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Risque de congolisation de la Guinée ?

par Sam La touch 5 Octobre 2013, 15:56 Guinée Afrique multinationale Israélafrique Françafrique Américafrique pillage contrat minier Articles de SLT

Risque de congolisation de la Guinée ?

« Condé trahit systématiquement tous ceux qui l'ont aidé. Je l'ai aidé entre les deux tours, à deux reprises, je lui ai fait livrer 3 ou 4 millions de dollars (...) C'est une nature mesquine, vindicative, agressive. Ce bonhomme, il faut le sortir, s'en débarrasser et tous ceux qui veulent le dégager, démocratiquement ou par la force, auront besoin de moi. Il creuse sa propre tombe, ne respecte aucun contrat. Il a déclenché la guerre avec moi, eh bien, il faudra que l'un de nous deux tombe, j'irai jusqu'au bout », dit-il tout au long de cette conversation. Entretien entre Samuel Mebiame et Mahmoud Thiam relayé sur Mediapart [1])

Sur fond de corruption et de soupçons de trucage des élections législatives en Guinée qui ont eu lieu le 28 septembre, les langues semblent se délier autour des contrats avec les différents groupes miniers révélant les enjeux financiers énormes sous-jacents et le risque d'une congolisation de la Guinée par la volonté des grandes puissances (ou/et leurs multinationales) et des acteurs locaux dans un contexte de révision du code minier par le pouvoir en place.

Premier acte : un article faisant état d'un coup d'Etat en préparation pour renverser le président Condé a été publié dans le Canard Enchaîné [2] du 25 septembre juste avant le suffrage législatif. Cet article fait état de la préparation d'un coup d'Etat par un réseau franco-israélien proche du patron de l'entreprise BSG qui aurait été révélé par les services secrets français (DGSE) et US (CIA) le 13 septembre dernier.

Deuxième acte : Mediapart [1] confirme la volonté d'anciens collaborateurs de Condé tels que l'ancien ministre des mines, Mahmoud Thiam de l'évincer du pouvoir parce qu'il aurait soit-disant truqué les élections présidentielles de 2010 ainsi que les législatives. Arguments repris par son associé françafricain Mebiame fils d'un ancien premier ministre du président Omar Bongo du Gabon :
"De quoi s'agit-il ? Le second tour de l'élection présidentielle de 2010 a été lourdement truqué pour assurer l'élection d'Alpha Condé. C'est Samuel Mebiame, qui avait alors rejoint son équipe de campagne et apporté d'importants moyens financiers, qui l'affirme. Comment ? En demandant à l'entreprise Waymark, une société réputée proche des services secrets sud-africains et qui assurait l'organisation et la logistique de l'élection – jusqu'à la collecte informatique des résultats – de « corriger » le scrutin. C'est du moins ce qu'affirme Samuel Mebiame." Il y aurait eu des accords passés entre Waymak et Alpha Condé selon Mebiame. L'article de Médiapart [1] poursuit en jetant la suspicion sur ce scrutin en invoquant Antoine Glaser au sujet du bon qu'ont fait les scores d'Alpha Condé. Il est en effet passé au premier tour de 18% à 52,5% des voix au second tour : « Ça a surpris tout le monde, dit aujourd'hui Antoine Glaser, spécialiste de l'Afrique. Un tel bond, cela s'est rarement vu... Dans le même temps, Diallo est peul, l'ethnie majoritaire dans le pays, et il y avait un tel sentiment anti-peul dans le pays que les ethnies minoritaires ont pu peut-être se fédérer. Diallo a reconnu sa défaite, ce qui nous a aussi grandement surpris... » On avait alors parlé de compromis entre les deux hommes, le perdant se voyant promettre de multiples compensations."[1]

Thiam déclare ne pas avoir de plan précis quant au renversement de Condé malgré des liens manifestes avec certaines entreprises minières qui ont fait sa fortune.

Selon Guinée News[3], Mahmoud Thiam aurait versé de l'argent au Président Alpha Condé pendant sa campagne électorale en 2010 ainsi qu'à ses anciens collaborateurs lorsqu'il était à la tête de du département des mines au moment même des négociations avec le groupe minier anglo-australien Rio Tinto et le groupe franco-helvético-israélien BSG et d'autres groupes miniers. Dans l'article de Médiapart [1], Thiam, visiblement aigri d'avoir été évincé de son poste d'ancien ministre des mines en 2010, raconte ses rencontres avec Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Elysée, au moment de l'élection de Condé. Il explique également comment Bolloré a fait l'intermédiaire entre Condé et Sarkozy. Bolloré a en effet consolidé sa concession du port de Conakry et a décroché la construction la ligne de chemin de fer qui acheminera le minerai de fer de Simandou.

Or, lors d’un point de presse le 14 septembre dernier, le président Alpha Condé n'a pas hésité à affirmer : « J’ai dit à Vincent Bolloré, c’est vrai c’est un ami personnel de plus de 30 ans, que s’il ne respecte ses engagements, l’Etat guinéen n’hésitera pas à annuler son contrat » [3] Mais il semblerait qu'aux dernières nouvelles, il ait mis ses menaces à exécution à savoir de revoir certaines concessions minières : BSG n'aurait pas vu sa concession de Simandou renouvelée en grand dam de Thiam [1].

"Dollars, mines, multinationales, pouvoir politique, puissances étrangères et services secrets : c'est dans ce champ de bataille que la Guinée, l'un des pays les plus misérables et les plus corrompus de la planète, tente de se construire. Mahmoud Thiam et Benny Steinmetz ont perdu la partie. Pour l'instant seulement, tant les alliances peuvent se défaire."[1] Mahmadou Thiam était aussi visiblement proche du célèbre diamantaire Beny Steinmetz, propriétaire du groupe minier BSG.

On sait aussi que les réseaux officiels anglo-américains et françafricains travaillent main dans la main avec le président Condé.
Le financier milliardaire et philanthrope George Soros a quant à lui apporté son soutien massif à Alpha Condé depuis son élection comme Tony Blair, Kouchner et le FBI. " Soros a alors mis ses équipes d'experts, d'avocats internationaux, de détectives à la disposition de cet homme ayant vécu la plupart de sa vie en exil en France, proche de la gauche française et de l'Internationale socialiste, ami de lycée de Bernard Kouchner. Objectif fixé par Soros et Condé aussitôt élu : revoir le code minier guinéen, réexaminer les concessions délivrées par les régimes précédents, enquêter sur des contrats de concessions ayant donné lieu à des corruptions de décideurs." [1].

Ces réseaux proches des autorités gouvernementales états-uniennes et françaises soutiennent Alpha Condé. Mais jusqu'à quand ? Quelles en sont les conditionnalités réelles. La révision des concessions minières créée une zone de hautes turbulences.

Les informations du Canard [2] selon lequel une tentative de putsch aurait été envisagé par des réseaux françafricains marginaux liés à Israël vont dans ce sens :
" Steinmetz a-t-il décidé de sauve­garder ses intérêts guinéens par des moyens musclés ? C'est la conviction des services français et US, qui. n'ap­portent pas de preuves mais font des rapprochements. Les Américains sou­ lignent qu'un certain Victor Nassar, israélien et « consultant en. sécurité pour BSG depuis des années », s'est pointé, en juillet, à Johannesburg pour une « opération de recrutement de mercenaires », aidé par le Sud-Africain Willem Ratte, naguère « lié à l'extrême droite pro-apartheid ».
Le parti des "affreux" Officiellement, il s'agissait d'enrôler des volontaires pour l'Otan en Af­ghanistan. Pourquoi, alors, les can­didats étaient-ils interrogés sur « leurs compétences en français et leur connaissance de l'Ouest africain » ? Nassar s'est également attaché les services des Français Patrick Klein, alias « Lieutenant Chambert », un ex­« affreux » de l'équipe de Bob Denard, et de Steve Bokhobza, qui, avec Klein, a joué au petit putschiste aux Co­mores, en avril dernier. Sans succès. Les trois hommes, explique la note américaine, ont contribué à la créa­tion d'un mouvement guinéen bidon, le Parti national pour le renouveau, « sans doute sponsorisé par BSG ». Ce parti a rédigé un « mémorandum, saisi par les enquêteurs guinéens », prévoyant que BSG conserverait ses droits d'extraction, « au cas où le Parti du renouveau participerait à un futur gouvernement »."

Alors info ou intox ?

Le risque d'une congolisation de la Guinée par les entreprises minières est bien réelle tant les sommes, les marchés et les profits en jeu sont colossaux. Y a-t-il un risque de balkanisation du pays comme au Libéria et en RDC soutenus par des multinationales afin de piller la Guinée sans avoir d'obstacle étatique ? Les lobbies anglo-états-uniens, français, israéliens, russes, brésiliens et même d'Afrique du sud rodent autour de la présidence.

Le caractère corrompu du pouvoir en place, la fragilité et le caractère récent du processus démocratique, les appels au coup d'état évoqués dans les médias font de la Guinée un territoire hautement explosif en ces temps d'élection législative où il faudra savoir raison garder et renforcer la bonne gouvernance et le processus démocratique tout en maintenant une transparence sur la révision légitime du code minier.

"De même, les observations neutres de Transparency International sur la gouvernance du pays indiquent que la bonne gouvernance n’est pas la norme en Guinée. Depuis la participation de la Guinée au classement de l’indice de perception de la corruption, le pays s’est rendu tristement célèbre comme le pays le plus corrompu de l’Afrique de l’Ouest. Durant les deux années de gouvernance d’Alpha Condé, la Guinée a maintenu son classement dans les catégories suivantes : (i) pays le plus corrompu de son voisinage immédiat (Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire, Sierra Leone, Libéria, Guinée Bissau) ; (ii) pays le plus corrompu de l’espace CEDEAO ; et (iii) membre permanent de la clique de pays détenteurs de la lanterne rouge dans le classement de la corruption en Afrique et dans le monde."[4]

La question in fine qui apparait de manière saillante est la suivante : Les multinationales peuvent-elles accepter que le processus démocratique aille jusqu'au bout sur leurs terres de chasse africaine ?

1. Le Canard Enchaîné Des mercenaires français, sud-africains et israéliens, préparent un coup d'Etat en Guinée (Le Canard Enchaîné)

2. Mediapart Guinée: corruption, putsch et eldorado minier

3. Guinée News Mahmoud Thiam, ancien ministre des mines : « Alpha Condé a reçu ma contribution entre les 2 tours »

4. Guinée News Dossier : Le rôle des lobbys miniers dans la division et la « congolisation » progressive de la Guinée (suite et fin)


Lire aussi chez SLT :

- Blog de SLT Vautours et multinationales tournent autour de la Guinée. Risques de putsch ?

- Blog SLT sur Mediapart Les nouveaux barbares : comment les USA et la France pillent l’Afrique

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