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Gunvor, or noir et corruption au Congo-Brazzaville (Mediapart)

par Agathe Duparc et Marc Guéniat 13 Septembre 2017, 00:34 Sassou Nguesso Pétrole Gunvor Public Eye Françafrique Russafrique Pillage Russie Congo-Brazzaville

Gunvor, or noir et corruption au Congo-Brazzaville
Par Agathe Duparc et Marc Guéniat
Mediapart

Gunvor, or noir et corruption au Congo-Brazzaville (Mediapart)

l était une fois Gunvor, une société de trading de pétrole créée par Guennadi Nikolaevitch Timtchenko, l’un des proches camarades du président russe Vladimir Poutine. Partie de rien, ou presque, la petite structure a installé son siège à Genève en 2003, puis elle a grossi, grossi, jusqu’à s’imposer comme le quatrième négociant privé d’hydrocarbures au monde. À la fin des années 2000, surnommée par certains « Kremlin Oil », elle exportait près d’un tiers du brut russe, devenue le trader attitré des géants pétroliers du pays. C’est alors qu’elle a décidé de partir à la conquête d’autres marchés, avant de jeter son dévolu sur la République du Congo (Congo-Brazzaville), l’un des États les plus pauvres et corrompus de la planète. Entre 2010 et 2012, la firme y décroche un mirobolant contrat pétrolier d’une valeur de 2,2 milliards de dollars – avec à la clé six préfinancements de 125 millions de dollars accordés à la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), appartenant à l’État congolais – fruit d’âpres négociations.

Public Eye* Anciennement « Déclaration de Berne », cette ONG installée à Lausanne lutte depuis près de cinquante ans contre les ravages de la mondialisation. a enquêté pendant près de deux ans dans les coulisses de ce marché congolais. On y croise des traders tirés à quatre épingles, des banquiers, des intermédiaires douteux, des repris de justice, des politiciens et des ministres.

Cette investigation au long cours s’est faite en collaboration avec Mediapart (lire la Boîte noire à la fin de cette enquête). Sur la base de documents exclusifs et de témoignages recueillis auprès de nombreuses sources, nous avons pu reconstituer les différentes étapes d’un contrat hors normes, parrainé par le Kremlin. Il s’est soldé par une débauche de commissions et toutes sortes de péripéties entre Genève et Brazzaville, donnant finalement lieu à l’ouverture de quatre procédures judiciaires en Suisse – toujours en cours. Avec de très fortes suspicions de versements illicites ayant atterri dans les poches du clan Sassou Nguesso qui règne sur le pays depuis trente-huit ans.

La tâche n’a pas été simple. Dans ce secteur, l’omerta est de rigueur et les personnes qui ont accepté de nous parler ont presque toutes refusé d’être nommées.

L’histoire ressemble à un roman noir et permet une plongée inédite dans les pratiques du secteur. Pour s’implanter au Congo, Gunvor a dû sortir l’artillerie lourde, devenant ainsi l’un des nombreux prédateurs de cet État d’Afrique centrale emblématique de la malédiction des ressources naturelles. Cinquième producteur de brut d’Afrique subsaharienne, le pétrole y génère 74 % des recettes publiques. Mais en dépit d’une décennie de cours élevés du pétrole jusqu’à l’été 2014, plus d’un Congolais sur deux vit dans une situation d’extrême pauvreté, avec un revenu inférieur à 2 dollars par jour. Le pays dirigé par le clan du président Denis Sassou Nguesso échoue à la 159e place (sur 176) du classement de l’indice de perception de la corruption établi par Transparency International.

Le récit que nous vous proposons est une version écourtée et simplifiée du rapport de Public Eye qui sort ce 12 septembre.

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