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Le plan de Trump pour dépecer la Palestine (Consortium News)

par Paul R. Pillar 29 Janvier 2018, 15:57 Trump Palestine Jerusalem Israël Collaboration Colonialisme

Selon Paul R.Pillar, ancien analyste de la CIA, la grande idée du président Trump au sujet de la paix israélo-palestienne serait le plan « outside-in » (NdT : à l’origine concept en stratégie commerciale ; approche délibérée d’une entreprise qui étudie le milieu dans lequel évolue sa clientèle actuelle et/ou potentielle. Ici, utiliser l’entourage de la Palestine au Moyen-Orient pour pénétrer ses dernières résistances ) dans lequel le nouvel allié d’Israël, l’Arabie-Saoudite, encerclerait les palestiniens jusqu’à ce qu’ils acceptent un « État » fantôme.

Donald Trump n’a jamais donné la preuve qu’il avait des idées neuves et prometteuses pour atteindre son objectif déclaré d’un accord de paix israélo-palestinien. Ses déclarations sur la question peuvent plus vraisemblablement être interprétées comme une énième fanfaronnade sur sa soi-disant habileté à négocier des accords.

Le Général des Corps de Marine Joe Dunford, président du Comité des chefs d’état-major inter-armées, marche aux côtés de Jared Kushner , haut conseiller du président Donald J. Trump, après leur arrivée à Bagdad le 3 Avril 2017 ( photo du Département d’État, par Dominique A.Pineiro, quartier-maître de seconde classe dans la Marine).

Le Général des Corps de Marine Joe Dunford, président du Comité des chefs d’état-major inter-armées, marche aux côtés de Jared Kushner , haut conseiller du président Donald J. Trump, après leur arrivée à Bagdad le 3 Avril 2017 ( photo du Département d’État, par Dominique A.Pineiro, quartier-maître de seconde classe dans la Marine).

Les obstacles à une paix israélo-palestinienne sont apparus depuis longtemps comme douloureux, même si de nombreux débats sur le sujet ne les reconnaissent pas franchement. De même, les contours de n’importe quelle résolution juste et stable du conflit sont depuis longtemps clairement connus et ont trouvé, entre autres, leur expression dans les « paramètres » exposés par Bill Clinton.

Plutôt que de proposer quoi que ce soit d’équitable et de stable, la Maison Blanche de Trump s’est emparée de l’idée de pays tiers imposant une formule au peuple palestinien, sélectionnant pour cela des gouvernements arabes pour jouer un rôle majeur. C’est ce qu’on appelle l’approche « outside-in ». Cette approche se prête bien à certaines autres inclinations de l’administration qui constituent ce qui passe pour une stratégie au Moyen-Orient .

Une de ces inclinations consiste à marcher avec le gouvernement de droite israélien. Pour Trump, cette déférence envers le gouvernement de Netanyahou prend racine dans son compromis passé durant la campagne présidentielle avec les principaux donateurs qui se trouvent être des alliés de Netanyahou.

Pendant la période de transition, cette déférence a été démontrée par l’appel lancé par Michael Flynn à la Russie pour qu’elle bafoue la volonté du reste de la communauté internationale (avec l’abstention de l’administration américaine en place) en posant son veto à une résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unis critiquant la poursuite du peuplement des territoires palestiniens occupés (NdT résolution 2334). Bien que les machinations de Flynn avant l’adoption aient été essentiellement vues comme une part de l’histoire de l’influence de la Russie dans la politique des États-Unis, dans cette affaire le pays étranger exerçant son influence n’était pas la Russie (qui a voté pour la résolution) mais Israël.

Une fois au pouvoir, Trump a nommé comme ambassadeur en Israël son avocat spécialiste en faillite (NdT Jason Greenblatt) qui a moins été un défenseur des intérêts américains que de ceux de la droite israélienne et a personnellement assisté à la construction d’autres implantations de colonies. Le gendre de Trump, Jared Kushner, à qui le président a remis le dossier de la paix israélo-palestinienne, a également soutenu des constructions d’implantations, même si nous ne mesurons que tardivement l’étendue de son implication car Kushner a commodément omis de divulguer une majeure partie de cette participation dans ses déclarations d’éthique gouvernementale.

 

Un vœu pieux

Compte tenu de la position plus qu’évidente du gouvernement de Netanyahou à l’égard des Palestiniens et de la question de la paix, la position complaisante de l’administration Trump sur le même sujet est toute aussi claire. Malgré quelques réguliers vœux pieux pour un processus de paix, son gouvernement s’oppose au retrait des territoires occupés et à la création d’un État palestinien. Netanyahou l’affirme lorsqu’il s’adresse à sa population et d’autres membres éminents de sa coalition au pouvoir sont même plus directs que lui en ces termes.

Le président Trump rencontre le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à New York le 18 septembre 2017. (photo de Witehouse.gouv)

Par conséquent, pour le négociateur complaisant de la Maison blanche , un accord pour une paix véritable n’est pas à l’ordre du jour. Ses dernières déclarations à propos du statut de Jérusalem et d’un déplacement de l’ambassade américaine sont simplement une autre facette de sa déférence envers le gouvernement israélien et ses soutiens américains.

L’autre inclination de l’administration Trump qui s’accorde bien avec l’idée de l’outside-in – et si les voisins arabes ne sont pas tous impliqués, ils le sont pour la plupart – c’est l’entente avec le jeune dirigeant de facto de l’Arabie Saoudite, le prince héritier Mohammed Ben Salman (MBS). Kushner est également un personnage clé de cette relation. Les deux trentenaires, non élus , dont le pouvoir leur a été remis par le favoritisme paternel, sont semble t-il devenus les meilleurs amis.

Ici, la déférence des États-Unis a inclus le soutien de Trump à l’effort dirigé par les Saoudiens afin d’isoler le Qatar, malgré les tentatives de son secrétaire d’État pour réconcilier les querelleurs pays du Golfe. Elle a également inclus un soutien permanent des États-Unis à l’assaut militaire saoudien au Yémen, en dépit de la catastrophe humanitaire qui en résulte.

Le renforcement du dernier maillon de ce triangle amoureux, avec la coopération israélo-saoudienne devenant un sujet plus manifeste et plus fréquemment débattu, convient aussi au concept d’outside-in. Le gouvernement de Netanyahou a toujours cherché des liens plus importants avec des gouvernements arabes afin de démontrer qu’Israël n’a pas besoin de résoudre le problème palestinien pour éviter un isolement sur la scène internationale.

Pour MBS, développer une relation avec Israël est un moyen d’obtenir de l’aide partout où il peut en avoir, conjointement au défi de consolider le pouvoir interne après son coup d’État, et une série d’échecs de politique étrangère impliquant le Yémen, le Qatar et le Liban. Tout en restant ainsi dans les bonnes grâces de l’administration américaine, qui s’accorde avec le gouvernement de droite israélien au pouvoir.

Les trois éléments du triangle accomplissent leurs manœuvres au rythme de l’Iran, encore et toujours, exploité comme une justification et une préoccupation constante. Pour Netanyahou, ce battage continue à servir de diversion et de bouc émissaire à toutes fins utiles. MBS a fait de son opposition à l’Iran son cri de ralliement pour tenter de justifier des opérations comme la catastrophe du Yémen et les tentatives de forcer la main des plus petits pays comme le Qatar et le Liban.

 

Dénigrer l’Iran.

Et bien sûr, « l’anti-iranisme » a été le thème le plus tapageur et le plus ferme de la politique de Trump au Moyen-Orient dans laquelle de nombreux observateurs peinent à discerner une stratégie claire.

Un enfant iranien tenant une photographie du guide suprême de l’Iran, Ali Khameini, lors d’une de ces apparitions publiques. (Photo du gouvernement iranien)

Rien de tout cela n’a à voir avec les enjeux sous-tendant le conflit israélo-palestinien qui a entraîné un rivalité entre les deux peuples, les Israéliens et les Palestiniens, pour la même terre. Une fois de plus, les Palestiniens sont devenus les dommages collatéraux d’objectifs poursuivis par d’autres et sans lien avec leur cause.

Il fût un temps dans l’histoire du conflit israélo-palestinien où il s’agissait d’expier les péchés génocidaires des Européens. Aujourd’hui les objectifs incluent un jeune prince saoudien qui essaie de consolider sa position et un président américain impopulaire qui tente de marquer des points avec sa base politique.

Avec de telles dynamiques menant le dernier chapitre de ce qui est encore appelé le « processus de paix », il n’est pas surprenant de lire des rapports selon lesquels MBS aurait présenté des propositions aux dirigeants palestiniens qu’aucun d’eux ne pourrait jamais accepter. Les propositions créeraient supposément un État palestinien mais un État composé uniquement de pièces détachées de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, avec une souveraineté limitée même sur ce territoire, sans Jérusalem-Est et sans droit au retour pour les Palestiniens réfugiés.

La proposition saoudienne incluait la nomination d’Abu Dis, une banlieue de Jérusalem peuplée d’Arabes, comme capitale de l’entité palestinienne – une idée qui a déjà été avancée auparavant. Une telle suggestion compromet la prétention derrière la récente déclaration de Trump affirmant que faire de Jérusalem la capitale israélienne n’a pas d’incidence sur la manière dont Jérusalem sera traitée dans les négociations finales entre Israéliens et Palestiniens.

L’histoire de l’activisme palestinien est incompatible avec la notion centrale de l’ingérence « outside-in », selon laquelle les régimes arabes puissants seraient capables d’imposer leur volonté aux Palestiniens. La Ligue Arabe, avec l’Égyptien Gamal Abdel Nasser jouant un rôle décisif, a crée l’Organisation de Libération de la Palestine dans les années soixante. Mais quelques années plus tard l’OLP est passé sous le contrôle du mouvement Fatah de Yasser Arafat, qui existait déjà avant l’OLP. Par la suite, ses actions et ses positions ont démontré à maintes reprises que, malgré son origine, l’OLP n’était pas un instrument pour les régimes arabes mais plutôt un reflet du sentiment populaire palestinien. Plus tard l’histoire a conduit à l’ascension du Hamas qui ne devait son existence à aucun régime et est devenu une expression tellement importante de la frustration des palestiniens envers l’occupation israélienne qu’il a battu le Hamas lors d’élections libres.

De fortes raisons font que l’irrésolution du conflit israélo-palestinien provoque de forts sentiments et continuera ainsi tant qu’une véritable résolution du conflit – et non un substitut imposé – ne soit atteinte. Une chose sur laquelle Kushner a eu raison dans son récent commentaire public est que « si nous voulons essayer de créer plus de stabilité dans l’ensemble de la région, nous devons résoudre ce problème ».

 

La colère face à l’injustice

La colère pure et simple face à l’occupation et face à toutes les injustices au quotidien qui en font partie est un facteur sous-jacent d’instabilité. Un autre est la force du nationalisme et du désir de tout peuple à l’auto-détermination. Un tel sentiment, chez les Juifs israéliens et chez les Arabes palestiniens, est la raison pour laquelle une solution à deux États demeure une part essentielle à toute résolution du conflit, et ce, même si la colonisation israélienne de territoires occupés, qui dure depuis un demi-siècle, l’a davantage compliqué.

Le Pape François priant au mur de séparation en Palestine, le 25 mai 2014 (Crédit photo : page Facebook du Pape François)

L’empathie arabe à l’égard des frères palestiniens reste forte, malgré la plupart des préoccupations de ces dernières années vis-à-vis de toutes les autres difficultés au Moyen-Orient qui sont dans les esprits des populations arabes, et malgré le fait que le triangle Bibi-MBS-Trump aime à penser que la seule chose qui compte c’est l’Iran.

La question de Jérusalem – l’objet du dernier appel de Trump à sa base électorale – est particulièrement un sujet sensible. Comme l’observe Shibley Telhami, qui commissionne régulièrement des sondages afin d’évaluer l’opinion du peuple Arabe, Jérusalem « reste un enjeu mobilisateur même dans un environnement polarisé : même si le peuple arabe ne sort pas en nombre conséquent dans les rues, une déclaration jouera en faveur de ceux qui complotent en arrière-plan. »

Et le peuple sort toujours dans les rues. Telhami le relève quand ça a été le cas il y a quelques mois, en réponse à l’installation par Israël de nouvelles mesures de sécurités à la mosquée d’Al-Aqsa, engendrant suffisamment de tumulte pour conduire les gouvernements à intervenir.

Ce que l’administration de Trump est en train de faire, de concert avec le gouvernement de droite israélien, peut être compris comme encore un autre épisode du ficelage d’un processus de paix pendant qu’Israël continue à établir unilatéralement encore plus d’actes sur lesquels il est difficile de revenir. Ça se passe ainsi, mais il y a probablement aussi une certaine confusion mentale, surtout quand elle est associée à l’inexpérience de Kushner et de MBS.

Parfois, quand une rhétorique est répétée si souvent et pour tellement de raisons, comme l’obsession sur l’Iran, l’Iran, l’Iran répété encore et encore, l’obsédé commence à croire sa propre rhétorique.

Durant ses dernières remarques publiques, Kushner affirmait : « Israël est un allié naturel bien plus maintenant qu’il y a vingt ans à cause de l’Iran et de l’extrémisme de l’EI ». Non, ce n’est pas vrai. L’intolérance grandissante dans un État défini par la discrimination ethnique et religieuse, avec le bétonnage d’un système d’apartheid sur une grande partie de la population, dominée et sans droits civiques, a fait encore plus d’Israël un allié naturel des États-unis sur les vingt dernières années.

Concernant l’Iran, et eu égard à son plus grand progrès de ces dernières années – l’accord qui limite le programme nucléaire iranien – l’exploitation politique par Netanyahou de cet enjeu, dans un sens qui va à l’encontre même des propres intérêts de la sécurité d’Israël, reflète à quel point s’est agrandit le fossé entre la politique de Netanyahou et les intérêts des États-Unis.

L’Arabie saoudite a toujours eu des intérêts résolument différents de ceux des États-Unis, hormis les arrangements de coopération mutuelle avantageux sur le pétrole et la sécurité. Les différences se sont accrues avec l’ascension d’un jeune prince préoccupé par son pouvoir interne et par sa campagne tourmentée pour obtenir une domination régionale.

En accrochant sa politique sur le Moyen-Orient à ces deux wagons avec le vain espoir que les Palestiniens pourraient être soumis à une perpétuelle domination, Donald Trump n’arrange pas les intérêts américains ni la cause de la paix au Moyen-Orient.

Paul R Pillar, en 28 ans à la CIA, est devenu un des meilleurs analystes de l’agence.

Source : Paul R. Pillar, Consortium News, 07-12-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

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