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Halte à la grand messe des otages (Mondafrique)

par Jacques Marie Bourget 27 Avril 2014, 07:20 Syrie Otages Al-Quaïda Terrorisme Pasqua Djihadistes France

Halte à la grand messe des otages (Mondafrique)
Halte à la grand messe des otages.
Par Jacques Marie Bourget
Mondafrique

Ces grandes messes organisées pour le « retour des otages » font honte à notre chroniqueur Jacques marie Bourget. Comment sauter comme des cabris, demande-t-il, quand d’autres restent encore prisonniers, et pire, sont blessés ou morts, comme le malheureux Gilberto Rodrigues Leal dont le décès a été annoncé mardi.

Il faudrait revenir à l’origine des ces cérémonies organisées en la cathédrale laïque de Villacoublay, avec la connivence de tous les diacres médiatiques. Ce rite, stupidement bégayé, a été mis au point en 1988 par le si détestable Charles Pasqua, alors ministre l’Intérieur du gouvernement Chirac. Jouant du sort des otages comme d’une carte au poker, le politicien corse a alors fait coïncider la libération de Kaufman, Carton et Fontaine avec l’élection présidentielle de mai 88.

Le but de la mise en scène ? Faire savoir au bon peuple, par cette liberté retrouvée et symbolique, que la droite était responsable et efficace… Qu’il fallait donc voter pour le mari de Bernadette.

Une opérette à la Pasqua

Paradoxalement, cette manipulation indigne de la vie et de l’histoire, a fait souche. Et les politiciens des deux rives continuent de nous rejouer l’opéra de Pasqua. Observons que, pour la libération de nos quatre confrères journalistes, l’épisode tombait bien pour estomper l’éclat trop brillant des chaussures d’Aquelino Morelle. Villacoublay vaut bien une messe et les 18 millions d’euros qui auraient été versés en guise de rançon. Peu importe, embrassons nous : ils sont revenus vivants.

La France est le seul pays à valoriser ainsi le tarif des otages. Tous les bandits du monde savent que capturer un français est une promesse de caviar, surtout s’il est journaliste, ingénieur ou s’il a été éduqué dans la bonne bourgeoisie. Ce n’était pas le cas du retraité Rodrigues, avec son camping car Peugeot J5 des plus ringards, et sa passion désuète qui le poussait à aller partager la vie des autres.

Un certain "oubli"

David, le frère du mort, dit que notre otage a souffert d’un certain « oubli » de l’autorité et de l’opinion : « pendant huit mois, on n’a parlé que des quatre journalistes en Syrie, on a oublié qu’il y avait deux otages au Mali ». C’est vrai que, tous les mercredis, le refrain était le même « nous avons une pensée pour nos confrères retenus en Syrie »… et venait un additif « mais nous n’oublions pas nos otages du Mali ». Les œufs n’étaient pas mis dans le même panier. Et Irène, sœur de Gilberto ajoute sa certitude sur « le silence étourdissant » qui a entouré le sort de son frère. Derniers mots de cette famille terrassée mais taiseuse, celui de David : « La France aurait du négocier quand les ravisseurs l’ont demandé ». Phrase sibylline qui laisse entendre que les négociateurs n’ont pas saisi le tempo voulu par les monstres du Mujao, les jihadistes ravisseurs de Gilberto…

Le voyageur et son camping car n’ont pas été saisi par les barbares au nord Mali, zone de tous les dangers. Il s’est fait prendre à Kayes, ville sur la ligne de chemin de fer Bamako-Saint Louis du Sénégal, loin du chaos entretenu par les fous de Dieu. Relativement prudent le voyageur solitaire avait même, via la Mauritanie, fait un crochet de plus de mille kilomètres pour éviter le piège du rapt. Stratégiquement on comprend mal que cet otage n’ait pas été facilement libéré. La real politique fait que, depuis les pulsions géopolitiques de Sarkozy, la France est devenue une sœur de la dictature du Qatar. Et Doha, tout juste, est « l’état » qui a financé ce Mujao, lui-même bourreau de Rodrigues. Avec un peu de bonne volonté et un poil de cynisme, quelques coups de téléphone, et l’émir Al –Thani avait le devoir d’obtenir la liberté pour Gilberto. Rappelons-nous…Un mois avant le déclenchement de l’opération Serval au Mali le Mujao, alors installé à Gao, marchait main dans la main avec le Croissant rouge qatari et autres œuvres islamiques financées par la petite dictature. Mieux, au moment où les troupes françaises ont avancé vers cette ville, ce sont des avions du Qatar qui sont venus évacuer en urgence du matériel sensible et la crème des alliés jihadistes. Pour obtenir un résultat, eut-il fallu que la France soit dotée d’une diplomatie audacieuse, j’allais dire virile, capable de dicter sa conduite à l’allié de Doha. Hélas, la politique du Quai n’est qu’un copié-collé de décisions prises à Washington : il ne faut surtout pas vexer l’émir.

Skyzophrénies françaises

La différence entre dans les défilés de haute couture et la politique étrangère de Paris est simple. Dans le premier cas, le flou est en vogue de temps en temps, alors qu’il est permanence à la mode chez Laurent Fabius. Un exemple, celui des jihadistes français allant combattre en Syrie. Voilà des jeunes qui ont eu les oreilles bercées par les propos de François Hollande, du ministre des Affaires étrangères et de la globalité des médias « faisons tout pour combattre la dictature de Bachar Al-Assad ». Parfait. Après on s’étonne que, sur le mode des Brigades Internationales, des gamins romantiques partent se battre, fidèles à l’injonction officielle.

Aujourd’hui, c’est fini. Le pouvoir a mis en avant le très charismatique ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, pour tenter d’éteindre le feu allumé par des pompiers pyromanes : « Les jihadistes français, quand ils rentreront au pays, seront poursuivis pour association de malfaiteurs en liaison avec une entreprise terroriste »… Patatras, voilà que la mission de combattre le dictateur Bachar n’est plus sacrée mais « terroriste ». Après cela demandez donc à un môme, perdu dans son ghetto de banlieue et pris en main par des imams wahhabites payés par l’Arabie Saoudite et le Qatar, d’y retrouver son latin!

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