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L’opposition au Venezuela se tourne vers l’armée pour renverser Maduro. Ça ne marchera pas ! (The Guardian)

par John Otis 25 Janvier 2018, 12:04 Venezuela Armée Maduro Opposition Plan Coup d'Etat

L’opposition au Venezuela se tourne vers l’armée pour renverser Maduro. Ça ne marchera pas ! (The Guardian)

L’opposition, ayant échoué à renverser le Président Nicolas Maduro, parle ouvertement d’un coup d’état mais le parti au pouvoir et les militaires en tirent des bénéfices mutuels.

Alors que les manifestations anti-gouvernement au Venezuela ont été écrasées et que le Président Nicolás Maduro a consolidé son pouvoir par de douteuses manœuvres électorales et une répression sévère des libertés démocratiques, quelques leaders de l’opposition et des experts internationaux ont soulevé la possibilité d’un coup d’état comme le seul moyen réaliste de provoquer un changement de régime.

Julio Borges, leader du congrès contrôlé par l’opposition, a appelé les militaires à ” rompre le silence », ajoutant que « l’immense majorité des officiers sont contre le chaos qui s’installe au Venezuela ».

Écrivant dans le Washington Post, le professeur de droit Ozan Varol déclarait: « L’armée vénézuélienne est la digue qui garde le mouvement démocratique à distance pour protéger le régime Maduro. Le courant démocratique ne peut déborder sur les rives seulement si l’armée craque ».

 

Mais de nombreux analystes politiques disent qu’un coup d’état est improbable à cause d’une alliance de plus en plus mutuellement bénéfique entre le gouvernement Maduro et l’armée. Alors que l’on voit la pire crise économique du pays dans l’histoire moderne et des élections qui montrent que la grande majorité des Vénézuéliens veulent voir partir le Président, ils disent que les forces armées ont aidé Maduro à garder son poste en échange d’une liste étendue d’avantages économiques.

Ricardo Sucre, un expert militaire et ancien officier de marine, déclare que depuis que Hugo Chavez a introduit la révolution socialiste au Venezuela en 1999, le gouvernement a promu une prétendue union civilo-militaire dans laquelle les troupes et les officiers s’impliquent dans tout les aspects du développement national.

Ancien parachutiste de l’armée, Chavez était resté profondément impliqué dans les affaires militaires pendant ses 14 années au pouvoir, influent sur tout, depuis les promotions jusqu’à la couleur des uniformes.

Maduro – ancien conducteur de bus et responsable syndical – n’a aucun lien avec les forces armées, pourtant le partenariat civilo-militaire s’est accru depuis qu’il a été élu président à la suite du décès de Chavez dû à un cancer.

D’une part, le parti socialiste au pouvoir était largement organisé autour de Chávez. Sous Maduro, le parti a manqué de structure et de commandement et les forces armées ont comblé le vide du pouvoir, explique Rafael Uzcategui, qui dirige Provea, le groupe de défense des droits de l’homme à Caracas .

Et alors que grandit l’agitation, Maduro se fie à présent aux forces armées pour le protéger en réprimant les manifestations de rue, comme le dit Phil Gunson, basé à Caracas pour le Groupe International de Crises.

Cependant Gunson ajoute: « L’armée a aussi besoin de Maduro, car ils ne veulent pas eux-mêmes du pouvoir. Ils ne veulent pas d’un président en uniforme parce que cela n’est pas bon, et que c’est en quelque sorte démodé. Donc Maduro est un bon chef. Il leur fait une vie agréable. si vous êtes un général et que vous jouez le jeu, vous pouvez obtenir beaucoup d’argent. »

Le président Nicolás Maduro, deuxième à droite, participe à une réunion du cabinet des ministres à Caracas la semaine dernière. Photographie: Polycopié Miraflores/EPA

A présent, des officiers retraités ou en activité, constituent presque la moitié du cabinet Maduro et tiennent beaucoup d’autres positions clés. Ils sont en charge de tout depuis les approvisionnement en armes jusqu’à la production d’acier et la distribution de nourriture. Les forces armées gèrent même un site de production d’eau en bouteille.
Mais le signe le plus évident de l’ascension de l’armée, arriva à la fin de l’année dernière pendant un remaniement de la compagnie pétrolière nationale, connue sous le nom de PDVSA. Le pétrole constitue environ 95% des revenus du Venezuela liés à l’exportation

Pourtant, plutôt que de choisir un vétéran de l’industrie pour diriger PDVSA, Maduro a choisi Manuel Quevedo, un général en activité de la garde nationale. Quevedo n’a pas d’expérience dans le domaine du pétrole, mais il s’est attiré l’attention du Président en aidant à briser les manifestations en 2014.

 

Pour Maduro, « la loyauté politique est plus importante que les connaissances techniques », déclare Uzcategui. « La compétence est tout-à-fait secondaire et c’est une des raisons pour laquelle nous sommes au milieu d’une crise économique. »

María Corina Machado, chef du parti d’opposition de droite Vente Venezuela, insiste sur le fait que des officiers intermédiaires et les troupes de bases sont profondément affectés par la crise, qui a amené à l’hyper inflation, un effondrement de la monnaie et des pénuries chroniques de nourriture et de médicaments. Elle dit que des officiers « viennent souvent vers moi et disent : Nous ne soutenons pas ce qui se passe. C’est un désastre qui doit être stoppé ».

Mais selon Sucre, les forces armées n’ont que peu de confiance et de respect pour l’opposition, qui est divisée, aussi bien par ses leaders que par sa stratégie. Voilà pourquoi , dit-il, « il n’y a presque aucune chance qu’un coup d’état ne se produise ».

Source : The Guardian, John Otis, 09-01-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

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