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OTAN : hausse des budgets militaires et envoi de milliers de soldats en Afghanistan (WSWS)

par Johannes Stern 2 Juillet 2017, 07:57 OTAN Afghanistan Armée US Impérialisme

OTAN : hausse des budgets militaires et envoi de milliers de soldats en Afghanistan (WSWS)

La réunion des ministres de la défense de l’OTAN s’est déroulée jeudi à Bruxelles au milieu d’un renforcement militaire massif.

« Ce sera la troisième année consécutive d’une accélération des investissements de défense de la part des alliés européens et du Canada », a déclaré lors d’une conférence de presse le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Au total, les dépenses ont augmenté depuis 2015 de près de 46 milliards de dollars.

Selon Stoltenberg, les chiffres montrent que les membres de l’OTAN étaient en bonne voie pour respecter l’engagement qu’ils avaient pris en 2014 d’augmenter dans les dix ans les dépenses de défense à 2 pour cent du PIB en valeur réelle. « En 2017, vingt-cinq alliés augmenteront les dépenses de défense en valeur réelle. Cette année, nous nous attendons à ce que la Roumanie dépense 2 pour cent du PIB pour la défense, rejoignant les cinq pays qui ont déjà atteint ce seuil et, l’année prochaine, la Lettonie et la Lituanie se joindront à eux en dépensant 2 pour cent ou plus pour la défense », a déclaré Stoltenberg.

La ministre allemande de la défense, Ursula von der Leyen (CDU), avait manifesté la veille, lors d’une réunion à Garmisch-Partenkirchen avec son homologue américain James Mad Dog Mattis, la volonté de l’Allemagne d’atteindre la cible de 2 pour cent. L’Allemagne est disposée à « renforcer » ses forces « et à démontrer sa fiabilité », a déclaré la ministre de la défense.

Ce ne sont pas là des paroles creuses. Le même jour, le gouvernement allemand soumettait un projet budgétaire qui prévoyait pour 2018 une augmentation de 1,6 milliard d’euros du budget militaire pour atteindre quelque 38,5 milliards d’euros. Les dépenses de la défense passeront à 42,4 milliards d’euros d’ici 2021. La progression totale du nouveau plan financier s’élève à environ 9 milliards d’euros. Cela « continuerait à inverser la tendance en matière de personnel et d’équipement de l’armée. »

Les hausses importantes des dépenses militaires permettent aux pays de l’OTAN d’étendre leur politique belliciste agressive. Stoltenberg a annoncé que l’alliance rehausserait sa présence de troupes en Afghanistan, répondant ainsi aux exigences de ses planificateurs militaires. Quinze États ont déjà annoncé des contributions plus élevées et d’autres suivraient, a-t-il ajouté. Le but, a-t-il dit, est de permettre aux forces de sécurité afghanes « de sortir de l’impasse et de progresser sur le champ de bataille. » Il existe « un lien étroit entre les développements sur le champ de bataille et la possibilité d’arriver à une solution politique. »

En outre, Stoltenberg a loué le renforcement de l’OTAN en Europe de l’est, ce qui accroît le danger d’un conflit militaire avec la Russie qui est une puissance nucléaire. En Estonie, en Lettonie, en Lituanie et en Pologne, les soldats de l’OTAN sont « pleinement opérationnels » et les quartiers généraux multinationaux en Pologne et en Roumanie ont été « activés ». Ceci envoie « un message ferme à n’importe quel agresseur. »

L’ambassadeur de Russie auprès de l’OTAN, Alexander Grushko, a condamné le réarmement de l’OTAN et a mis en garde contre une nouvelle course à l’armement. Il a déclaré dans un entretien accordé au journal Die Welt : « Les dépenses de défense des seuls Européens sont quatre fois plus élevées que le budget de la Russie. » Il y a « une tendance très dangereuse vers la militarisation des relations internationales. » Cela pourrait « conduire à une nouvelle course aux armements. »

Grushko a vivement critiqué le stationnement des troupes de l’OTAN en Europe de l’Est en annonçant des contre-mesures. « Avec ces étapes militaires et le renforcement de son flanc oriental, l’OTAN est en train de créer un nouvel environnement sécuritaire que nous ne pouvons ignorer et auquel nous répondrons par nos propres forces militaires. »

Les remarques faites par Grushko soulignent que le gouvernement du président Vladimir Poutine n’a pas de réponse progressiste à l’offensive de l’OTAN. Il défend les intérêts d’une oligarchie capitaliste qui s’est enrichie par le pillage de la propriété publique après la dissolution de l’Union soviétique par la bureaucratie stalinienne. Le gouvernement russe réagit à l’agression impérialiste par ses propres contre-mesures militaires, accroissant ainsi le risque de guerre.

Le régime à Moscou s’oppose à toute démarche pour unir la classe ouvrière en Europe et dans le monde contre les fauteurs de guerre impérialistes. Au lieu de cela, il quémande un arrangement avec les puissances impérialistes. « Nous avons clairement déclaré être prêts à coopérer avec ceux qui souhaitent contribuer à notre lutte conjointe contre le terrorisme », a dit M. Grushko. L’élimination de l’ÉI en Syrie et en Irak étant finalement un « objectif commun. »

L’objectif réel des puissances impérialistes n’est pas de vaincre l’ÉI, mais de renverser le régime de Bachar al-Assad et d’établir un régime fantoche à Damas. Leur intervention militaire en Syrie et en Irak fait en outre partie d’une lutte beaucoup plus large pour un nouveau partage du Moyen-Orient riche en matières premières, et du monde entier ; ce qui intensifie également les conflits entre ces puissances.

Stoltenberg a indiqué que les puissances européennes ne procédaient pas à un réarmement en réaction aux exigences des États-Unis, mais poursuivaient de plus en plus leurs propres intérêts économiques et géostratégiques. « Je salue l’attention soutenue apportée par le président Trump aux dépenses de défense et à la répartition des charges », a déclaré Stoltenberg. Mais, il ne s’agit pas simplement de « rendre un service aux États-Unis ». Au lieu de cela, ces efforts sont liés aux intérêts des partenaires de l’alliance, a poursuivi Stoltenberg.

C’est notamment l’Allemagne qui s’efforce en amont du sommet du G-20 de promouvoir ces « intérêts » particuliers et ce de plus en plus souvent à l’encontre des États-Unis. La déclaration gouvernementale faite hier au parlement par la chancelière allemande Angela Merkel (CDU) a été une attaque à peine voilée contre les États-Unis, qui fut présentée par les médias comme étant une « charge frontale contre Donald Trump ».

« Ceux qui croient que l’isolationnisme et le protectionnisme sont la solution pour régler les problèmes du monde commettent une erreur énorme », a déclaré Merkel. « Depuis que les États-Unis ont pris la décision de se retirer de l’Accord de Paris sur le changement climatique, nous sommes plus déterminés que jamais à le faire réussir. » L’Accord de Paris est « irréversible » et « non négociable », et il faut « s’attendre à des discussions difficiles à Hambourg. Le désaccord est évident, et il serait faux de le dissimuler. »

Lors d’un discours prononcé après le sommet du G-7 depuis une tente à bière de Munich Merkel avait remis en question l’alliance avec les États-Unis sur laquelle la politique étrangère allemande d’après-guerre était fondée. « Les temps où nous pouvions entièrement compter les uns sur les autres sont quasi-révolus », avait-elle déclaré en en concluant : « Nous, les Européens, devons prendre en main notre propre destin » et « nous battre nous-même pour notre propre avenir ».

Dans la déclaration gouvernementale, elle s’est félicitée du renforcement militaire européen convenu lors du sommet de l’UE de la semaine dernière en insistant sur le fait que « l’Europe assume[rait] davantage de responsabilités dans la lutte contre le terrorisme et en matière de politique sécuritaire et de défense commune en instaurant une coopération plus étroite. » L’Allemagne en premier lieu a « un intérêt particulier à ce que l’Europe reste unie à l’avenir ».

Le but de Berlin est de faire de l’UE une grande puissance sous direction allemande qui soit capable de faire progresser ses intérêts à l’encontre des États-Unis. « Nous devons rendre l’Europe plus forte », a dit dans son discours aux députés le député social-démocrate Thomas Oppermann. Une « conséquence de l’imprévisibilité de Donald Trump » est que « l’Europe doit se préoccuper davantage de sa propre sécurité. »

« Une union de défense européenne bien solide exige naturellement une armée allemande bien équipée », a déclaré Oppermann, avant de dénoncer par la droite le ministère de la défense qui est dirigé par le CDU. « Les ministres de la défense de ces douze dernières années ont permis que l’armée soit utilisée comme une carrière pour consolider le budget. Ils ont fait adopter dans la précipitation la réforme de l’armée et la suspension du service militaire sans disposer d’aucun plan. Jusqu’à ce jour, nos forces armées sont en proie à un manque de personnel et à un matériel insuffisant. » Son parti « veillera à ce que cela change lors de la prochaine législature. »

En coopération avec le parti Die Linke (La Gauche) et les Verts, le SPD joue un rôle crucial dans la transformation de l’opposition largement répandue contre Trump en soutien à l’impérialisme allemand sous le signe de la « paix » et de la « protection du climat ». Le président américain est en train de fracturer « l’Occident » sur « une question existentielle » a déclaré Oppermann sous les applaudissements de Die Linke et des Verts. Et donc, il est « nécessaire de nous positionner clairement contre Donald Trump […] Nous espérons clairement, Mme Merkel, que vous forgerez à Hambourg une alliance de 19 contre 1 en faveur de la protection du climat. »

(Article original paru le 30 juin 2017)

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