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Il y a un an: la trahison de Syriza en Grèce (WSWS)

par Bill Van Auken 31 Juillet 2016, 12:38 Syriza Grece Trahison UE Neoliberalisme

Il y a un an cette semaine que le gouvernement Syriza (‘Coalition de la gauche radicale’), dirigé par le premier ministre Alexis Tsipras, a accompli sa trahison historique de la classe ouvrière grecque.

Porté au pouvoir en janvier 2015 par un mouvement combatif de la classe ouvrière et la promesse de s'opposer aux politiques d'austérité exigées par l'Union européenne (UE), Syriza a fait sept mois plus tard passer en force un programme d'austérité beaucoup plus draconien que celui tenté par ses prédécesseurs de droite.

Cette trahison fut parachevée dans la semaine du 5 au 13 juillet, entre le moment où le peuple grec, dans un référendum convoqué par le gouvernement Tsipras, a voté à une majorité écrasante contre un plan d'austérité exigé par la « troïka » – l'UE, le FMI et la BCE – et l’acceptation par le gouvernement Syriza d’un accord de sauvetage comportant des coupes plus sévères encore que celles qui venaient d'être rejetées massivement.

Tandis que toute la coterie des organisations pseudo de gauche, tant en Grèce qu’ailleurs dans le monde, a salué le référendum comme un signe que Syriza et Tsipras étaient déterminés à lutter, le World Socialist Web Site a averti, dans une déclaration du 27 juin 2015, que le référendum de Tsipras constituait « une fraude réactionnaire, conçue pour donner un vernis de légitimité démocratique au pillage de la Grèce par les banques au détriment des travailleurs et de larges sections de la classe moyenne »

La manœuvre cynique de Tsipras s'est en fait retournée contre lui. Alors que lui et ses collègues de la direction de Syriza avaient escompté que les travailleurs grecs se laisseraient intimider par les menaces de l'impérialisme européen et voteraient en faveur du train de mesures austéritaires, ce qui lui aurait permis de les rendre responsables de sa propre capitulation, ceux-ci ont voté massivement contre, signalant qu'ils étaient prêts à engager un vrai combat contre le capitalisme. Choqués et terrorisés, Tsipras et son cabinet ont agi à toute vitesse pour conclure un accord réactionnaire avec la « troïka ».

Aujourd'hui, les travailleurs grecs en subissent les conséquences. L'économie du pays s’est contractée d'environ un quart et continue de plonger. On démolit le peu qui restait du système de protection sociale alors que la moitié des travailleurs de moins de 25 ans sont sans emploi et que les retraités ont vu leurs revenus réduits d'environ un tiers. De nouvelles réductions sont actuellement mises en œuvre en plus d’une série de taxes régressives qui frappent le plus lourdement la classe ouvrière et les pauvres.

Le gouvernement Syriza négocie à présent avec l'UE sur les mécanismes qui feront que le régime d'austérité sera permanent, imposant pour les décennies à venir des conditions rappelant la Grande Dépression des années 1930.

La colère monte contre le gouvernement Syriza; elle s'est manifestée en mai dans une grève de trois jours de larges sections de la classe ouvrière grecque contre les mesures d'austérité. Dans ces conditions, la question la plus importante, non seulement pour les travailleurs en Grèce, mais au plan international, est de faire une analyse politique sérieuse de la façon dont cette trahison a été menée et un bilan de l'expérience stratégique essentielle par laquelle la classe ouvrière est passée.

Seul le World Socialist Web Site et le Comité international de la Quatrième Internationale ont fourni une telle analyse consistante et cohérente. Ils n'ont pas attendu que la trahison soit achevée pour le faire, mais ont averti bien avant, le 24 janvier 2015, que l'arrivée au pouvoir de SYRIZA ne représentait pas « un moyen de sortir de la crise », mais plutôt « un énorme danger ».

Le WSWS a ensuite expliqué: « Malgré sa façade de gauche, Syriza est un parti bourgeois qui repose sur des couches aisées de la classe moyenne. Ses politiques sont déterminées par des bureaucrates syndicaux, des universitaires, des professionnels et des fonctionnaires parlementaires qui cherchent à défendre leurs privilèges en préservant l'ordre social ».

Nous avons été attaqué par la pseudo gauche petite-bourgeoise – qui partage avec Syriza sa politique opportuniste et sa base dans la classe moyenne supérieure – comme « sectaires » pour ne pas nous être joint à eux et avoir exalté l'élection de Syriza comme une victoire de la classe ouvrière. Il ne fallait pas, ont-ils insisté, interférer avec la classe ouvrière qui faisait l'« expérience » de Syriza, et de laquelle elle ressortirait en quelque sorte politiquement clarifiée et renforcée.

Les mêmes éléments qui ont semé avec enthousiasme des illusions dans Syriza, du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) en France à l'International Socialist Organization (ISO) aux États-Unis, en passant par le Parti de Gauche en Allemagne et le PSTU au Brésil, s'opposent maintenant avec véhémence à ce qu'on tire des leçons de cette « expérience » qui n'a conduit qu'à la trahison, aux revers et à la désorientation dans la classe ouvrière.

L’attirance de ces groupes politiques pour Syriza n’était pas due à la confusion politique ou à une erreur sur la personne. En effet, de son programme jusqu’au caractère de ses dirigeants, dont l'agent impérialiste Tsipras, il est impossible d'ignorer le caractère réactionnaire et bourgeois de ce parti. Non, ils se sont ralliés à Syriza parce qu'ils épousent le même type de politique et, si portés au pouvoir, et appliqueraient le même type de politique anti-ouvrière brutale.

Cette politique s’exprime sans honte dans les pages d'International Viewpoint, la publication pseudo de gauche anti-trotskyste qui a rompu avec la Quatrième Internationale il y a plus d'un demi-siècle. Elle a marqué l'anniversaire de la trahison de Syriza en publiant le 13 juillet une déclaration d’Antonis Davanellos, un des chefs de file du groupe Gauche ouvrière internationaliste (DEA) et adepte de la théorie du capitalisme d’état en Grèce, sur la conférence, le mois dernier, d'Unité populaire, une alliance d'organisations pseudo de gauche grecques, la plupart issues de la Plate-forme de gauche au sein de Syriza.

Dirigés par d'anciens ministres du cabinet de Tsipras et d’anciens membres du comité central de Syriza, ces groupes s'étaient voués à promouvoir l'illusion que Syriza pouvait être poussé à gauche. Leur fonction réelle était de donner une caution de gauche au gouvernement Tsipras alors qu’il mettait en oeuvre la politique exigée par les banques européennes. Ils sont restés au sein de Syriza, même après la trahison de l'an dernier, le quittant seulement quand il était devenu évident qu'ils allaient être expulsés.

Il est révélateur que Davanellos commence sa déclaration en rejetant ceux qui mettent « l'accent sur ​​une évaluation politique et théorique de la période Syriza », insistant au contraire pour dire que la tâche était de développer « une nouvelle alliance » basée sur « des positions politiques qui sont, parfois, assez fortement éloignées ».

Ce qui prédomine réellement au sein d'Unité populaire est un programme nationaliste strident pour un « Grexit » (sortie de la Grèce de l’UE), une sortie de l'euro et la réintroduction de la drachme. Ce n’est pas plus là un programme anti-austérité que ne l’est la politique de Syriza; il exige seulement que la tâche d'imposer l'austérité passe de l'UE à la bourgeoisie grecque.

Quand Davanellos parle de positions politiques « assez fortement éloignées » ce dont il parle, ce sont les efforts déployés par lui-même et ses alliés pseudo de gauche pour fournir une caution de gauche à ce qui est en fait un programme nationaliste extrêmement réactionnaire.

Il reconnaît que les membres d'Unité populaire étaient « ravis » du succès de la campagne du Brexit en Grande-Bretagne, dominée par l'extrême droite et empreinte de xénophobie, et il indique que des courants similaires s’activent dans cette alliance pseudo de gauche grecque.

Il parle des propositions faites à la conférence pour la formation de « comités de défense de la souveraineté nationale » et de politiques visant à « contrôler les frontières » de la Grèce. À cet égard, Unité populaire ne fait que reprendre les politiques anti-immigrés brutales mises en œuvre par le gouvernement Syriza. Depuis avril, le gouvernement Tsipras a commencé la rafle et la déportation massive de réfugiés vers les champs de la mort au Moyen-Orient.

La tâche entreprise par Davanellos et ses semblables est de prêter à de telles politiques nationalistes réactionnaires une couverture « socialiste » bidon.

Davanellos conclut ainsi son compte-rendu: « Dans la foulée de la capitulation de Syriza et de la désintégration de la gauche, Unité populaire est le site critique pour le regroupement de la gauche radicale anti-mémorandum ».

S'il y a une « désintégration de la gauche » en Grèce, elle est le résultat direct de la politique de ces organisations, qui ont ouvert la voie à la trahison de Syriza et ont oeuvré pour empêcher la classe ouvrière de tirer les leçons de cette expérience. Si elles s’acharnent à réaliser un « regroupement » c’est seulement pour préparer de pires crimes à l'avenir.

L'analyse de Syriza faite par le Comité international et sa lutte incessante pour démasquer tous ses apologistes pseudo de gauche ont été pleinement confirmées.

Comme le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) avait insisté pour le dire dans sa déclaration de novembre 2015, « Les leçons politiques de la trahison de Syriza en Grèce » : « L'expérience Syriza souligne la nécessité d'une réorientation fondamentale des travailleurs, des jeunes et des intellectuels attachés au socialisme. Face à une crise économique mondiale sans précédent depuis les années 1930 et à un assaut féroce mené par toute la classe capitaliste, la classe ouvrière ne peut se défendre en élisant de nouveaux gouvernements capitalistes de ‘gauche’ ».

Cette évaluation a été confirmée non seulement en Grèce, mais en Espagne avec Podemos, en Grande-Bretagne avec la montée de Jeremy Corbyn dans le Parti travailliste et aux États-Unis avec la campagne de Bernie Sanders, du Parti démocrate.

La seule façon d'aller de l’avant est la construction de véritables partis marxistes révolutionnaires qui fournissent la direction politique dont la classe ouvrière a besoin dans une lutte sans compromis contre les partis pseudo de gauche comme Syriza. Il est grand temps pour ceux qui ont commencé à tirer les leçons de ces expériences d’agir, en rejoignant le CIQI pour mener ce combat.

(Article paru en anglais le 15 juillet 2016)

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