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Le monde multipolaire en marche : Nigéria, Niger, Cameroun et Tchad, une alliance panafricaine contre Boko Haram ! (InvestigAction)

par Fodé Roland Diagne 15 Juin 2015, 07:32 Afrique Panafricanisme Nigeria Niger Cameroun Tchad France USA

Malgré ses menaces médiatisées Boko Haram n'a pas pu empêcher la tenue des élections qui ont débouché sur une alternance démocratique au Nigéria. L'enlèvement de centaines de filles "converties et mariées de force" avait été l'occasion d'un "Twitt et photo" de Michèle Obama et une campagne médiatique mondiale appelant à une mobilisation internationale contre Boko Haram.

Beaucoup s’attendaient donc, comme on l’a vu au Mali, à un appel au secours qui allait voir déferler Africom (USA) suivi de Barkhane (France) sur les sols Nigérian et Camerounais. Mais à la surprise générale à la place de "l’aide US et de l’UE contre le terrorisme", c’est plutôt à une alliance militaire panafricaine de fait entre le Nigéria, le Cameroun, le Niger et le Tchad que l’on assiste contre Boko Haram. Pourquoi la servilité françafricaine habituelle semble n’avoir pas fonctionné ? Comment comprendre que USA et France aient été ici, pour le moment, diplomatiquement éconduits ? Est-ce l’influence grandissante de Mugabé, actuel président de l’Union Africaine (UA), sur les chefs d’états françafricains, eurafricains et usafricains ?

Ou est-ce la peur de l’exemple du chaos libyen ?



Après avoir renvoyé l’Afghanistan, puis l’Irak "à l’âge de pierre" selon l’expression de G. Bush, l’occupation militaire de ces pays avait précédé l’installation de pouvoirs fantoches. Puis l’agression coloniale de l’OTAN/Françafric et l’assassinat de Kadhafi ont livré la Libye aux hordes surarmées de Al-Qaïda et/ou Daesh qui se sont ensuite répandues sur les pays africains. Boko Haram, Mujao, Ansardine, des mouvements armés "jihadistes", et bien avant, Shebab, LRA de Kony, sévissent ainsi du Sahel-Sahara à l’Afrique de l’est.

Cette déstabilisation militarisée des pays africains s’est développée à partir de la destruction consciente de la Libye comme le révèle Hama Ag Mahmoud, un des ténors du MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad) qui l’a quitté avec fracas en décembre 2012, peu avant le déclenchement de l’opération Serval au Mali : " - La France aurait donc poussé le MNLA à occuper les villes du Nord du Mali ? - Oui tout à fait. La France a demandé au MNLA de l’aider à faire déserter tous les combattants de l’Azawad qui étaient dans l’armée libyenne, pendant la guerre de Libye. Ensuite de bloquer le recrutement des libyens dans l’Azawad et dans l’Aïr au Niger. Et en contrepartie, elle nous avait donné son feu vert pour l’indépendance de l’Azawad. C’est l’accord qui a été conclu avant la guerre entre le MNLA et la France. Et immédiatement la guerre gagnée par le MNLA, la France a changé complètement de politique. Elle a mis tout son dispositif diplomatique contre le MNLA. Alors conclusion, l’objectif de la France était tout simplement d’affaiblir le gouvernement malien et je peux vous assurer que ce n’était pas pour donner raison au MNLA" (Interview, Le Courrier du Sahara, en date du 17 janvier 15 cité par Gri Gri international du 28/02/15).

La Libye a été donc ainsi livrée aux chefs de guerre financés par les théocraties des pétrodollars et armés par les marchands d’armes US et de l’UE dans le but de créer un foyer à partir duquel propager partout en Afrique le cancer "jihadistes". La Libye est devenue pour l’Afrique ce qu’a été et continue d’être l’Afghanistan pour toute l’Asie. Ce foyer de subversion a produit et métastasé pour devenir Daesh, Front Al Nosra, Al Qaïda en Syrie puis en Irak, Boko Haram au Nigéria et Ansardine-Mujao-MNLA au Mali. Ces mercenaires "jihadistes" séparatistes se taillent des territoires dénommés "califat" comme on l’a vu dans le nord du Mali, puis comme on le voit en Syrie et en Irak et se livrent à toute sorte de trafics de pétrole, drogue, etc. Dès qu’ils se sentent suffisamment forts, ils développent parfois leur propre agenda différent de celui de leurs maîtres financeurs et entrent ainsi en opposition à ceux-ci. A chaque déstabilisation d’un pays africain, les impérialistes US, de l’UE et Français se pointent pour "porter secours dans leur grande et désintéressée" magnanimité aux "incapables africains" comme on l’a vu au Mali avec l’opération Serval puis en Centrafrique avec Sangaris avant que ce stratagème ne mute en "Barkhane" (dunes qui se déplacent dans le désert au gré des vents), nom que s’est donné la mouvante occupation militaire française du Sahel-Sahara du Mali en Centrafrique.

Force est donc de constater que les bourgeoisies au pouvoir au Nigéria, au Cameroun, au Niger et au Tchad ont évité, pour l’instant, de faire appel aux "sauveurs" US/UE en forgeant peu à peu une alliance militaire panafricaine contre la menace de chaos et de "califat" que constitue Boko Haram.

Peut-être ont-elles lu les révélations suivantes : "De même, j’affirme sans détour que Daesh et Al-Qaïda ont été créé par la CIA et sont les résultats directs de la politique américaine. Les ’Afghans-Arabes’ étaient le noyau d’Al Qaïda, ils ont été levés, formés, soutenus et appuyés par les services secrets américains. Nous sommes les témoins de cela. Aujourd’hui, la CIA n’est plus capable de contrôler ce qu’elle a créé. Le soutien américain aux moudjahidines arabes en Afghanistan est bien connu. Les services secrets américains ont soutenu les ’afghans arabes’ pour contrer les Soviétiques dans ce pays. A cette époque, la relation entre le soudan et les Etats-Unis était bonne, nous étions donc au courant de cela"(Omar El-Béchir, 54 Etats, hors série).

C’est ce que confirme Hillary Clinton quand elle proclame "nous, Etats-Unis, avons créé Al Qaïda" avec l’intention de refaire exactement "l’opération Ben Laden " des années 78 à 80 dont Zbigniew Brzezinski conseiller des présidents US a pu dire : "cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d’attirer les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ?" (cité par Michel Collon dans ’Je suis ou je ne suis pas Charlie ?).

Ou encore ces propos de James Baker : " Il n’y a pas de pays musulman plus intégriste que l’Arabie Saoudite (...) et pourtant c’est à la fois un ami et un pays important pour les Etats-Unis. (...) Nous ne devons nous opposer à l’intégrisme que dans la mesure exacte où nos intérêts nationaux l’exigent"(cité par Michel Collon, idem).

En effet l’on peut tous constater que jusque dans les années 80 et 90 la majorité des Etats nés des indépendances dans le monde Arabe et Africain se proclamait, même quand il n’était pas d’orientation anti-impérialiste, laïc, nationaliste, panarabe, panègre ou panafricain. Ces Etats postcoloniaux avaient en général obtenu l’indépendance formelle à partir de mobilisations de masses ou parfois de luttes armées dans lesquelles les courants féodaux religieux et/ou ethnicistes étaient quasi absents parce que trop souvent alliés des colonisateurs.

Il apparaît de plus en plus clairement que "l’intérêt national" des USA flanqués de l’UE est aujourd’hui de réactiver les courants religieux dans les pays Arabes et en Afrique en utilisant ses vassaux des théocraties des pétrodollars et les "califats jihadistes" pour détruire les Etats postcoloniaux, le panarabisme et le panafricanisme. Même si cela n’est pas encore très visible, c’est la même fonction et le même objectif qui seront assignés aux courants évangélistes qui pullulent dans les pays à majorité chrétienne.

L’exemple de la Centrafrique est ici significatif. Là cohabitent musulmans et chrétiens et la déstabilisation a débouché sur un affrontement entre "séléka musulmans" et "anti-balakat chrétiens". Une ligne de partage se dessine du Nigéria, Cameroun, Tchad, Centrafrique jusqu’à l’est du continent où de tels affrontements peuvent être suscités pour désintégrer les Etats postcoloniaux nés de la première phase des luttes anticoloniales pour les indépendances entre 1945 et 1960.

Il faut absolument défendre l’unité nationale laïque et démocratique contre les projets d’émiettements des Etats multinationaux parce que les "ethnies" sont en réalité des nationalités à l’époque des Nations en devenir en Afrique. Cette défense des Etats multinationaux nés de la balkanisation coloniale doit s’inscrire dans une perspective panafricaine fondée sur le principe de "l’union libre des peuples libres d’Afrique" lancé par le communiste Malien Tiémokho Garang Kouyaté au milieu des années 30.

Ou est ce la diversification des partenaires économiques ?



A partir des années 80, les bourgeosies africaines compradores, c’est-à-dire serviles aux impérialistes, ont fortement libéralisé et privatisé les économies sous la houlette des plans d’ajustement structurel du Fond Monétaire International (FMI), de la Banque Mondiale et de l’OMC. Libéralisation et privatisation ont bénéficié aux Multinationales impérialistes, mais aussi à une couche "d’opérateurs économiques" locaux surtout dans l’import-export ainsi intégrés dans la "mondialisation" des affaires. Les délocalisations des entreprises à faible composition organique du capital, c’est-à-dire utilisant une main d’oeuvre nombreuse, vers les pays d’Asie et du Moyen-Orient ont favorisé la diversification des sources d’approvisionnements en marchandises des "hommes et femmes d’affaires" des pays africains confinés dans le rôle de "nègres sous traitants".

L’arrivée des nouveaux investisseurs en quête de matières premières que sont les "pays émergents", notamment les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), prolonge et renforce cette diversification des relations économiques au plan étatique et parfois même stratégique. Ainsi on remarquera que le Nigéria premier producteur africain de pétrole, mais aussi le Tchad et le Cameroun tous les deux producteurs de pétrole s’ouvrent de plus en plus aux investisseurs notamment chinois et russes. Il en est de même au Niger avec la fin progressive du monopole exclusif de l’exploitation de l’uranium détenu par la firme française AREVA au profit de la Chine. Ce développement des échanges économiques avec les "pays émergents", en particulier avec la Chine agace les impérialistes US et de l’UE habitués à agir en pays conquis en Afrique. Même si on peut observer que certaines entreprises monopolistes françaises, par exemple, envisagent par réalisme des associations ou de devenir des sous traitants pour ou avec les entreprises chinoises qui sont majoritairement d’Etat. Ainsi la Chine et dans son sillage les pays des BRICS brisent de fait le quasi monopole colonial des entreprises multinationales des impérialistes US, de l’UE et de la France en Afrique. Voilà pourquoi Peter Pham, qui conseille les départements d’état et de la défense étatsuniens, explique que l’AFRICOM, commandement militaire US basé à Stuttgart en Allemagne, a pour "but de protéger les accès en hydrocarbures et autres ressources stratégiques dont l’Afrique est riche, une tâche qui incluait de s’assurer contre la vulnérabilité de ces richesses naturelles et de s’assurer qu’aucune tierce partie comme la Chine, L’inde, le Japon ou la Russie, ne puissent obtenir un monopole ou des traitements de faveur”( cité dans mondialisation.ca).

Cette farouche recherche d’une terre africaine pour accueillir AFRICOM est nécessité, voyez vous, par le fait que "ces ressources et richesses naturelles font de l’Afrique une cible facile pour les attentions de la République Populaire de Chine, dont la dynamique économique… a une soif quasi insatiable de pétrole et de besoins pour d’autres ressources naturelles. La Chine importe à l’heure actuelle approximativement 2,6 millions de barils de pétrole brut par jour, environ la moitié de cette consommation, de l’ordre de 765 000 barils par jour, environ un tiers de ses importations, proviennent de ses sources africaines, spécialement du Soudan, de l’Angola et du Congo (Brazzaville). Est-ce étonnant donc par conséquent qu’aucune région du monde autre que l’Afrique ne rivalise avec l’intérêt stratégique de la Chine ces dernières années… De manière intentionnelle ou non, beaucoup d’analystes attendent que l’Afrique, spécifiquement les états du long de sa très riche côte occidentale, va devenir le théâtre d’une concurrence stratégique entre les Etats-Unis et sa seule réelle concurrence à l’échelle globale, la Chine, alors que les deux pays cherchent à étendre leur influence et sécuriser l’accès aux ressources”(idem). Il faut donc semer le chaos en Afrique pour bloquer le développement des pays "émergents" en les empêchant d’accéder aux matières premières dont ils ont besoin pour se développer.

Le remplacement du système colonial par le système néocolonial grâce aux massacres coloniaux de masses et aux assassinats systématiques des leaders indépendatistes radicaux de la première phase de libération nationale entre 1945 et 1960 ont engendré ce que l’on appelle la françafric, l’eurafric et l’usafric. Il s’agit de mécanismes mafieux corrupteurs qui lient les Multinationales et les politiques des Etats impérialistes (France, UE, USA) aux élites régnantes dans les Etats africains pour maintenir l’Afrique et ses peuples dans les griffes spoliatrices de la dépendance au profit des Multinationales françaises, européennes et étatsuniennes.

Durant "la guerre froide", c’est à dire la lutte entre le camp capitaliste et le camp socialiste, ce système de dépendance néocoloniale faisait des élites régnantes en Afrique des vassaux du camp capitaliste contre l’URSS, contre le camp socialiste. Parfois certains de ces serviteurs apatrides utilisaient la contradiction entre les deux camps pour faire chanter leurs maîtres impérialistes. Mais globalement les Houphouêt, Senghor, Ahidjo, Bongo, Eyadema, Mobutu, Bokassa, pour ne citer que les plus illustres d’entre-eux, obéissaient servilement au point même de prôner le "dialogue" avec l’apartheid sud-africain, de lier des relations diplomatiques avec l’Etat sioniste colonialiste d’Israël et de soutenir les mouvements pro-coloniaux contre les indépendantistes radicaux comme le MPLA, le FRELIMO, le PAIGC, la SWAPO, l’ANC dans les guerres de libération nationale contre le colonialisme fasciste portugais ou l’apartheid Sud Africain.

Ce système semi-colonial sous sa forme initiale ne suffit plus à assurer la pérennité de la vassalisation prédatrice de l’Afrique. Il faut doubler cela d’une stratégie du chaos prétexte à une présence militaire accrue US et de l’UE considérée comme seul gage de la mainmise sur les matières premières africaines pour en empêcher l’accès direct aux BRICS. A cet effet l’usafric poursuit sa quête d’installer l’AFRICOM sur le continent, il en est de même du renforcement de la présence des armées de l’eurafric et de la françafric au nom de la "lutte contre le terrorisme". C’est la tactique bien connue du pyromane pompier qui s’affuble ici des troupes qui rappellent les "tirailleurs" qui ont été les mercenaires de la conquête de l’empire colonial d’Afrque sous la direction d’officiers Français.

Une fissure dans la soumission qui doit s’approfondir



Bien entendu la françafric continue de se manifester sous la forme de la honteuse et dangereuse décision d’envoyer 2100 soldats sénégalais soutenir l’agression militaire saoudienne au Yémen, ce qui est à mettre en relation avec les achats par les Emirs d’avions rafales du complexe militaro industriel de l’impérialisme français. L’eurafric se manifeste sous la forme de l’imposition de la signature de l’Accord de Partenariat économique (APE) spoliateur qui va accroître la dépendance des Etats africains. Mais comment ne pas apprécier que l’axe du refus des bourgeoisies africaines semble remonter progressivement du Zimbabwe, de l’Erythrée, Mozambique, Namibie, Angola, RDC et Afrique du Sud vers le Nigéria, le Cameroun, le Niger et le Tchad. Cette résistance des bourgeoisies africaines reste hésitante, faible, mais elle commence à s’exprimer publiquement et avec une certaine force par la voie de Mugabe. Confrontées à la stratégie US et de l’UE alliés aux fantoches des Monarchies théocratiques qui menacent de plus en plus les Etats qu’elles dirigent, les bourgeoisies africaines pour des raisons de survie semblent chercher des voies pour échapper aux pièges de la duplicité de l’impérialisme occidental dont l’objectif est résumé ainsi : "Actuellement, les Etats-Unis ne rencontrent aucun rival mondial. La grande stratégie de l’Amérique doit viser à préserver et étendre cette position avantageuse aussi longtemps que possible (...) Préserver cette situation stratégique désirable dans laquelle les Etats-Unis se trouvent maintenant exige des capacités militaires prédominantes au niveau mondial"( Zbigniew Brzezinski cité par Michel Collon).

La supériorité militaire plus la vassalisation des théocraties féodales monarchistes pétrolières qui financent des groupes de fanatiques religieux ou ethniques contre le communisme hier et contre les Etats post coloniaux aujourd’hui pour pérenniser le plus longtemps possible la domination unilatérale des USA et de l’UE sur le monde. Telle est la ligne directrice de la stratégie US flanquée de l’UE, d’Israël et des Monarchies des pétrodollars.

En plus de la Chine, la Russie est particulièrement visée comme le déclare Graham E. Fuller, ex-directeur adjoint de la CIA lorsqu’il dit à propos de la Tchétchénie notamment que "la politique pour guider l’évolution de l’islam et les aider contre nos adversaires a fonctionné merveilleusement bien en Afghanistan contre l’armée rouge. Les mêmes doctrines peuvent encore être utilisées pour déstabiliser ce qui reste de la puissance russe" (tiré de ’Et si Poutine dit la vérité, on fait quoi ?’ Le Grand Soir). Cette stratégie qui se déroule devant nous en Afrique, au Moyen-Orient et en Ukraine fait objectivement apparaître deux camps opposés dans ce monde : le camp de la guerre avec les USA, l’UE, les Emirats féodaux et les groupes "jihadistes" et le camp de la paix avec les pays antilibéraux et anti-impérialistes d’Amérique du Sud dont le noyau est l’Alliance Bolivarienne (ALBA), l’Iran, le Hezbollah, la résistance palestinienne et les BRICS, etc.

Cette dichotomie et contradiction à l’échelle mondiale qui se fraye difficilement un chemin en Afrique prend consciemment ou inconsciemment la forme d’une alliance militaire africaine pour vaincre les "progénitures jihadistes" des pétrodollars et de l’impérialisme US et de l’UE.

En Amérique du Sud les bourgeoisies compradores se sont aussi longtemps couchées devant la suprématie US en faisant de leurs pays "l’arrière cour". C’est le cas des bourgeoisies africaines, surtout celles de l’ex-empire colonial français. Que trois des quatre pays que sont le Nigéria, le Cameroun, le Niger et le Tchad soient des ex-colonies de l’impérialisme français est aussi un signe important des processus de distanciation en cours vis à vis des impérialistes de la part de fractions des bourgeoisies nationales qui se sentent menacées. Les critiques qui montent du sud jusqu’au nord, de l’est jusqu’à l’ouest de l’Afrique, surtout depuis l’assassinat de l’Etat libyen et le foyer "jihadiste" ainsi créé en terre africaine de Libye, illustrent une méfiance de plus en plus grande de certaines élites bourgeoises africaines prêtes à ouvrir leur marché et la coopération économique, politique et culturelle avec les "concurrents" de leurs maîtres impérialistes US et de l’UE.

Les forces ouvrières et populaires opposées aux bourgeoisies semi-coloniales ont tout intérêt à analyser et comprendre les facteurs essentiels et objectifs qui déterminent des évolutions progressives ou régressives dans les comportements des classes sociales au pouvoir dans nos pays. Faire ce travail, c’est œuvrer à frayer la voie, comme en Amérique du Sud, aux alternatives antilibérales et anti-impérialistes qui marqueront la seconde phase actuelle de décolonisation.

L’objectif immédiat est et reste la mobilisation populaire pour le démantèlement des bases militaires étrangères et le retrait des armées US, de l’UE et Françaises d’Afrique.

Source : Investig’Action

commentaires

Vianney 16/06/2015 12:27

Superbe analyse! Les inféodés sont moins nombreux que la tâche peut s'annoncer difficile. Mais, une communion réelle, une effective prise de conscience des africains, surtout sa jeunesse, fera pencher cette balance!

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