Michigan, la Pennsylvanie, où vous n’auriez pas reçu des messages de militants quelconques, de Trump ou de Clinton, durant les derniers jours de l’élection, mais à la place, de fausses nouvelles telles que ‘Clinton est malade’, ou ‘Clinton prend l’argent quelle qu’en soit la source’ ».

Bien sûr, de nombreuses histoires sur les problèmes de santé de Clinton ou le fait qu’elle ait reçu de l’argent d’intérêts particuliers n’étaient pas de « fausses nouvelles ». A la fin de 2012, elle a souffert d’un caillot sanguin [au cerveau] et – durant la campagne de 2016 – elle a été handicapée par une courte période de pneumonie. Elle a également été payée des centaines de milliers de dollars pour des conférences à Wall Street ou pour d’autres groupes.

Warner n’a pas spécifié d’où venaient ses informations sur les « trolls », mais elles étaient analogues à une affirmation d’un journaliste freelance qui assurait dans un podcast sur Longform (plateforme internet mettant en ligne des articles longs et des podcasts, https://longform.org/, NdT) que les « trolls » russes avaient commencé à écrire favorablement sur Trump dès la fin 2015. ( le rapport CIA/NSA/FBI fait apparemment également allusion à ce même article sans mentionner le nom du journaliste ni spécifier le nombre de supposés « trolls ».)

« J’ai créé cette liste de trolls russes quand je faisais des recherches », a déclaré Chen, se référant à un projet de rapport de 2015 qu’il a transformé en un article du magazine New York Times, assez peu sourcé, accusant un oligarque russe de financer une opération professionnelle de « trolls » à Saint Petersbourg, en Russie. « Je vérifie de temps en temps, encore maintenant. Et beaucoup d’entre eux se sont transformés en comptes conservateurs, je veux dire, des faux comptes conservateurs. Je ne sais pas ce qui se passe, mais ils sont tous en train de twitter sur Donald Trump et tout ça. »

Bien que ces plaintes de « troll » et de « piratage » soient traitées comme une voie à sens unique – ne venant que des Russes maléfiques – la réalité est que les agences de renseignement américaines, leurs alliés et les « organisations non gouvernementales » financées par le gouvernement des États-Unis ont monté des opérations similaires contre la Russie et contre d’autres cibles.

Il est toujours difficile de déterminer précisément d’où proviennent de telles opérations, mais les Russes ont cité des cas précédents de piratage malveillant ciblant de hauts fonctionnaires, y compris le Premier ministre Dmitri Medvedev, dont les comptes ont été piratés en 2013 et 2014, avec la publication d’une fausse démission et d’une confession d’actes répréhensibles.

En 2015, les « Panama papers », un vaste échantillon de documents dérobés à un cabinet d’avocats panaméen, sont devenus un objet d’enquête, avec des informations financées par l’USAID, et qui a mené à des attaques contre le président Vladimir Poutine pour corruption, même si son nom ne figurait pas dans les documents.

Ainsi, ce jeu high-tech d’espion contre espion – s’il s’agit bien de cela – ne semble pas se jouer uniquement du côté russe. Mais la communauté du renseignement des États-Unis ne va pas divulguer ce qu’elle sait des attaques contre la Russie, seulement ce qu’elle peut « évaluer » sur les possibles attaques de la Russie contre les cibles occidentales.

Pas d’autocritique

Ni Hillary Clinton ni le Parti démocrate ne sont évidemment désireux de s’engager dans une autocritique sérieuse de la façon dont ils ont réussi à perdre une course extrêmement gagnable contre un candidat extraordinairement défectueux tel que Donald Trump. Plutôt que de regarder leurs faux pas et leurs erreurs de jugement, ils se présentent comme des victimes innocentes.

Le secrétaire d’État américain John Kerry écoute le président russe Vladimir Poutine dans une salle de réunion au Kremlin à Moscou, à l’ouverture d’une réunion bilatérale le 14 juillet 2016. [Photo du Département d’Etat]

 

Dans l’interview de mercredi – après avoir déformé ce que le rapport du 6 janvier contenait réellement – Clinton a suggéré que la campagne de Trump devait avoir eu une collusion avec les Russes ayant eu pour effet de « rendre les données offensives ».

 

« Comment connaissaient-ils les messages à envoyer ? » a demandé Clinton. « Qui leur a dit ? Avec qui étaient-ils en coordination ou en collusion ? … [Les Russes] transmettaient ces informations offensives et leur contenu… Donc, les Russes – à mon avis et selon les personnes de l’espionnage et du contre-espionnage auxquelles j’ai parlé – n’auraient pas pu savoir comment rendre le plus offensives possible ces informations, à moins d’avoir été guidés. .. Guidés par des Américains et guidés par des personnes qui avaient des informations sur les sondages et les données. »

Bien que Clinton n’ait pas la moindre preuve de cette accusation alambiquée, elle a cité comme son « meilleur exemple » le fait que « en une heure, une heure après que les enregistrements de « Access Hollywood » ont été divulgués [dans lesquelles Trump était pris en train de fanfaronner sur le pelotage des femmes], en une heure, les Russes – disons WikiLeaks, ou quelqu’un d’autre – ont déposés [sur Internet] les e-mails de John Podesta. »

Cependant, si vous changiez légèrement le contexte de cette affirmation – mais faisiez un saut similaire dans la logique – vous seriez certainement étiqueté comme complotiste frappadingue ; bien au contraire, Clinton a marqué son approbation par des hochements de tête pour cette spéculation totalement gratuite.

En plus de reprocher aux Russes et à Wikileaks sa défaite, Clinton porte le blâme encore plus loin, par exemple, sur le New York Times, pour s’être trop concentré sur sa décision d’utiliser un serveur de messagerie personnel lorsqu’elle occupait les fonctions de Secrétaire d’État (« ils ont traité cela comme si il s’agissait de Pearl Harbor ») et sur Nate Silver de ce même journal, pour avoir publié des probabilités optimistes sur ses chances de victoire. Elle a déclaré : « Je pense également que j’ai été victime d’une très large présomption que j’allais gagner ».

Clinton a également reporté le blâme sur le DNC (Democratic National Committee) pour avoir manqué d’argent et de technologie sophistiquée. « J’obtiens l’investiture. Donc je suis à partir de ce moment la candidate du parti Démocrate. Je n’ai rien reçu du parti Démocrate » a-t-elle dit. « Je veux dire qu’il était en banqueroute, qu’il était au seuil de l’insolvabilité ; ses données allaient de médiocres à minables, inexistentes, fausses. J’ai du y injecter de l’argent. »

Pourtant, quand Clinton a été interrogée sur certaines de ses propres « erreurs de jugements », elle a adopté une posture défensive qui a contribué à ses soucis en tant que candidate à la présidence. Par exemple, au sujet des conférences lucratives qu’elle a données chez Goldman Sachs dans l’intervalle séparant son départ du Département d’État et l’annonce de sa candidature à la Maison-Blanche, elle a répondu pudiquement, « ils m’ont payée ».

Lorsqu’on lui mettait la pression sur ce point, Clinton se retranchait derrière le caractère sacré de l’attaque terroriste du 11 septembre et le problème du droit des femmes. Quand on lui rappelait que « elle n’est pas quelqu’un qui a besoin de cet argent pour ses courses de la semaine, et qu’elle savait qu’elle pouvait concourir [à la présidence], alors pourquoi le faire ? » – elle répondait :

« La plupart des sujets dont je parlais durant toutes ces conférences portait sur la traque de Ben Laden. Vous savez, en tant que Sénatrice de New York, je sentais que c’était une de mes missions principales dès le moment où les tours sont tombées le 11 septembre. »

Clinton ajoutait ensuite, « vous savez, les hommes sont payés pour les conférences qu’ils donnent. J’ai été payée pour les conférences que j’ai données. Et cela [la question des conférences payées] était utilisé, et j’ai pensé que cela était utilisé injustement ».

L’obstruction de témoins

Donc, pendant que les Démocrates creusent eux-mêmes plus profond la fosse jusqu’ici vide de l’accusation envers la Russie pour leur désastre électoral, l’enquête sur le Russie-gate continue de revêtir d’autres aspects curieux, tels qu’une réticence à auditionner certains des conseillers de Donald Trump qui sont cités dans les accusations et qui se sont portés volontaires pour témoigner publiquement.

L’ancien conseiller de Trump en politique étrangère Carter Page.

Mercredi, Carter Page, vétéran de la Marine et homme d’affaires qui a vécu en Russie, a annoncé que son intention de se défendre, en témoignant la semaine prochaine devant le comité sur le renseignement de la chambre des représentants, a été placée en attente par les Démocrates.

Le représentant de la Californie Adam Schiff, Démocrate siégeant au comité, et une des principales bougies d’allumage de l’enquête, a opposé un curieux rejet à la plainte de Page tout en confirmant la réalité de celui-ci.

Le New York Times, qui est un autre procureur des accusations contre la Russie, a commenté le report du témoignage de Page comme si Page était la personne déraisonnable, en écrivant :

« Le représentant Adam Schiff… a rejeté les accusations de Carter Page, un autre conseiller de Trump mis en examen, selon lesquelles le comité l’empêcherait de témoigner. M. Schiff… a déclaré que l’enquête devait d’abord étudier les documents afférents avant d’interroger les témoins ».

Autrement dit, Page, qui a été dépeint, par des fuites du renseignement dans les médias, essentiellement comme un traître, n’aura pas l’opportunité de défendre sa réputation jusqu’à ce que Schiff et les autres Démocrates décident que le temps en est venu.

Pourtant, ce n’est pas comme si le Comité sur le renseignement de la Chambre n’avait pas accepté des témoignages publics au sujet du Russie-gate. Par exemple, l’ancien directeur de la CIA Brennan a été autorisé à s’exprimer sur Page et sur d’autres Américains potentiellement traîtres dans des compte-rendus médiatiques nommant Page comme une des personnes suspectées d’être un « agent » russe.

Une enquête normale garantit au moins aux personnes victimes d’attaques l’opportunité de se défendre et de défendre leur réputation en temps opportun, au lieu de les faire vivre dans une atmosphère de suspicion sans qu’ils aient une chance d’exposer leur cas.

Si leur témoignage sous serment est ultérieurement remis en cause par des preuves découvertes par les enquêteurs, les témoins peuvent être réentendus et devoir répondre d’un possible parjure. Donc, ce n’est pas comme si Schiff et les autres Démocrates abandonnaient leurs prérogatives en laissant Page témoigner maintenant plutôt que plus tard. En fait, Page se mettrait lui-même dans une situation légalement périlleuse si il était pris en flagrant délit de faux témoignage.

Même « l’enquête Benghazi » conduite par les Républicains, qui avait aussi l’air « d’une chasse aux sorcières » excessive, a fourni à la Secrétaire d’État Clinton ainsi qu’à d’autres responsables de l’administration Obama de nombreuses opportunités d’expliciter leur réponse à l’attaque du consulat américain du 11 septembre 2012.

Mais, jusqu’ici, la même courtoisie n’a pas été appliquée aux cibles de l’enquête sur le Russie-gate.

Le journaliste d’investigation Robert Parry a révélé de nombreuses affaires sur le dossier Iran-Contra pour The Associated Press et Newsweek dans les années ’80

Hillary Clinton se dédouane de manière mensongère (Consortium News)
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