Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

En Afrique du Sud, la terre en questions (Monde diplomatique)

par Sabine Cessou 10 Septembre 2018, 01:19 Afrique du sud Réforme agraire

En Afrique du Sud, la terre en questions
Par Sabine Cessou
Monde diplomatique

cc Tim Snell, « Let’s pretend that we’re rich » (« Faisons comme si on était riches »), 2015.

cc Tim Snell, « Let’s pretend that we’re rich » (« Faisons comme si on était riches »), 2015.

"J'ai demandé au secrétaire d’État [Michael] Pompeo d’étudier de près la terre sud-africaine et les confiscations de fermes et les expropriations et la grande ampleur des meurtres de fermiers. » Le tweet, le 23 août dernier, du président Donald Trump sur la question des terres en Afrique du Sud, mal écrit, a été mal pris par Pretoria. « L’Afrique du Sud rejette totalement cette perception étroite qui ne cherche qu’à diviser notre nation et nous rappelle notre passé colonial », a tweeté le gouvernement sud-africain.

La réforme constitutionnelle envisagée pour permettre l’expropriation de terre sans compensation n’en est qu’à ses balbutiements. Des audiences publiques ont été organisées à travers le pays ces derniers mois. Un comité de révision constitutionnelle consulte maintenant les parlementaires, avant de rendre son rapport. Quoi qu’il en soit, le tweet de Trump dénote l’importance de la question sur le plan des perceptions à l’étranger. Mais aussi l’ignorance assez large qui prévaut sur le sujet, vu de façon binaire et manichéenne.

D’où la réponse hilarante d’un internaute sud-africain dans une lettre au président américain. « Ceci était votre premier tweet mentionnant l’Afrique et nous sommes honorés que vous nous ayez choisis, parmi tous les pays « covfefe » (sic) comme la Nambie (sic) et le Zimbopaloowop (sic) ». Pour mémoire, « covfefe » est un mot inventé par Donald Trump dans un tweet en 2017 — « Despite constant negative press covfefe… » — et qui désigne probablement la « couverture » médiatique.

 

Un débat focalisé sur le tiers des terres

Plus sérieusement, les chiffres du Land Audit Report du gouvernement sud-africain, paru fin 2017, sont éloquents : 36 000 exploitants agricoles blancs détiennent 72 % de ce qu’on appelle sous forme générique les « terres », alors qu’ils sont issus d’une minorité de 9 % de la population. De leur côté, les métis en détiennent 15 %, les Sud-Africains d’origine indienne 5 % et les Noirs 4 % — bien que ces derniers représentent 79 % de la population.

Le fait est déjà largement occulté, mais il faut encore préciser que ces données ne portent que sur la partie des terres rurales détenues par des particuliers. Soit 39 % du total. Les 61 % restants se trouvent aux mains d’entités diverses : fondations (31 % du total), sociétés privées (25 %) et associations communautaires (4 %). Le profil racial de ces structures reste absent de l’audit du gouvernement.

On trouve de tout dans les « fondations », aussi bien des églises que les trusts gérés par les chefs traditionnels — selon un droit coutumier reconnu par la Constitution — dont certains sont aussi importants que le Ingonyama Trust, géré par le roi zoulou Goodwill Zwelethini, qui s’estime menacé par l’expropriation sans compensation. Ce chef influent est l’une des figures les plus opposées à la réforme. Il a prévenu que le pays irait au « clash » si son trust était concerné. Un avertissement sérieux qui suggère le recours à la lutte armée.

 

L’essentiel des richesses dans le sous-sol

De son côté, le syndicat agricole AgriSA, dominé par les agriculteurs blancs, insiste dans un contre-audit publié fin 2017 sur le fait que les Noirs (chefs traditionnels inclus), détiennent la moitié des terres arables dans les deux provinces les plus fertiles du pays, le Kwazulu Natal et le Cap oriental. En outre, ce rapport donne un estimation plus élevée que celle du gouvernement de la part des terres rurales détenues par des particuliers blancs (73,3 % contre 85 % en 1990).

Au quart, les terres arables sont entre les mains de sociétés privées, notamment minières. Dans le secteur minier, les sociétés privées sont détenues à 26 % par des intérêts noirs, conformément à la Charte de Black Economic Empowerment passée entre le gouvernement et le secteur privé en 2002 sur la période 2002-12. Cette charte se trouve en cours de renégociation pour faire passer 30 % des actifs de l’industrie minière à des actionnaires noirs. Ce contexte est indissociable de la réforme agraire, puisque la plus grande part des richesses naturelles de l’Afrique du Sud se trouve aussi dans le sous-sol. L’agriculture pèse 3 % du PIB et 12 % des exportations (agrumes, vin, raisin et pommes), contre 7,5 % du PIB et 25 % des exportations pour le secteur minier. Du coup, la propriété foncière relève d’un enjeu central pour les groupes qui creusent du charbon, du nickel, du cobalt ou du cuivre, sans parler du platine, de l’or et des diamants...

Lire la suite

Les articles du blog subissent encore les fourches caudines de la censure cachée via leur déréférencement par des moteurs de recherche tels que Yahoo, Qwant, Bing, Duckduckgo...Si vous appréciez notre blog, soutenez-le, faites le connaître ! Merci.
-
Contrairement à Google, Yahoo & Co boycottent et censurent les articles de SLT en les déréférençant complètement !
- Censure sur SLT : Les moteurs de recherche Yahoo, Bing et Duckduckgo déréférencent la quasi-totalité des articles du blog SLT !

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Haut de page