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Mali : l’uranium de Faléa, un des enjeux du conflit ? (Blog Finance)

par Elisabeth Studer 7 Septembre 2015, 19:41 Mali Françafrique France Areva Uranium Minerai Armée française

Mali : l’uranium de Faléa, un des enjeux du conflit ? (Blog Finance)

Alors que des journaux de plus en plus nombreux laissent entendre que l’opération militaire française au Mali pourrait être en partie guidée par des intérêts économiques et financiers, liés notamment à la présence du géant nucléaire français Areva au Niger voisin, que certains plus curieux ... y voient une bataille plus ou moins rangée pour gaz et pétrole du bassin de Taoudeni, situé dans un Sahel « prometteur » en terme d’hydrocarbures, peu encore tiennent à nous rappeler l’importance stratégique que revêt le sous-sol malien pour Areva, et à contrario ses concurrents et adversaires. Lesquels pourraient être tentés de limiter les parts de « gâteau jaune » (ou yellow cake) disponibles. Et, ce, au grand dam de la population de Faléa, petite bourgade du Mali.

Pourtant, Areva tente déjà depuis de nombreuses années d’obtenir les droits d’exploitation d’une mine d’uranium de quelques 5 000 tonnes de minerai qui se trouvent à Faléa, une commune de 21 villages et 17 000 habitants, située dans une région isolée à 350 kilomètres de Bamako, très proche des frontières du Sénégal et de Guinée.

De là à justifier – certes en partie – l’intervention française, baptisée « Opération Serval » pour éviter que djihadistes, rebelles touaregs et autres mouvements ne remettent en cause d’éventuels accords ou pourparlers, il n’est pas irraisonné d’y penser.

D’autant plus que les efforts du géant nucléaire français pour tenter de « rafler la mise » ne datent pas d’hier, sa persévérance pouvant être même jugée comme remarquable.

Ainsi, dans les années 1970, déjà, la Cogema (structure à l’origine d’Areva), le Bureau de Recherche Géologique Minière et la société d’Etat malienne (SONAREM) avaient effectué des travaux de prospection.

A l’époque, le manque de rentabilité du site avait quelque peu refroidi l’intérêt du groupe français, l’enclavement de la zone, des difficultés d’accès à l’eau et à l’énergie nécessaire au fonctionnement de la mine induisant des investissements coûteux. Mais, selon Le Figaro et Africa Intelligence, Areva a procédé en 2009 à des campagnes d’exploration dans la région de Saraya, du côté sénégalais.

En 2005, la société canadienne Rockgate a été mandatée par le gouvernement malien afin d’effectuer des forages et recherches à Faléa. En 2010, Rockgate a produit un rapport préliminaire, complété par la suite par Golder Associates, une société internationale de « conseils dans les domaines connexes de l’énergie ». Des documents qui au final considèrent « que le Mali offre un environnement de classe mondiale pour l’exploitation d’uranium ».
En 2011, la compagnie minière canadienne Rockgate a mandaté l’entreprise française Foraco, basée à Marseille et cotée en bourse à Toronto, en vue d’étendre les travaux d’explorations et forages à Faléa.

En novembre 2012, Rockgate a confié une étude de faisabilité à une société sud-africaine, DRA Group, pour le projet de Faléa. Lequel contiendrait environ 12.000 tonnes d’uranium soit quatre fois la production de la mine Areva d’Arlit au Niger en 2012.

Rappelons par ailleurs qu’en février 2011, l’exposition Falea, la menace d’une mine d’uranium avait été présentée au Forum Social Mondial à Dakar. Par la suite, une délégation du Forum Civique Européen s’était rendue à Falea. C’est dans ce cadre là que l’eurodéputée française Michèle Rivasi et militante antinucléaire avait fait le voyage avec Eva Joly, à la demande d’un collectif local, inquiet des éventuelles retombées écologiques du projet de mine à ciel ouvert.
Michèle Rivasi affirme que des sources diplomatiques sur place avaient alors évoqué un «accord entre le canadien Rockgate et Areva».
Reste que selon Le Figaro, un porte-parole d’Areva a démenti l’existence d’un quelconque accord au Mali où la société française «n’est pas intéressée», selon lui. Ajoutant que la Cogema, «a prospecté au Mali il y a cinquante ans», sans découvrir de gisement substantiel.

En mars 2011, Eva Joly indiquait que le Fonds monétaire exerçait une pression sur les autorités maliennes pour qu’elles explorent ses ressources naturelles. Selon elle, l’objectif serait de permettre au Mali de payer ses dettes. «Je pense qu’il ne faut pas sacrifier la santé de la population pour pouvoir honorer des dettes qui ne sont pas utiles à cette population qui n’ont pas servi la population», avait-elle laissé entendre.

Des propos tenus en écho de la politique nationale malienne de « diversification de la production minière », justifiée alors par le ministère des Mines au nom de la lutte contre la pauvreté. Alors même que jusqu’à présent la population malienne n’a guère aperçu les retombées sociales et économiques qui auraient dû découler de la production aurifère, le Mali étant actuellement 3ème producteur d’or en Afrique, avec 8 mines aurifères en exploitation, la dernière ayant ouvert en février 2012.

Eléments forts intéressants : durant son voyage de Dakar (Sénégal) à la frontière malienne, et jsuqu’à Kenieba, la délégation du Forum Civique Européen avait pu emprunter la toute nouvelle route, le «corridor sud de l’Afrique de Ouest, Bamako-Dakar».
Liaison routière entre Dakar et Bamako réalisée par la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement, l’agence de développement japonaise, l’USAID, la Chine, la Banque Africaine de Développement, la Banque Islamique de Développement, les gouvernements du Sénégal et du Mali en coopération avec l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine dans le cadre du Programme d’action communautaire pour les infrastructures et le transport.

Un des membres de la délégation du Forum civique européen indiquait par ailleurs que le corridor suivait pendant des centaines de kilomètres le vieux tracé de la ligne des chemins de fer coloniaux, fermée récemment au public par la privatisation.
Une filiale de la société d’Etat des chemins de fer chinois – Covec-Mali – achèvait alors le tronçon de route entre la frontière du Mali près de Kenieba et Bamako. Indiquant que sur le même chantier se trouvait l’entreprise de BTP Razel, laquelle appartient depuis 2009 au Groupe Fayat.
La société de travaux publics Dai Nippon Construction construisait quant à elle les trois ponts nécessaires sur cette route vers Bamako. Le financement ? des sommes offertes par le Japon, via des crédits non remboursables.

Ce qui faisait dire en résumé à la délégation du Forum Civique Européen que se voyaient ainsi réuni « des fonds en provenance d’Etats les plus divers réunis pour la construction d’infrastructures qui favorisent, pour des multinationales, l’extraction bon marché des richesses minières de l’Afrique de l’Ouest pour les transformer loin de là« . Ajoutant qu’il était « même question d’un projet de construction d’un port maritime à environ 60 km au sud de Dakar ».

En 2012, le site survie.org indiquait pour sa part que « le Mali est pieds et poings liés aux demandes des multinationales« , ajoutant que le ministère des Mines, créé sous Alpha Oumar Konaré en 1995, au moment de la libéralisation du code minier et des réglementations en matière d’investissement sous l’impulsion de la Banque Mondiale, en était « l’instrument docile« .
Ajoutant : « en plus de la compromission des élites, le code minier malien ne prévoit aucune contrainte pour les compagnies minières en termes de responsabilité environnementale et sociale pendant la phase d’exploration et de prospection« . Une faiblesse législative rendant le sous-sol malien « extrêmement attractif » soulignait-il enfin.

Sources : Mecanopolis , Maliweb.net, Forum civique européen, Rockgate, Le Figaro, Survie.org, Africaintelligence

Elisabeth STUDER – www.leblogfinance.com – 29 janvier 2013

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