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Rébellion vénézuélienne contre le pétrodollar (Il manifesto)

par Manlio Dinucci 23 Septembre 2017, 12:30 Venezuela Pétrodollar Yuan Dollar USA Tension Impérialisme Articles de Sam La Touch

Rébellion vénézuélienne contre le pétrodollar
Par Manlio Dinucci
Il manifesto

Traduction SLT

Rébellion vénézuélienne contre le pétrodollar (Il manifesto)

 La décision de Washington d'étrangler l'économie vénézuélienne (présentée comme une sanction pour des crimes fictis) empêche effectivement Caracas de permettre à son pétrole de circuler vers les alliés des États-Unis... L'effet de choc est désormais constitué par le fait que le Venezuela va exporter son pétrole vers la Chine. Ce faisant, les contrats du Venezuela ne seront plus établis en dollars mais en yuan. Cela menacera bientôt la suprématie de la monnaie étatsunienne et, de toute évidence, l'économie étatsunienne. Donc maintenant,"celui qui pensait avoir la clé de la porte de la prison, est retenu en otage dans la cellule".

Les États-Unis exercent une pression croissante sur le Venezuela, un pays qui, conformément à la façon dont le Pentagone a façonné le monde, relève de la "juridiction" du Commandement sud des États-Unis (Southcom). SouthCom regroupe 31 pays et 16 territoires d'Amérique latine et des Caraïbes. Il y a des troupes au sol, des forces navales et aériennes et un corps de marine, sans parler des forces spéciales et de trois forces opérationnelles particulières. La même stratégie que les Etats-Unis et l'OTAN, appliquée dans un contexte différent en Libye et en Syrie, pourrait très bien être adoptée contre le Venezuela : l'infiltration de forces spéciales et de mercenaires qui amènent une déstabilisation sur les foyers vénézuéliens où les tensions sont déjà exacrebées, catalysant des conflits armés. Le gouvernement est alors chargé de massacrer son propre peuple, ce qui couvre l'"intervention humanitaire" d'une coalition dirigée par les États-Unis.

Ce scénario est d'autant plus probable que le ministre vénézuélien du Pétrole a annoncé le 15 septembre 2017 : "A partir de cette semaine, le prix moyen du pétrole sera indiqué en yuan chinois". Pour la première fois, le prix de vente du pétrole vénézuélien n'est plus fixé en dollar.

C'est la réponse de Caracas aux sanctions imposées par l'administration Trump le 25 août, des sanctions beaucoup plus sévères que celles imposées par l'administration Obama en 2014, car les sanctions Trump empêchent le Venezuela d'encaisser les dollars reçus de la vente de pétrole aux États-Unis - plus d'un million de barils par jour. Jusqu' à présent, ces dollars étaient utilisés pour importer des biens de consommation tels que des denrées alimentaires et des médicaments.

Les sanctions empêchent également l'achat d'obligations émises par la PDVSA (société pétrolière d'État vénézuélienne). Washington cherche à atteindre deux objectifs :
d'accroître au Venezuela la pénurie de produits de première nécessité et de provoquer ainsi un mécontentement croissant de la population, qui est exploité par l'opposition interne (souscrite et nourrie par les États-Unis) dans le but de démolir le gouvernement de Maduro; et d'envoyer l'Etat vénézuélien en situation de défaut de paiement, c'est-à-dire de faillite, ce qui l'empêcherait de payer ses échéances de la dette extérieure. En d'autres termes, mettre en faillite l'Etat avec les plus grandes réserves pétrolières du monde, des réserves qui sont plus de dix fois supérieures à celles des Etats-Unis.

"Caracas cherche à éviter l'emprise des sanctions. Il ne livre plus le prix de vente du pétrole en dollars étatsuniens. A partir de maintenant, ce prix sera indiqué en yuan chinois. Il y a un an, le yuan était entré dans le panier de monnaies du FMI (joignant le dollar, l'euro, le yen et la livre sterling) et Pékin est sur le point de lancer de futurs contrats de vente et d'achat de pétrole en yuan, convertible en or. Si ce nouvel avenir devait perdurer, érodant même en partie la puissance excessive du pétrodollar, ce serait un coup dur pour l'économie étatsnienne", commente Il Sole 24 Ore.

 

Ce dont débattent la Russie, la Chine et d'autres pays, ce n'est pas seulement le pouvoir excessif du pétrodollar (la monnaie de réserve tirée de la vente du pétrole), mais l'hégémonie même du dollar. Sa valeur n'est pas déterminée par la capacité économique réelle des États-Unis, mais par le fait que le dollar constitue près des deux tiers de la monnaie de réserve mondiale et est la monnaie utilisée pour stabiliser le prix du pétrole, de l'or et des biens en général. Cela permet à la Réserve fédérale, la Banque centrale (qui est une banque privée), d'imprimer des milliers de milliards de dollars pour financer la dette colossale des États-Unis - environ 23.000 milliards de dollars - en achetant des obligations et d'autres instruments émis par le Trésor.

Dans ce contexte, la décision du Venezuela de libérer le prix du pétrole du dollar provoque un tremblement de terre qui, de l'épicentre sud-américain, fait trembler tout le palais impérial, fondé sur le dollar. Si l'exemple donné par le Venezuela devait provoquer une contagion, si le dollar n'était plus la principale monnaie de commerce et la monnaie de réserve internationale, une quantité immense de dollars inonderait le marché, faisant s'effondrer la valeur de la monnaie étatsunienne.

C'est le véritable motif qui poussait le président Obama à déclarer "une urgence nationale contre la menace inhabituelle et extraordinaire que la situation au Venezuela fait peser sur la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis" dans l'ordonnance du 9 mars 2015.

C'est le même motif pour lequel le président Trump annonce que l'"option militaire" contre le Venezuela est maintenant sur la table. Le commandement sud des États-Unis se prépare pour ça. Son emblème est l'aigle impérial qui domine l'Amérique centrale et du Sud, prêt à planter ses griffes dans quiconque se rebelle contre l'empire du dollar étatsunien.

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