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Esclavage : l'amnésie française (JAI)

par JAI 19 Mai 2015, 17:48 France Esclavage Amnesie

François Hollande devait se rendre en Guadeloupe le 10 mai, à l'occasion de la journée nationale commémorant l'abolition de la traite négrière et de ses suites funestes. Un louable effort de mémoire qui suscite encore bien des résistances

10 mai 2014. Le jardin du Luxembourg, à Paris, a des allures de camp retranché. Loin de la foule, devant un maigre parterre d'invités, François Hollande préside la cérémonie organisée à l'occasion de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions.

Un an plus tard, le décor et l'ambiance changent. À Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, le chef de l'État s'apprête à inaugurer en grande pompe le Mémorial ACTe, le plus ambitieux lieu de mémoire jamais consacré à l'esclavage.

Fin du malaise généralement provoqué par cette question en France ? Pas si sûr. Après quatre assignations contre l'État français, Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires (Cran), devait annoncer le 9 mai son intention d'assigner en justice - pour crime contre l'humanité - le baron Ernest-Antoine Seillière, héritier d'une grande famille de sidérurgistes (les Wendel), ex-patron des patrons français (1998-2005) et actuel propriétaire de plusieurs banques.

Il estime que la fortune de l'industriel lui vient en grande partie de l'esclavage : un de ses ancêtres ne possédait-il pas 1 400 esclaves, trois plantations et plusieurs bateaux négriers ? Plus grave, sa famille a bénéficié des indemnités versées à la France par Haïti à titre de dédommagement après l'abolition de l'esclavage.

Tin déclare donc ouverte "la chasse aux anciens propriétaires". Il entend obtenir pour les familles haïtiennes une indemnisation sous la forme de bourses d'études ou de financements de projets. Bien sûr, la France n'aborde la question qu'avec d'infinies réticences.

"C'est d'abord parce qu'il s'agit d'une question juridiquement très épineuse, même s'il est vrai que François Hollande y a opposé une fin de non-recevoir", estime l'historienne Catherine Coquery-Vidrovitch. Quand en 2012 le Cran a pour la première fois demandé le versement de réparations, il était très isolé.

Depuis, les choses avancent semble-t-il dans le bon sens. Les pays des Caraïbes se sont collectivement saisis de la revendication et ont constitué des réseaux pour la faire aboutir. En France même, des organisations comme la Licra ou la CGT soutiennent la démarche du Cran. Et puis, il y a des précédents à l'étranger...

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