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La prochaine guerre de Gaza menace d'éclater. Voici comment l'empêcher (New York Times)

par Nathan Thrall et Robert Blecher 1 Août 2017, 15:59 Gaza Guerre Menace Israël Colonialisme Egypte Autorité palestinienne Hamas Fatah Articles de Sam La Touch

La prochaine guerre de Gaza menace d'éclater. Voici comment l'arrêter
Par Nathan Thrall et Robert Blecher*
Article originel : The Next War in Gaza Is Brewing. Here’s How to Stop It.
New York Times, 30.07.17

Traduction SLT

La prochaine guerre de Gaza menace d'éclater. Voici comment l'empêcher (New York Times)

Quand la violence éclate à Jérusalem et en Cisjordanie, la Bande de Gaza suit souvent le mouvement. À la frontière de Gaza avec Israël, vendredi, un adolescent palestinien a été tué en manifestant sa solidarité avec des Palestiniens à Jérusalem. Quelques jours plus tôt, deux roquettes ont été tirées de Gaza vers Israël et des chars israéliens ont détruit le jour suivant une position du Hamas.

C'est un écho bien-trop-familier des événements qui ont précédé le conflit à Gaza en 2014 : des manifestations palestiniennes s'étendant dans Jérusalem, des Israéliens tués dans les territoires occupés, une nette hausse des Palestiniens tués par des forces israéliennes, des arrestations massives d'officiels importants du Hamas en Cisjordanie et l'étau se resserrant autour de Gaza.

En février, le contrôleur de l'état israélien a sorti un rapport qui a fortement critiqué l'échec du gouvernement à empêcher le conflit israélo-palestinien en 2014. Le rapport a mis en évidence une déclaration du Ministre de la Défense Nationale Moshe Yaalon quelques jours après que la guerre ait commencé : "si la détresse du Hamas avait été prise en compte il y a quelques mois, le Hamas pourrait avoir évité l'escalade actuelle."

La population de Gaza souffre actuellement beaucoup plus qu'avant l'éclatement du conflit en 2014. Encore une fois, les trois parties en cause dans le blocage de la situation causent cette détresse - Israël, l'Égypte et l'autorité palestinienne - nous rapprochant de la guerre de plus en plus.

La violence de 2014 a été précipitée par un changement de la politique égyptienne: en prenant le pouvoir en juillet 2013, le Président Abdel Fattah el-Sisi en Égypte a fermé la frontière unique de son pays avec Gaza durant de longues périodes et a fermé presque tous les tunnels qui organisaient la contrebande de carburant et d'autres marchandises que le gouvernement de Gaza taxait. En grave manque de revenus, le gouvernement mené par le Hamas ne pouvait pas assurer sa survie. Dans le désespoir, le Hamas a accepté de remettre la responsabilité administrative à un gouvernement d'autorité palestinienne qui a été dominé par le parti rival du Fatah.

Mais le nouveau gouvernement n'a pas changé grand chose pour les Gazaouis : les fonctionnaires sont restés impayés, la plupart des résidents ont été pris au piège à l'intérieur du territoire et passaient la moitié de leurs jours sans électricité. Une nouvelle guerre - menant comme en novembre 2012, à un nouvel accord de cessez-le-feu avec une baisse des restrictions à Gaza - a été perçue comme la seule porte de sortie envisageable.

Aujourd'hui, c'est l'autorité palestinienne qui aggrave la détresse de Gaza. Ces derniers mois, l'autorité a conditionné l'approvisionnement en pétrole dans la bande de Gaza au paiement d'un impôt conséquent; a sévèrement coupé les compensations salariales aux salariés de l'autorité palestiniens dans Gaza; a réduit ses paiements à Israël pour son approvisionnement en électricité à Gaza; a empêché un grand nombre de patients de recevoir des traitements à l'extérieur du territoire; a forcé des milliers de fonctionnaires de Gaza à prendre leur retraite anticipée; a interdit aux banques de Gaza de transférer des paiements en Égypte pour obtenir du carburant pour la seule centrale électrique de la Bande; et menacé de couper des prestations sociales à environ 80.000 familles.

 

Le résultat a été une catastrophe humanitaire. Gaza est sur le point de s'écrouler. L'électricité est rare, l'eau est imbuvable et des vidanges non traitées sont rejetées à la mer. Les patients dont les transferts hors de Gaza ont été refusés sont morts.

La crise a sensibilisé quelques analystes israéliens et décideurs au risque accru d'un nouveau conflit. Fin avril, Giora Eiland, un conseiller de la sécurité nationale sous l'ancien Premier ministre Ariel Sharon, a averti que l'autorité palestinienne "pousse le Hamas à prendre la seule option qu'ils ont et d'ouvrir le feu sur Israël et d'attirer à nouveau l'attention de la communauté internationale." Il a ajouté : "l'autorité palestinienne veut rendre la situation à Gaza aussi précaire que possible de manière à faire en sorte que le Fatah prenne le pas sur le Hamas. Ainsi tant le peuple d'Israël que de Gaza va payer le prix du jeu politique cynique de l'autorité palestinienne".

 

Mais l'autorité palestinienne n'est pas la seule des parties en cause qu'il convient d'accuser. La base réelle des problèmes de Gaza repose dans le rôle qu'Israël et l'Égypte joue pour isoler Gaza, aussi bien qu'aux décisions d'Israël et de la communauté internationale de soutenir l'illusion que l'autorité palestinienne contrôle le territoire et devrait donc avoir le droit de taxer ses marchandises et recevoir et administrer par elle même son aide.

Pendant 10 ans, Israël et la plupart des pays de la communauté internationale ont cherché à affaiblir les dirigeants de Gaza en feignant qu'ils n'existaient pas. Israël perçoit des impôts sur toutes les marchandises qu'il envoie dans Gaza et transfert cet argent à l'autorité palestinienne, sachant parfaitement que l'autorité envoie cet argent non pour faire fonctionner les services à Gaza, mais pour les anciens salariés de l'autorité palestinienne, qui pendant une décennie ont été payés à ne rien faire pour entraver le gouvernement mené par le Hamas.

Pour indemniser ses propres salariés et couvrir ses charges d'exploitation, le gouvernement de Gaza comptait sur la taxation des marchandises qui passaient en contrebande à travers les tunnels du Sinaï. Contrairement aux marchandises qui venaient d'Israël, celles-ci ne sont pas arrivées avec des prix majorés par les impôts qui sont allés à l'autorité palestinienne. Quand les tunnels ont été presque entièrement fermés par l'Égypte en 2013, le montant des marchandises entrant dans Gaza en provenance d'Israël s'est grandement accru. Les Gazaouis sont à présent doublement imposés sur beaucoup d'importations - d'abord par l'autorité palestinienne, avant que les marchandises ne soient entrées dans le territoire, ensuite par le gouvernement de Gaza.

Alors que l'arrivée des marchandises exclusivement d'Israël a créé un fardeau supplémentaire pour les gens vivant à Gaza, cela a permis à l'autorité palestinienne de s'enrichir. Mais au lieu de dépenser plus dans la Bande, l'autorité a commencé à dépenser moins, espérant mettre le Hamas, déjà affaibli, à genou. En attendant, la communauté internationale a aidé à soutenir ce système injuste, refusant d'échanger avec le gouvernement de Gaza et adressant au lieu de cela une grande partie de l'aide budgétaire apparemment destinée au peuple de Gaza - grossièrement 40% des Palestiniens dans les territoires occupés - à l'autorité palestinienne.

Pour stabiliser Gaza, l'Égypte a commencé à permettre l'arrivée de carburant. Ce fut un premier pas positif. Mais on doit faire beaucoup plus, en changeant tout un système dans lequel le peuple de Gaza est taxé par un gouvernement qui ne les représente non seulement pas, mais cherche activement à leur faire mal.

L'objection à n'importe laquelle de ces options dans Ramallah - au-delà du coup au budget de l'autorité palestinienne - est qu'elles approfondiraient la séparation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza et sonneraient le glas pour le mouvement national palestinien. (L'ironie de l'avertissement de l'autorité palestinienne contre la division alors qu'elle étrangle Gaza semble être perdue à Ramallah). Certains à Gaza ont une préoccupation semblable: un changement à son statut pourrait rendre le territoire encore plus vulnérable s'il était exigé qu'il ne dépende plus que d'une seule ligne de sauvetage en provenance du monde extérieur via l'Égypte, qui pourrait agir même plus durement et avec la plus grande impunité en cas, par exemple, d'une autre attaque près de la frontière de Gaza dans le Sinaï.

Mais la crainte des conséquences potentielles ne devrait pas mener à la perpétuation du mal et à l'indifférence vis à vis de la menace imminente. Dans un futur proche, un nouveau conflit entre Gaza et Israël et un autre encore après celui là, est nettement plus vraisemblable qu'un rapprochement entre la Cisjordanie et Gaza. La façon la plus facile et la plus durable d'éviter un avenir catastrophique est de faire en sorte que les marchandises consommées par deux millions de personnes à Gaza soient taxées seulement par le gouvernement qui les sert.

*Nathan Thrall, est un analyste de l'International Crisis Group, auteur de “The Only Language They Understand: Forcing Compromise in Israel and Palestine” . Robert Blecher est le conseiller et directeur pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de l'International Crisis Group. 

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