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Le terrible héritage de George W. Bush (Consortium News)

par Lawrence Davidson 2 Juillet 2017, 06:50 Bush Héritage Irak Impérialisme Néocons USA Afghanistan Crimes de guerre Crimes contre l'humanité

Dans le cadre de la volonté de chasser le président Trump de la Maison Blanche, certains « plus jamais Trump » réhabilitent George W. Bush comme un « modéré » relatif, blanchissant ainsi ses crimes de guerre, note Lawrence Davidson.

Il existe une réalité qui continue à détruire des centaines de milliers de vies au Moyen-Orient. Et bien que la plupart des Américains l’ignorent, et que beaucoup de ceux qui sont au courant le nient, ces souffrances proviennent directement des décisions prises par Washington au cours des 27 dernières années.

Le président George W. Bush annonce le début de son invasion de l’Irak le 19 mars 2003.

Certains des faits en question viennent d’être présentés lors du premier congrès mondial de médecine de guerre, qui s’est tenu à l’Université américaine de Beyrouth (AUB) il y a quelques jours ce mois-ci (du 11 au 14 mai 2017). L’attention y a été attirée sur deux conséquences désastreuses de la politique de guerres que les Américains ont menées dans la région : des matériaux de munitions causant le cancer et des bactéries résistant aux médicaments.

– Matériaux de munitions causant le cancer : des matériaux tels que le tungstène et le mercure se trouvent dans le revêtement des bombes pénétrantes utilisées dans les première et deuxième guerres du Golfe. Ceux-ci ont eu des effets à long terme sur les survivants, en particulier ceux qui ont été blessés par ces munitions. Le Dr Omar Dewachi, un enseignant formé en Irak et qui a étudié à Harvard, anthropologue médical chez AUB, craint que « la ligne de base des cancers [apparaissant chez ceux qui sont exposés à ces matériaux] est devenue très agressive… Quand une jeune femme de 30 ans, sans antécédents familiaux de cancer, a deux cancers primaires différents – du sein et de l’œsophage -, il faut se demander ce qui se passe ». Ajoutons que les médecins sont maintenant « débordés par le nombre de patients blessés [de guerre] au Moyen-Orient ».

– Bactéries résistantes aux médicaments : selon le professeur Ghassan Abu-Sittah, professeur formé à Glasgow, patron de la chirurgie plastique et reconstructrice du centre médical de l’AUB, la résistance aux médicaments n’était pas un problème pendant la guerre Iran-Irak de 1980-1988. Cependant, après le fiasco de l’invasion irakienne du Koweït, les choses ont commencé à changer. Au cours de la période postérieure à 1990, l’Irak a été accablé par un régime brutal de sanctions imposé par les Nations Unies, sur l’insistance des États-Unis. Au cours des 12 années suivantes, « les Irakiens ont été autorisés à utiliser seulement trois antibiotiques » et la résistance bactérienne a rapidement progressé. Ces bactéries résistantes se sont répandues dans toute la région, en particulier après l’invasion américaine du pays en 2003.

Aujourd’hui, selon une analyse de Médecins sans frontières, « les bactéries multirésistantes [MDR] sont responsables maintenant de la plupart des infections des plaies de guerre dans tout le Moyen-Orient, mais la plupart des établissements médicaux de la région n’ont même pas de laboratoire capable de diagnostiquer des MDR, ce qui conduit à des retards significatifs et à une mauvaise gestion clinique des plaies infectieuses ».

Si tout ceci se développe, ce n’est pas sans facteurs contributifs découlant de causes locales, telles que les luttes entre les factions. Cependant, les principaux déclencheurs de ces horreurs ont été mis en route à Washington. Pour autant que je le sache, aucun Américain à un poste officiel de haut niveau n’a jamais accepté la moindre responsabilité pour cette souffrance permanente.

Cacher la réalité

Alors que les cancers et les infections incurables augmentent au Moyen-Orient, il y a ici aux États-Unis un effort affligeant pour réhabiliter George W. Bush, le président américain dont les décisions et la politique ont contribué puissamment à la catastrophe en cours. C’est ce Bush qui a lancé l’invasion injustifiée de l’Irak en 2003 et, par conséquent, pour utiliser les mots de la Ligue arabe : « a ouvert les portes de l’enfer ».

Au début de l’invasion américaine de l’Irak en 2003, le président George W. Bush a ordonné aux militaires américains de mener une attaque aérienne dévastatrice contre Bagdad, connue sous le nom de « choc et terreur ».

Le mouvement pour sa réhabilitation a débuté en avril 2013 et a coïncidé avec l’ouverture de sa bibliothèque présidentielle. Dans une interview donnée à cette époque, Bush a préparé le terrain pour sa deuxième venue avec un acte d’auto-justification. Il a déclaré qu’il restait « à l’aise avec le processus décisionnel » qui a conduit à l’invasion de l’Irak – celui qui l’a vu manipuler les services de renseignement quand ils ne lui disaient pas ce qu’il voulait entendre – et aussi « confortable » avec sa décision finale de lancer l’invasion.

« Je n’ai pas besoin de me défendre. J’ai fait ce que j’ai fait et à la fin l’histoire jugera », a-t-il déclaré.

Cette affirmation frivole, « l’histoire jugera » est souvent utilisée par des personnages au caractère douteux. « L’histoire » figure un avenir vague. Sa venue, qu’on dit inévitable, permet au protagoniste de fantasmer sur l’accomplissement de sa gloire personnelle, en s’exonérant des préoccupations éthiques du moment, lesquelles sont généralement majeures.

Ceux qui cherchent à réhabiliter George W. Bush veulent maintenant l’opposer à Donald Trump. On imagine qu’ils espèrent ainsi le présenter comme un républicain « modéré ». Ils prétendent que Bush était et est encore un gars très intelligent et analytique, plutôt que le simplet que la plupart d’entre nous soupçonnent.

En d’autres termes, malgré le lancement d’une guerre inutile et aux conséquences catastrophiques, il n’a jamais été aussi ignorant et dangereux que Trump. Selon lui et selon ses partisans, il a également été un grand défenseur de liberté de la presse, contrairement à Donald Trump. Cependant, quand il était président, Bush a décrit les médias comme une aide et les complices des ennemis de la nation. On peut certainement y lire une position parallèle à la description que Trump fait des médias : « l’ennemi du peuple américain ».

Mais tout cela fait partie d’une campagne de relations publiques et illustre le pouvoir de remodeler une réputation – créer une façade qui cache la réalité. Pour ce faire, vous devez « contrôler la preuve » – dans notre cas en l’ignorant. Dans cette entreprise, George W. Bush et ses partisans peuvent compter sur la coopération d’une grande partie des médias traditionnels. Ici pas de problème : la presse l’a déjà fait.

A l’exception d’un éditorial ici ou là, les médias traditionnels ont également contribué à la réhabilitation de Richard Nixon au milieu des années 80. Ces sortes de tours de passe-passe ne sont possibles que sur fond d’une ignorance publique généralisée.

Informations en vase clos

Les événements locaux permettent une enquête minutieuse. Nous avons généralement une compréhension plus ou moins précise du contexte local dans lequel les événements se déroulent, ce qui donne une possibilité de jugement critique. Au fur et à mesure que nous nous éloignons, à la fois dans l’espace et dans le temps, l’information devient moins fiable, pour la bonne raison qu’elle nous parvient par le biais d’autres personnes qui peuvent ou pas savoir de quoi elles parlent.

Le président George W. Bush en combinaison de vol après son atterrissage sur l’USS Abraham Lincoln pour donner son discours « Mission accomplie » sur la guerre en Irak le 1er mai 2003.

Notre société a peu ou pas de connaissance du contexte des événements étrangers, et il est donc facile pour ceux qui les signalent de leur appliquer des filtres selon un certain nombre de critères. Ce qui nous parvient, c’est une actualité personnalisée : des histoires conçues pour s’adapter aux préjugés politiques ou idéologiques préexistants. De cette façon, des millions et des millions d’esprits se limitent à des informations en vase clos, sur des sujets qui touchent souvent, parmi d’autres sujets importants, la guerre et ses conséquences.

Donc, qu’est-ce qui est susceptible d’avoir le plus d’influence sur un public américain replié sur sa propre localité : l’image réhabilitée de George W. Bush que les grands médias de la nation ont fait valoir à plusieurs reprises, ou les conséquences terribles de ses actions à l’étranger, rarement rapportées ?

Ce dilemme n’est pas exclusivement américain, et n’est pas spécifique à notre époque. Mais ses conséquences dangereuses sont un très bon argument contre l’ignorance généralisée qui permet de réhabiliter les criminels politiques, même quand leurs crimes condamnent les autres à continuer à souffrir.

Si les « remodeleurs » de réputation peuvent le faire pour George W. Bush, il y a peu de doute qu’un jour ce sera fait pour Donald Trump. La vie, si pleine de souffrance, est aussi pleine de telles absurdités.

Lawrence Davidson est professeur d’histoire à l’université West Chester en Pennsylvanie.

Source : Lawrence Davidson, Consortium News, 28-05-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

Le terrible héritage de George W. Bush (Consortium News)

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