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Algérie, la Chine défie la France dans le secteur automobile (mondafrique)

par Louise Dimitrakis 13 Juillet 2015, 08:05 Algérie France Automobile Chine Concurrence

Malgré la rude concurrence opposée par les géants français Renault et Peugeot, les constructeurs automobiles chinois tentent coûte que coûte de s'imposer sur le marché algérien.

«La Chine ne va pas se laisser faire. Elle passe à l’attaque et fait d’ores et déjà pression pour décrocher les mêmes avantages que Renault et Peugeot». D’emblée, le mot d’ordre est clair. Un cadre algérien qui travaille à l’ambassade de Chine à Alger se montre très explicite et assure que les autorités consulaires chinoises ne chôment pas du tout cet été à Alger. Leur lobbying ne s’arrête plus depuis le mois de juin dernier. Rencontres avec des hauts responsables du ministère de l’Industrie, rendez-vous d’affaires avec les représentants du Fonds National d'Investissement et même une entrevue avec Ahmed Ouyahia, l’influent chef de cabinet de la Présidence algérienne chargé par Abdelaziz Bouteflika de rédiger des études et des notes très approfondies sur la conjoncture politique et économique du pays. Les Chinois multiplient les propositions pour faciliter l’implantation de leur constructeurs automobiles.

Crédit à la consommation

Après l’épisode Renault, le constructeur français qui avait obtenu des avantages fiscaux et financiers pour implanter son usine de montage de véhicules, les constructeurs Chinois ne peuvent plus se permettre de se faire éjecter du très stratégique marché algérien en prévision de l’installation prochaine de Peugeot. Les deux constructeurs français ne sont pas les seuls investisseurs qui veulent profiter du retour du crédit à la consommation destiné aux produits montés ou fabriqués en Algérie.

Avec ces crédits, Renault espère inonder le marché de sa "Symbol" locale. Peugeot envisage de monter sur place, et dans un site industriel situé comme celui de Renault dans l’Oranie, à l’ouest du pays, la 301. Et pour contrer leurs concurrents français qui asseoient leur domination sur le marché algérien, les chinois ont d’ores et déjà au moins trois dossiers d’investissement sur la table.

Le premier projet s’appelle Emin Auto. Cette entreprise algérienne dont une partie du capital est détenue par des investisseurs turcs a officiellement demandé un terrain à l’Etat algérien pour installer son site industriel qui abritera le montage de véhicules chinois de marque JAC. Des véhicules utilitaires très appréciés en Algérie en raison de leurs prix très abordables. Le manager d’Emin Auto, le turc Nihat Sahsuvaroglu, espère débloquer ce problème de foncier d’ici la fin de l’année 2015 pour donner le coup d’envoi de ce projet. Mais, pour l’heure, les autorités algériennes semblent davantage préoccupées par l’installation de Peugeot.

Dans ce contexte, les managers chinois JAC Motors n’ont pas manqué d’appeler les diplomates chinois en poste à Alger à la rescousse. Pekin a instruit ses derniers de rappeler aux autorités algériennes que la Chine est un allié de poids et un fidèle ami.

Issad Rebrab, l'allié de Pékin

Un ami qui espère voir un autre projet aboutir. Celui des négociations entamées par CEVITAL, le groupe privé algérien du célèbre homme d’affaires Issad Rebrab qui négocie en ce moment avec un constructeur chinois pour installer une usine de montage en Algérie. «Après les péripéties avec le coréen Hyundai qui a perdu d’énormes parts de marchés en Algérie face à ses concurrents français et Volkswagen, CEVITAL veut s’allier avec un constructeur chinois pour reconquérir le marché de l’automobile algérien», nous révèle une source proche du groupe CEVITAL.

L’un des enfants d’Issad Rebrab est parti récemment en Chine pour entamer des négociations avec l’un des constructeurs chinois qui ont pignon sur rue. Pour l’heure, CEVITAL cherche à finaliser une alliance avec un groupe chinois pour lancer officiellement son projet de montage de véhicules. Le projet n’est donc qu’à ses débuts. Une étape qu’a déjà franchie le patron du groupe Arcofina, Abdelwahab Rahim, le propriétaire du Hilton d’Alger, qui attend toujours son assiette foncière pour construire une usine de la firme automobile publique chinoise FAW. Près de 500 millions d’euros ont été mobilisés pour réussir ce projet qui demeure bloqué depuis qu’Abdelwahab Rahim a perdu la confiance de ses contacts hauts placés au sommet du régime algérien.

Sprint final

Le lobbying de Renault qui avait demandé une exclusivité de trois ans aux autorités algériennes pour venir tenter une aventure en Algérie a fini par plomber les chances de FAW et de Rahim. Ceci dit, les chinois ne désespèrent pas et poursuivent leurs discussions pour faire aboutir leurs projets. Le dernier en date a été scellé avec le groupe privé algérien Hasanoui qui dispose de plusieurs atouts incontournables dont l’affection que lui accordent les autorités politiques. En plus, Sefiane Hasnaoui, l’un de ses cadres, a hérité récemment de la Présidence de l’association des concessionnaires algériens.

Le groupe Hasnaoui a réussi convaincre Nissan, le célèbre constructeur japonais de miser sur l’Algérie. Mais Nissan veut associer à ce projet sa coentreprise chinoise avec Dongfeng. Dongfeng Motor sera chargé par Nissan de développer sa marque en Algérie. Le projet est pratiquement bouclé et les chinois auront réussi ainsi à placer leurs pions.

Mais, attention ! La partie ne vient que commencer car pour troubler la domination des marques françaises en Algérie, les chinois doivent concrétiser tous ses projets dans les plus brefs délais.

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