À l’ère moderne, l’utilisation de la violence était la prérogative de l’État. Comme l’a précisé Max Weber, seul l’État a le droit légitime d’utiliser la violence. À l’ère de la mondialisation, les fonctions et les institutions qui définissent et utilisent de multiples formes de violence commencent à devenir floues. Il ne s’agit pas seulement de campagnes militaires et de participation à celles-ci par des entreprises privées, des mercenaires et des unités de volontaires, mais aussi des violations des droits fondamentaux de l’homme par des acteurs non étatiques et des départements spéciaux du système de l’État, qui dépassent les pouvoirs de l’État.

 

Les Etats Unis

Aux États-Unis, l’institutionnalisation de la violence a eu lieu en même temps que les institutions démocratiques se sont développées. L’interprétation juridique de différentes « atrocités » est apparue aux États-Unis à la fin du 18ème au début du 19ème siècle qui justifie l’utilisation de la torture approuvée par l’État.

Dans le Massachusetts, le Body of Liberties du Massachusetts de 1641 stipule qu’un criminel condamné peut être torturé s’il est reconnu coupable, mais que la torture ne devrait pas être barbare ou inhumaine.

La Convention de 1984 contre la torture va au-delà de la définition de la torture en tant qu’acte inhumain et limite sa définition à la torture illégale. Selon cette interprétation, les actions qui ont été légalisées, par définition, ne sont pas des actes de torture. Par conséquent, si les autorités sont habilitées à agir au nom des intérêts abstraits de la sécurité nationale, il est possible de torturer des suspects, car ce comportement est spécifié par la loi.

Le Legal Aid Department du Département de la justice des États-Unis, à la demande de la CIA, a même préparé un mémorandum à l’intention de ses bureaux où il est dit que si un employé de l’État devait torturer des suspects de terroristes, il le ferait pour prévenir de nouvelles attaques contre les États-Unis par le réseau terroriste d’Al-Qaeda.

Le chef de la CIA, George Tenet, qui a servi de 1997 à 2004, a personnellement approuvé des techniques d’interrogatoire dures, dont les méthodes de noyade. Plus tard, il a également demandé au personnel médical d’observer les interrogatoires brutaux, ce qui contredisait les principes de l’éthique médicale.

Tenet lui-même a été habilité à approuver, modifier ou rejeter toutes les propositions relatives aux recherches impliquant des sujets humains.

Le 9 décembre 2014, le Comité sénatorial des renseignements des États-Unis a publié un rapport de 500 pages sur les conclusions du programme de la CIA sur l’arrestation et l’interrogatoire de suspects de terrorisme. Le programme a été réalisé de 2002 à 2006. Officiellement, les techniques du programme ont été interdites en 2009. Le rapport complet, qui compte plus de six mille pages, est encore classé.

Les cas les plus infâmes qui sont devenus célèbres dans le monde ces dernières années ont été les tortures de prisonniers irakiens à la prison d’Abu Ghraib, ainsi que le placement dans des prisons spéciales d’un grand nombre de suspects étrangers, ayant des liens avec Al-Qaïda, dont la plupart sont encore à la base militaire américaine à Guantanamo (soit dit en passant, ce territoire cubain est illégalement occupé par les États-Unis depuis 1959).

Dans la politique intérieure, l’utilisation de la violence contre les citoyens américains est devenue une pratique courante. La législation du pays donne le bénéfice du doute à la police et aux autres forces de sécurité dans la plupart des cas, ce qui entraîne un risque élevé d’homicides et de blessures par les autorités des forces de l’ordre.

 

L’Ukraine

Après le coup d’Etat à Kiev en 2014, a commencé dans le pays une flambée de violence qui avait un caractère idéologique. Dans la plupart des cas, les meurtres, les enlèvements et la torture sont soutenus et encouragés par les organismes gouvernementaux. Ainsi, un certain nombre de meurtres importants ne font pas l’objet d’une enquête et, dans certains cas (l’enquête sur le meurtre d’Oles Buzina), les suspects ont été libérés. Simultanément, il y a la glorification des personnes qui ont commis des crimes graves, qui sont de nature génocidaire.

Certains faits sur cette politique de torture ont été officiellement confirmés par les autorités ukrainiennes, mais après une série de changements de direction au Bureau du Procureur général de l’Ukraine, ces faits ont été récemment ignorés.

Le procureur militaire en chef de l’Ukraine, Anatoly Matios, a déclaré en 2015 à propos du bataillon du ministère de l’Intérieur ukrainien Tornado: «le commandant du bataillon Onishchenko a déjà été condamné à cinq reprises. Il a créé un groupe criminel pour créer un désordre généralisé dans la ville et a exhorté ses subordonnés à commettre des crimes graves: l’emprisonnement de certains résidents locaux et les tortures inhumaines répétées, en particulier dans le sous-sol de l’école Privolnoye, où des outils de torture ont été préparés.

La raison réelle des arrestations et de la torture des citoyens ukrainiens par les autorités pourrait aussi bien être la participation à la manifestation anti-Euromaidan, la participation à des émissions de télévision russes, une déclaration de sympathie ou de soutien pour la Russie ou contre les Maïdan sur Internet, la participation à des rassemblements pour le soutien de Donetsk, la participation au référendum, ou « la possession du numéro de téléphone d’un journaliste russe ».

Aleksey Lukyanov a été arrêté en juin 2014. Il a été amené à la base du SBU, maquillée en lavage de voiture, où il a été interrogé pendant quelques jours, battu, subissant pressions psychologiques et humiliations. Ensuite, il a été mis dans une jeep et envoyé dans la région de Slavyansk, dans le village d’Evgenevka, où se trouvaient le siège du SBU et le camp de filtration. Là, il a été placé dans une pièce avec une petite cabine d’environ 16-20 mètres carrés, où il a passé plus de vingt jours. Selon Lukyanov, chaque nuit, il était menotté avec un sac sur la tête, assis sur une chaise, subissant des questions et frappé la tête. Il a aussi été mis dans une fosse spécialement creusée pour son cas.

Un résident de Kharkov, Alexander Petrunko, a été enlevé par des personnes non identifiées et emmené dans une des prisons souterraines dans la région de Kharkov en janvier 2015. Il a été interrogé par des représentants des soi-disant bataillons. Ils ont essayé la technique de la torture «humaine» de Guantanamo: noyé dans l’eau et subissant des électrochocs. A la fin, on l’a aspergé d’une bouteille de vodka et on l’a abandonné dans la neige.

Le rapport le plus récent du 14 Juillet de la mission de surveillance des Nations Unies sur les droits de l’homme indique que le SBU compte cinq centres secrets, où il torture les citoyens de l’Ukraine et détient illégalement des étrangers.

 

Israël

En Israël, la situation des droits de l’homme est également critique. La majorité des personnes détenues illégalement et torturées sont des Palestiniens. La violence contre ces derniers est commise sur leur propre territoire qui est illégalement occupé par Israël. Bien que ces violations soient bien connues de la communauté internationale depuis de nombreuses années, il n’y a aucune sanction sévère contre Tel-Aviv.

 

L’Etat Islamique

L’organisation terroriste de l’État islamique, qui occupe une partie du territoire de la Syrie et de l’Irak, ne relève de la juridiction d’aucun pays. Les actions de l’EI peuvent être décrites comme des meurtres volontaires, des tortures, des violences sexuelles, de l’esclavage, des enlèvements et l’embrigadement de mineurs dans des activités criminelles.

En général, la géographie de la torture démontre une tendance stable de la polarisation politique. La torture est utilisée dans les pays qui font la promotion de la règle de droit, comme les États-Unis et Israël d’une part et, d’autre part, dans les États où il y a une transformation brutale du système politique. Dans ce cas, les institutions démocratiques libérales sont le «parapluie» pour justifier l’utilisation de la violence. En particulier, les programmes de torture des États-Unis et d’Israël sont directement liés aux intérêts de la sécurité nationale. Dans le cas des États fragiles, comme l’Ukraine et l’Irak, les vagues de violence sont liées au désengagement de l’État de ses obligations sociales, y compris celles visant à protéger la vie, les droits et libertés des citoyens, et incluant des intérêts géopolitiques d’une tierce partie. En Ukraine, une nazification délibérée a été menée en raison de la nécessité de créer une attitude russophobe pour faire suite aux actions législatives du pays, qui répondent aux intérêts de Washington.

 Source : http://katehon.com/article/geopolitics-torture

Traduction : AvicRéseau International