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L’attaque de Trump contre la presse (WSWS)

par Patrick Martin et Joseph Kishore 5 Juillet 2017, 08:50 Trump Médias Crise CNN

L’attaque de Trump contre la presse
Par Patrick Martin et Joseph Kishore, 5 juillet 2017
WSWS

L’attaque de Trump contre la presse (WSWS)

Il est peut-être approprié que le Jour de l’indépendance, 4 juillet 2017, coïncide avec encore un autre spectacle dégradant qui expose la vaste pourriture de la démocratie américaine. Au cours des derniers jours, l’escalade du conflit entre Trump et les médias américains a opposé le président fascisant et autoritaire à une presse de l’establishment entièrement corrompue et compromise.

Dans un discours samedi, Trump a dénoncé le New York Times et MSNBC, entre autres. Le lendemain, il a posté sur son fil Twitter une vidéo éditée d’un match de lutte, créé par un supporter de l’ultra-droite, montrant Trump en train de battre un adversaire nommé CNN. Il a déclaré au rassemblement du 4 juillet « Célébrez la liberté », réunissant les anciens combattants et les groupes religieux de droite, « Les faux médias tentent de nous faire taire, mais nous ne les laisserons pas. »

L’événement « Célébrez la liberté », parrainé par le groupe de radiodiffusion chrétien Salem Media et la Première église baptiste de Dallas, a reçu relativement peu de couverture par rapport à la tempête sur l’attaque sur Twitter de Trump contre les présentateurs de MSNBC Mika Brzezinski et Joe Scarborough. C’était cependant un festival de réaction et d’arriération.

Trump, s’exprimant devant un drapeau américain gigantesque, a proclamé que depuis la signature de la Déclaration d’indépendance, il a été compris que la liberté vient de Dieu. Il a grandement loué les militaires et la police en déclarant : « Non seulement Dieu nous a accordé le don de la liberté, il nous a également donné le don de héros prêts à donner leur vie pour défendre cette liberté. »

L’éloge par Trump de la « liberté » a été assorti d’une défense affirmée de son interdiction de voyager aux musulmans, inconstitutionnelle et raciste, récemment autorisée par décision unanime de la Cour suprême.

Les diatribes de Trump au cours du week-end rappellent les commentaires qu’il a faits en février, quand il a dénoncé les médias comme « l’ennemi du peuple » et a repris les thèmes fascisants de « l’Amérique d’abord » qui ont dominé son discours d’entrée en fonctions. « Nous partageons tous une maison et un destin glorieux », a-t-il proclamé samedi en une prose qui rappellent les diatribes de Mussolini. « Et que nous soyons noirs ou bruns ou blancs, nous saignons tous du même sang rouge. »

La reconnaissance du contenu profondément réactionnaire de la polémique de Trump n’exige pas que l’on soit sentimental envers ses cibles immédiates. Dans son attaque contre les « médias malhonnêtes », Trump cherche à tirer parti d’une hostilité généralisée et entièrement justifiée envers la presse capitaliste dans le but d’avancer un programme autoritaire et de droite.

La rhétorique de Trump trouve une réponse plus large dans la mesure où les médias eux-mêmes ont été profondément discrédités et sont complètement aliénés des préoccupations de la vaste masse de la population. Outre les super-riches, la base démographique du New York Times, de CNN et d’autres médias se compose presque entièrement des sections les plus privilégiées de la classe moyenne supérieure.

La campagne des médias capitalistes contre Trump a été menée sur la base la plus droitière, en utilisant les méthodes de l’offensive anti-Russie style McCarthy, où les « actualités » ont été remplacées par la canalisation directe de la propagande et des mensonges des agences de renseignement.

L’establishment politico-médiatique n’a aucun problème avec le fait que Trump tue les Syriens, menace la Corée du Nord d’anéantissement nucléaire ou mène une diplomatie de la canonnière avec la Chine et la Russie. Il ne s’oppose pas non plus à sa persécution des immigrés, la diabolisation des musulmans ni des propositions visant à priver des dizaines de millions de personnes d’accès aux soins de santé.

De plus, pratiquement à l’unisson, l’élite a dénoncé et calomnié des journalistes et d’autres personnes qui ont cherché à pratiquer un journalisme fondé sur des principes pour exposer devant le public les crimes et les mensonges du gouvernement, tels que Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning.

Le dilemme des médias dits « libéraux », dont le porte-étendard est le New York Times, est qu’ils sont obligés, en matière de légitime défense, de combiner, au moins ostensiblement, la défense du Premier Amendement qui garantit la liberté de la presse avec un soutien sans faille de l’impérialisme et des intérêts de l’oligarchie capitaliste et financière qui gère les États-Unis et qui trouve sa personnification nocive incarné par Donald Trump.

Ainsi, Charles Blow, dans sa chronique du New York Times de lundi intitulée « La présidence américaine séquestrée », proclame que ceux qui soutiennent Trump « tremblent devant l’homme belliqueux qui voudrait être le roi. Un fou et ses parlementaires serviles tiennent l’Amérique en

otage. »

Mais il pivote ensuite vers le thème plus central des critiques de la Maison Blanche de l’establishment à propos de l’agression russe et de la complicité de Trump. Il écrit : « Nous devons toujours nous rappeler que bien que des individus américains aient choisi de voter affirmativement pour lui ou de ne pas accorder leur soutien à son adversaire, ces décisions ont été influencées, d’une façon que nous ne pouvons pas calculer, par l’ingérence russe dans notre élection, conçue pour privilégier Trump. »

Trump, déclare Blow, est président « parce qu’une puissance étrangère hostile à nos intérêts a voulu l’installer ». Le président « a non seulement félicité cette puissance étrangère, il s’est avéré que, mystérieusement, il n’a pas voulu la condamner ou même reconnaître son ingérence. »

Dans le Washington Post, le chroniqueur Colbert King a été encore plus direct dans ses attaques dans un style offensif anti-rouges à la manière d’un McCarthy, comparant le piratage du Comité national démocratique l’année dernière à l’affaire du Watergate, uniquement avec les agents russes plutôt qu’avec les anciens agents de la CIA qui ont fait le sale travail. Il conclut que « le Kremlin avait également ses raisons de vouloir que Trump occupe la Maison Blanche. Aucun candidat présidentiel américain depuis le chef du Parti communiste américain, Gus Hall, n’a jamais joui d’un soutien plus grand de Moscou ».

La fraude fondamentale derrière le récit des critiques de l’establishment de Trump est l’idée que Trump lui-même est en quelque sorte une aberration, un intrus dans le paysage immaculé de la démocratie américaine. Dans la lecture de Blow, son ascension au pouvoir est « l’erreur électorale la plus extraordinaire et la plus profonde que l’Amérique ait faite dans notre vie et éventuellement de tout temps ». Cette « erreur électorale » fut toutefois possible en raison du caractère extraordinairement droitier de son adversaire, Hillary Clinton.

À un niveau plus profond, Trump est une excroissance d’un système social malade. En ce sens, son élection n’était pas une « erreur ». Au contraire, elle révélait le vrai visage du capitalisme américain.

L’administration Trump et ses critiques de l’establishment sont les deux des expressions d’une maladie sous-jacente. L’élimination de Trump par les méthodes de conspiration politique, basées sur la propagande anti-russe et la dissimulation des problèmes réels derrière le conflit intérieur, ne feraient pas avancer les intérêts de la classe ouvrière. Elle ne ferait que remplacer l’occupant actuel de la Maison Blanche par un réactionnaire plus fin et plus professionnel.

L’opposition de la classe ouvrière à Trump n’a rien de commun avec les intrigues réactionnaires des factions rivales au sein de l’élite dirigeante et de sa périphérie de la classe moyenne supérieure aisée, pour laquelle les médias capitalistes servent de caisse de résonance. La classe ouvrière doit mener sa propre lutte contre l’administration Trump, indépendamment du Parti démocrate, de ses complices médiatiques comme de l’appareil militaire et de renseignement, grâce à la mobilisation indépendante de sa propre force de classe, sur la base d’un programme socialiste et internationaliste.

(Article paru en anglais le 4 juillet 2017)

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