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L’Algérie rend hommage à Rédha Malek (Middle East Eye)

par Malek Bachir 30 Juillet 2017, 22:09 Rédha Malek Algérie Hommage Accord d'Evian Guerre d'Algérie

Le dernier Algérien encore en vie à avoir négocié les accords d’Évian, qui ont mis fin à la guerre entre la France et l’Algérie, est décédé samedi à 85 ans. Les hommages saluent « un grand homme d'État »

L’Algérie rend hommage à Rédha Malek (Middle East Eye)
Lors des négociations avec le gouvernement français à Évian, entre 1961 et 1962, Rédha Malek était porte-parole de la délégation algérienne (Facebook).

« Un compagnon exceptionnel », « un politique courageux », « un témoin essentiel de l’histoire de l’Algérie » : en Algérie, les hommages se multiplient pour saluer la mémoire de Rédha Malek, décédé samedi à l’âge de 85 ans des suites d’une longue maladie, et dont les funérailles sont prévues ce dimanche.

Celui dont l’histoire se souvient surtout comme un des négociateurs des accords d’Évian – signés le 18 mars 1962 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et mettant fin officiellement à la guerre d’indépendance – a eu une longue et dense carrière politique.

Il la commença dès l’université à militer pour l’indépendance de l’Algérie : en 1955 il participe à la création de l’Union générale des étudiants musulmans d’Algérie, avant de rejoindre le Front national de libération (FLN).

Dans un entretien accordé au politologue américain Clement Morre Henry en 2007, il rapporte une rencontre avec l’écrivain Albert Camus avant l’indépendance, au cours de laquelle il lui demande comment il voit l’Algérie, s’il la voyait, « comme Maurice Thorez [secrétaire général du Parti communiste français] comme une fusion de toutes les races. Il a répondu que pour lui, c’était les Français d’un côté, les Arabes de l’autre ».

 

À LIRE : 1962, le miracle de l'indépendance algérienne

Dans les premières années de l’Algérie indépendante, Rédha Malek représentera le pays auprès des plus décisifs partenaires du nouvel État, à Moscou, Londres et Washington où il sera aussi « un des négociateurs discrets de la libération des otages américains retenus à Téhéran », raconte le sociologue algérien Abdelmadjid Merdaci.

« Je perds en Rédha Malek un compagnon exceptionnel et un ami cher à mon cœur, tout comme l’Algérie et la génération de Novembre [nom donné à ceux qui ont combattu la France en référence au déclenchement de la guerre le 1er novembre 1954] perdent en lui un grand militant de par ses idées », souligne un communiqué du président Bouteflika.  

 


« La peur doit changer de camp »

Pendant la décennie noire, ces dix années de guerre contre l’islamisme armé, au lendemain de l’assassinat du président Boudiaf en 1992, il est coopté en qualité de membre du Haut comité de l’État (HCE, autorité politique collégiale provisoire), puis ministre des Affaires étrangères et chef de gouvernement en 1993.

À LIRE : « À mon cher père » : la lettre du fils de Boudiaf, président algérien assassiné

Le 16 mars 1994, lors de l’enterrement d’Abdelkader Alloula, homme de théâtre tué par des islamistes, « il lance cette phrase qui restera célèbre : ‘’La peur doit changer de camp’’ », rappelle le quotidien El Watan. « Critiqué pour ses positions qualifiées d’’’éradicatrices’’ [radicalement anti-islamistes, opposés à toute négociation] par ses détracteurs, l’ancien chef de gouvernement va rallier à lui de nombreux militants républicains pour créer l’Alliance nationale républicaine, un parti laïc très engagé dans la lutte contre l’intégrisme. »

Mais pour les islamistes et une grande partie des ‘’réconciliateurs’’ (ceux qui, à l’inverse des éradicateurs, défendaient une solution politique avec les islamistes), la phrase de Rédha Malek à l’enterrement d’Alloula a marqué le début des dérives des services de sécurité.

« Ayez pitié pour les victimes de la tragédie nationale et priez Dieu pour qu’il crucifie ceux qui étaient à l’origine des massacres », a d’ailleurs lancé le député islamiste Hassan Aribi en apprenant le décès de Rédha Malek.

L’historien Fouad Souafi parle de lui comme « d’un témoin essentiel de l’histoire de l’Algérie. Il a fait ce qu’il devait faire, sa vie n’a pas été de tout repos. Alors que ses compagnons, parfois plus âgés, ont préféré se retirer, lui a continué son activité ».

Rédha Malek quittera la politique en 2009, « après un long combat démocratique, il quitte l’ANR sur un goût d’inachevé d’une œuvre où il avait placé, comme il l’avait souligné, la barre très haut, avec une autonomie vis à vis du pouvoir, une rectitude morale, une rigueur intellectuelle, une vocation éducatrice privilégiant la formation citoyenne sur les jeux politiciens », écrit le quotidien Liberté.

« L’Algérie a lutté pendant huit années, a réussi sa révolution. Mais celle-ci reste inachevée. Car il fallait non seulement arracher l’indépendance, mais aussi organiser une société juste et moderne, et promouvoir les libertés fondamentales. Voyez ce qui se passe dans le monde arabe. Il y a eu des dictatures inacceptables, contraires à l’évolution et au progrès. Les Constitutions doivent être respectées au même titre que l’alternance au pouvoir », avait déclaré Rédha Malek en 2012 au magazine Jeune Afrique.

Cet ancien licencié en lettres et philosophie, né à Batna (est), a écrit de nombreux livres sur la guerre d’indépendance, l’histoire des accords d’Évian ou encore l’islam. « Même si je suis opposé à l’arrêt du processus électoral, Rédha Malek reste un homme d’État, un moudjahid [combattant], un intellectuel et un philosophe qui a nous a laissés des écrits très importants sur la pensée politique », résume le journaliste et auteur et Hamid Layachi.

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