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Le vrai coup de théâtre des BRICS (Asia Times)

par Pepe Escobar 9 Septembre 2017, 16:35 BRICS Xiamen Sommet Poutine Russie Xi Jinping Chine Géopolitique Economie Inde Articles de Sam La Touch

Le vrai coup de théâtre des BRICS
Article originel : The Real BRICS Bombshell
Par Pepe Escobar*
Asia Times


Traduction SLT

Le vrai coup de théâtre des BRICS (Asia Times)

Poutine dévoile le concept de "monde multipolaire équitable" dans lequel les contrats pétroliers pourraient contourner le dollar étastunien et être échangés avec le pétrole, le yuan et l'or.

Le sommet annuel du BRICS à Xiamen - où le président Xi Jinping a été maire - n'aurait pas pu intervenir dans un contexte géopolitique plus incandescent.

Encore une fois, il est essentiel de garder à l'esprit que le noyau actuel du BRICS est le couple "RC", le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine. Ainsi, dans la péninsule coréenne, la situation de la Corée - avec les deux pays partageant des frontières avec la RPDC (République Populaire Démocratique de Corée) - est primordiale.

Pékin a imposé un veto définitif à la guerre, ce dont le Pentagone est tout à fait conscient.

Le sixième essai nucléaire de Pyongyang, bien qu'il ait été planifié bien à l'avance, a eu lieu trois jours après que deux bombardiers stratégiques B-1B étatsuniens dotés de capacités nucléaires eurent procédé à leur propre "essai" aux côtés de quatre F-35B et de quelques F-15 japonais.

Tous ceux qui connaissaient l'échiquier de la péninsule coréenne savaient qu'il y aurait une réponse de la RPDC à ces tests de "déstabilisation" à peine déguisés.

C'est donc la seule proposition sonore sur la table: le "double gel" RC. A savoir le gel des exercices militaires US/Japon/Corée du Sud et le gel du programme nucléaire nord-coréen tandis que la diplomatie prend le relais.

La Maison-Blanche, au contraire, a évoqué ses "capacités nucléaires" comme mécanisme de résolution des conflits.

Des mines d'or en Amazonie ?

Au moins sur le front du plateau de Doklam, New Delhi et Pékin ont décidé, après deux mois de tension, de "désengager rapidement" leurs troupes frontalières. Cette décision était directement liée au sommet de BRICS, qui approchait à grands pas, où l'Inde et la Chine allaient perdre la face.

Le Premier ministre indien Narendra Modi avait déjà tenté un exercice similaire de déstabilisation avant le sommet des BRICS de Goa l'année dernière. Ensuite, il a insisté pour que le Pakistan soit déclaré "État terroriste". Le couple RC a dûment opposé son veto.

Modi a également ostensiblement boycotté le sommet de l'Initiative "Belt and Road Initiative" (BRI) à Hangzhou en mai dernier, essentiellement à cause du couloir économique Chine-Pakistan (CPEC).

L'Inde et le Japon rêvent de contrer la "Belt and Road Initiative" (BRI) avec un semblant de projet de connectivité : le Couloir de croissance économique Asie-Afrique (AAGC). Croire que ce couloir lui volerait la vedette - avec simplement une fraction des fonds et des envergures dont dispose la BRI - c'est tout simplement rêver debout.

Mais Modi a quand même émis des signes positifs à Xiamen : "Nous sommes en mission pour éradiquer la pauvreté, améliorer la santé, l'assainissement, les compétences, la sécurité alimentaire, l'égalité des sexes, l'énergie, l'éducation". Sans cet effort gigantesque, les nobles rêves géopolitiques de l'Inde seraient morts nés.

Le Brésil, pour sa part, est plongé dans une tragédie socio-politique plus grande que nature, "menée" par une non-entité corrompue et draculesque, de l'imposteur Temer. Le président brésilien, Michel Temer, a fait pression à Xiamen pour faire accepter "ses" 57 privatisations importantes et en cours à des investisseurs chinois - avec l'exploitation minière d'or dans une réserve naturelle amazonienne de la taille du Danemark. Ajoutez à cela l'austérité massive des dépenses sociales et la législation anti-travail caricaturale, et l'on a l'image d'un Brésil actuellement dirigé par Wall Street. Le jeu consiste à profiter du butin le plus vite possible.

La nouvelle Banque de développement des BRICS (BNDG) - une contrepartie de la Banque mondiale - est, comme on pouvait s' y attendre, ridiculisée. Xiamen a montré comment la BNDG ne faisait que commencer à financer les projets BRICS. Il est malavisé de la comparer à la Banque asiatique d'investissement des infrastructures (AIIB). Elle investira dans différents types de projets, l'AIIB se concentrant davantage sur la "Belt and Road Initiative" (BRI). Leur objectif est complémentaire.

 "BRICS Plus" ou effondrement

Sur la scène mondiale, les BRICS sont déjà une nuisance majeure pour l'ordre unipolaire. Xi l' a poliment déclaré à Xiamen comme "nous, les  cinq pays,[devrions] jouer un rôle plus actif dans la gouvernance mondiale".

Et Xiamen a proposé des "dialogues" avec le Mexique, l'Egypte, la Thaïlande, la Guinée et le Tadjikistan; cela fait partie de la feuille de route pour constituer un "BRICS Plus" - une conceptualisation de Pékin, proposée en mars dernier par le ministre des Affaires étrangères Wang Yi, pour élargir le partenariat/la coopération.

Un autre exemple de "BRICS Plus" peut être détecté dans le lancement éventuel, avant la fin de l'année 2017, du Partenariat économique régional global (Regional Comprehensive Economic Partnership - RCEP) - à la suite du décès de l'accord de partenariat transpacifique (TPP).

Contrairement à la propagande occidentale, le RCEP n'est pas "menée" par la Chine. Le Japon en fait partie, de même que l'Inde et l'Australie aux côtés des 10 membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud (ASEAN).. La question brûlante est de savoir quel genre de jeux New Delhi pourrait jouer pour bloquer la RCEP parallèlement au boycott de la BRI.

Patrick Bond, à Johannesburg, a développé une critique importante, faisant valoir que les "forces économiques centrifuges" brisent les BRICS, grâce à la surproduction, à l'endettement excessif et à la dé-mondialisation. Il interprète le processus comme "l'échec du capitalisme centripète désiré de Xi".

Ce n'est pas forcément exact. Ne sous-estimez jamais le pouvoir du capitalisme centripète chinois, surtout lorsque la BRI passera à la vitesse supérieure.

Rencontrez la triade pétrole/yuan/or

C'est lorsque le président Poutine a commencé à parler que le BRICS a connu un véritable coup de théâtre. Du point de vue géopolitique et géo-économique, Poutine met l'accent sur un "monde multipolaire équitable" et "contre le protectionnisme et les nouveaux obstacles au commerce mondial".

Le changement en Syrie - où Pékin soutenait silencieusement mais fermement Moscou - a dû être évoqué :"C'est en grande partie grâce aux efforts de la Russie et d'autres pays concernés que les conditions ont été créées pour améliorer la situation en Syrie".

Sur la péninsule coréenne, il est clair que le couple Russie-Chine pense à l'unisson : "La situation est en train de s'équilibrer au bord d'un conflit à grande échelle".

Le jugement de Poutine est aussi cinglant que la solution potentielle - proposée par le RC - est saine : "Faire pression sur Pyongyang pour qu'il arrête son programme de missiles nucléaires est malavisé et futile. Les problèmes de la région ne devraient être résolus que par un dialogue direct entre toutes les parties concernées, sans conditions préalables."

Le concept d'ordre multilatéral de Poutine et de Xi est clairement visible dans la Déclaration de Xiamen, qui propose un vaste processus de paix et de réconciliation nationale "dirigé et pris en charge par les Afghans", y compris le format des consultations de Moscou et le "Coeur du processus Asie-Istanbul".

C'est le code d'une solution afghane entièrement asiatique (et non occidentale) négociée par l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dirigée par la Russie et la Chine, et dont l'Afghanistan est un observateur et un futur membre à part entière.

Et puis, Poutine livre son coup de théâtre : "La Russie partage les préoccupations des pays des BRICS face à l'injustice de l'architecture financière et économique mondiale, qui ne tient pas compte du poids croissant des économies émergentes. Nous sommes prêts à collaborer avec nos partenaires pour promouvoir une réforme de la réglementation financière internationale et à surmonter la domination excessive du nombre limité de monnaies de réserve".

Surmonter la domination excessive du nombre limité de monnaies de réserve "est une manière polie de dire ce que les BRICS discutent depuis des années; à savoir comment contourner le dollar américain, ainsi que le pétrodollar.

Pékin est prêt à accélérer le jeu. Bientôt, la Chine lancera un contrat à terme sur le pétrole brut en yuan et convertible en or.

Cela signifie que la Russie - ainsi que l'Iran, l'autre nœud clé de l'intégration eurasiatique - peuvent contourner les sanctions étatsuniennes en échangeant de l'énergie dans leur propre monnaie ou en yuan. Le yuan sera entièrement convertible en or sur les bourses de Shanghai et de Hong Kong.

La nouvelle triade pétrole, yuan et or est en fait gagnant-gagnant. Aucun problème du tout si les fournisseurs d'énergie préfèrent être payés en or physique plutôt qu'en yuan. Le message clé est que le dollar étatsunien est contourné.

Le couple Russie-Chine - par l'intermédiaire de la Banque centrale russe et de la Banque populaire de Chine - développent des swaps rouble-yuan depuis un certain temps déjà.

Une fois que cela aura dépassé les BRICS pour atteindre les nouveaux membres du " BRICS Plus ", puis dans l'ensemble des pays du Sud, la réaction de Washington sera forcément nucléaire (avec un peu de chance pas littéralement).

Les règles de la doctrine stratégique de Washington ne devraient en aucun cas permettre au couple Russie-Chine (RC) d'être prépondérant le long de la masse continentale eurasienne. Pourtant, ce que les BRICS ont en réserve sur le plan géo-économique ne concerne pas seulement l'Eurasie, mais l'ensemble des pays du Sud.

Des sections du Parti de la guerre à Washington, qui s'acharnent à instrumentaliser l'Inde contre la Chine - ou contre le couple RC - pourraient bien se réveiller brutalement. Bien que les BRICS soient actuellement confrontés à diverses vagues de turbulences économiques, la carte routière audacieuse à long terme, bien au-delà de la Déclaration de Xiamen, est bien en place.

Pepe Escobar est un analyste géopolitique indépendant.

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