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Le Washington Post de Jeff Bezos offre un sermon hypocrite sur les valeurs américaines (WSWS)

par Andre Damon 15 Juillet 2017, 10:47 Washington Post Bezos Hypocrisie Médias USA

Le Washington Post de Jeff Bezos offre un sermon hypocrite sur les valeurs américaines (WSWS)

Jeudi, le Washington Post, un journal détenu à 100 pour cent par le PDG d’Amazon, Jeff Bezos, a publié un éditorial qui désigne la Russie comme une « puissance hostile » parce qu’elle s’oppose aux « valeurs américaines fondamentales » comme l’autodétermination, et une presse libre.

Le président russe, Vladimir Poutine, écrit le Post, « préfère les sphères d’influence à l’autodétermination ; la corruption à la transparence ; et la répression à la démocratie. »

On lit ces lignes en ne sachant pas si l’on doit être plutôt émerveillé par leur arrogance ou leur total aveuglement. Le journal de Bezos met en accusation la Russie pour un ensemble de circonstances qui s’appliquent aux États-Unis autant – voire plus – qu’à la Russie.

Il ne fait aucun doute qu’il y a beaucoup à critiquer dans la société russe et le régime de Poutine. La classe ouvrière russe, en se remettant du traumatisme du stalinisme et de la restauration du capitalisme, s’appuiera sur les leçons de son histoire révolutionnaire et fera ce qu’il faut de ce régime réactionnaire. Mais les travailleurs et les jeunes Russes, alors qu’ils se préparent à régler leurs comptes avec les oligarques russes, n’auront pas besoin des leçons de moralité des oligarques américains et de leurs porte-parole éditoriaux. « Chers médecins américains à la morale impérialiste », pourraient-ils répondre à juste titre à Bezos et aux scribes du Washington Post, « occupez-vous de vos propres maux ».

Le Post accuse Vladimir Poutine et ses « sbires » de « devenir immensément riches » au détriment de la société russe. Mais l’éditorial paraît dans un journal appartenant à un homme qui, en tant que deuxième personne la plus riche d’Amérique, contrôle plus de richesses que les cinq oligarques russes les plus riches.

Les États-Unis sont le pays le plus socialement inégalitaire dans le monde. Chaque aspect de la société américaine est dominé par l’exploitation et l’inégalité sociale. C’est une société avec des niveaux de pauvreté concentrée et de misère sociale que l’on observe ailleurs uniquement dans les anciennes colonies.

M. Bezos, qui a peut-être commandé lui-même l’éditorial, illustre cette grande maladie sociale. Ce baron des lieux de travail exténuants, et dont la richesse nette est supérieure à 70 milliards d’euros, gagne 22 000 euros chaque minute en payant de salaires de misère aux centaines de milliers de personnes.

Pourquoi M. Bezos ne traverse-t-il pas un de ses sites d’Amazon pour regarder les conditions auxquelles ses travailleurs sont obligés de travailler ? Les travailleurs qui gagnent 10,50 euros par heure ou moins, sont surveillés chaque seconde de la journée de travail, et sont pénalisés pour s’être rendu aux toilettes Et pourtant, cet esclavagiste moderne veut donner des leçons à d’autres parce qu’ils sont devenus « extrêmement riche ».

Le Post se plaint en outre que Poutine a « tous les symboles d’une véritable démocratie – un parlement, des élections nationales – mêmes les a dépourvus de toute signification en fermant la plupart des médias indépendants et en éliminant la plus grande partie de l’opposition politique ».

C’est une observation intéressante, étant donné que le parlement de la Russie a six partis politiques, alors que la Chambre et le Sénat des États-Unis n’en ont que deux ! Le duopole des deux partis méprisé aux États-Unis maintient son emprise tout simplement parce que tout parti d’opposition qui tente de participer aux élections est systématiquement exclu, que ce soit par le biais de lois restrictives sur la participation des candidats aux élections, ou d’objections fallacieuses des partis établis, ou simplement de la domination écrasante de l’argent dans tout le processus.

Le Post ajoute que Poutine favorise « la corruption sur la transparence ; et la répression sur la démocratie ». Pourtant, aux États-Unis, en dépit de deux rapports volumineux, l’un par le Sénat et un autre par une commission gouvernementale spéciale, détaillant des actions criminelles répandues et spécifiques qui ont conduit à la crise financière de 2008, pas un seul banquier n’a été envoyé en prison.

Dans aucun pays, les élections ne sont plus ouvertement achetées par les riches qu’en Amérique. Les États-Unis sont si corrompus qu’un chercheur a récemment calculé exactement combien d’argent il faut dans les « contributions de la campagne » – c’est-à-dire des pots-de-vin légalisés – pour obtenir l’adoption d’une loi au Congrès.

En ce qui concerne les « médias indépendants », les principaux médias d’information aux États-Unis sont tellement ridiculisés que le mot « médias » est devenu un gros mot. Ils régurgitent simplement tous les mensonges de l’armée, des agences de renseignement et des oligarques milliardaires.

Le Post déclare qu’en Russie, contrairement aux États-Unis, « lorsque les gens essaient de révéler la corruption, ils sont emprisonnés ou tués ». On s’attend ici à ce que nous oubliions Chelsea Manning, qui a été emprisonné pendant sept ans et soumis à ce que les Nations Unies ont qualifié de traitement « cruel, inhumain et dégradant » pour avoir exposé les crimes de guerre américains.

Et puis, il y a Julian Assange, qui a été emprisonné de fait dans l’ambassade équatorienne de Londres pour avoir exposé la corruption et la criminalité officielles. Edward Snowden a été obligé de fuir son pays d’origine pour la Russie parce qu’il avait révélé des violations systématiques de la Constitution par le gouvernement américain.

En ce qui concerne les Américains qui ont été tués pour avoir révélé des corruptions, il y a une liste interminable de rumeurs sombres, de la mort inexpliquée d’un salarié de l’état-major du Parti démocrate, Seth Rich, dont Assange a indiqué qu’il pourrait avoir divulgué les transcriptions des discours de Hillary Clinton à Wall Street, au journaliste Michael Hastings, qui est mort dans un accident de voiture suspect après avoir exposé les frasques du général Stanley A. McChrystal.

L’éditorial du Post a une autre hypocrisie pour couronner le tout : sa déférence envers la criminelle de guerre corrompue et détestée Hillary Clinton. L’antipathie de Poutine envers Hillary Clinton, écrit le Post, n’était pas axée sur la personnalité, mais trouvait sa source dans son plaidoyer en faveur de valeurs qui auraient menacées son pouvoir. »

Le nom de Clinton « pue de manière pestilentielle ». Après avoir quitté la Maison-Blanche, Hillary et Bill Clinton ont accumulé une énorme fortune, un quart de milliard de dollars, 220 millions d’euros, de richesse personnelle au cours des 15 dernières années.

La Lady Macbeth américaine, fut si avare d’argent qu’elle a décidé, contre les conseils de nombreux membres de son personnel, de donner des discours payés à des banques comme Goldman Sachs, qui se sont considérablement enrichies par l’élimination de nombreux règlements financiers sous la présidence de son mari.

Mais Clinton, qui se moquait du fait que ses actions ont amené le président libyen Mouammar Khadafi à être sodomisé à mort avec une baïonnette, est considérée comme l’idéal des valeurs « démocratiques ». Après tout, le journal déclare qu’elle « a soutenu les aspirations démocratiques de l’Ukraine ». C’est ainsi que le journal de Bezos qualifie le putsch mené par des fascistes de 2014 visant à renverser le résultat des élections de 2012 du pays.

Le Post déclare que la Russie, contrairement à l’Amérique, favorise « des sphères d’influence sur l’autodétermination ». Cela vient en défense d’un pays qui dépense plus pour son armée que le reste du monde combiné et qui se déclare être la seule puissance hégémonique militaire – pas seulement dans l’ensemble au niveau mondial, mais dans chacune des régions du monde. La Russie maintient des bases militaires dans huit pays ; les États-Unis en maintiennent dans plus de 70 pays.

Selon le Post, la Russie est un « pouvoir hostile ». Mais l’Arabie saoudite, si on l’estime par l’ampleur des exportations d’armes américaines, est l’allié le plus proche de l’Amérique.

Les États-Unis espionnent les gens de chaque nation, y compris leurs alliés (comme la chancelière allemande, Angela Merkel). Ils ont parrainé des opérations de déstabilisation en Amérique du Sud, en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique. Ils ont tué plus de personnes dans les guerres que n’importe quel pays depuis l’Allemagne d’Adolf Hitler.

Le Post a le culot de répandre son moralisme bon marché la semaine même où la presse a été inondée d’images des ruines de la ville irakienne de Mossoul, dans ce qu’Amnesty International a qualifié de crime de guerre américain.

Et peut-être faudrait-il demander au peuple d’Haïti, d’Irak ou d’Afghanistan l’attitude du gouvernement des États-Unis à l’égard de l’autodétermination.

En fin de compte, le Post soutient que le conflit entre les États-Unis et la Russie est d’un caractère entièrement moral, dépourvu d’intérêts économiques et géopolitiques. Les États-Unis et la Russie, déclare le Post, ne sont pas « sur le point d’entrer en guerre », ce « sont deux puissances continentales sur les côtés opposés du monde sans conflits territoriaux ».

Mais ce n’est qu’un mensonge sans conviction, contredit par des déclarations répétées d’officiers militaires américains. En audience devant le Congrès en mai, le général Curtis M. Scaparrotti, chef du Commandement européen des États-Unis, a déclaré qu’une « Russie résurgente » cherche à « se réaffirmer en tant que puissance mondiale », menant les militaires américains en Europe à « retourner à notre rôle historique de commandement de guerre ».

« Il y a cinq ou six ans, nous n’étions pas préoccupés d’être prêts [à combattre] aujourd’hui », a ajouté Scaparrotti. « Cela a changé ».

Cet état des choses a « changé », malgré l’insistance du Post, parce que la Russie s’est opposée aux plans des États-Unis de changement de régime en Syrie.

Il n’y a peut-être pas une meilleure analyse de la triste tentative du Post d’envelopper les machinations géopolitiques américaines dans un moralisme bon marché que celui offert il y a plus d’un siècle par le critique de l’impérialisme britannique, John A. Hobson, qui a écrit :

C’est précisément dans cette falsification de la véritable importance des motifs que résident le vice le plus grave et le péril le plus notable de l’impérialisme. Lorsque, à partir d’un mélange de motifs divers, le moins puissant est choisi pour la notoriété publique parce qu’il est le plus présentable, lorsque les problèmes d’une politique qui n’étaient pas du tout présents dans l’esprit de ceux qui ont formé cette politique sont traités comme des causes principales, la monnaie morale de la nation est dévalorisée. Toute la politique de l’impérialisme est entachée par cette supercherie.

(Article paru d’abord en anglais le 14 juillet 2017)

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