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Manuel Valls, l’héritier de la Françafrique (Mondafrique)

par Thalia Bayle 28 Novembre 2016, 21:33 Valls Françafrique néocolonialisme Togo Côte d'Ivoire Gabon Dictature France Collaboration

Premier ministre, Manuel Valls a toujours veillé à soigner ses réseaux en Afrique. Quitte à faire la guerre aux amis de Nicolas Sarkozy.

Lorsque le 29 octobre dernier, Manuel Valls s’envola pour le Togo, le Ghana, et la Côte d’Ivoire, François Hollande était rentré dans une colère froide. A ses yeux, cette nouvelle tournée démontrait que son premier ministre cherchait à développer ses propres réseaux en Afrique et préparait activement les prochaines échéances électorales.

Dès la rentrée de Septembre 2016, l’hôte de Matignon avait donné un long entretien à « Jeune Afrique » qui avait déla provoqué une certaine inquiétude à l’Elysée. Sa soudaine passion pour l’Afrique prenait la forme de quelques propos convenus sur la démocratie, horizon indépassable du continent, « la soif de modernité » de la jeunesse africaine et « la nouvelle frontière » que constituerait l’Afrique pour l’Europe. L’heure pour Manuel Valls était à l’absolution des chefs d’Etat amis, notamment Ali Bongo et Idriss Déby, que le parti socialiste avait pu, peu ou prou, égratigner par le passé. Et de s’envoler dans la foulée pour le Sénégal, où outre le président Macky Sall,  » un ami et un grand dirigeant », Manuel Valls rencontrait, comme à chacune de ses tournées, quelques hommes d’affaires.

Ce Premier ministre avait au minimum le souci de se doter d’une posture internationale. Mais à l’Elysée comme au PS, on n’écarte pas l’hypothèse qu’il espérait trouver également quelques soutiens financiers. L’utile et l’agréable en somme. Le plus cocasse est que sur sa piste africaine, cet héritier de la Françafrique a croisé de nombreux réseaux qu’avait déja vampirisé l’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy. Ne serait-ce que les amis africains de l’industriel Vincent Bolloré, actionnaire dominant de l’agence de communication Havas Worldwilde (ex Euro RSCG), où règne l’ami et complice de toujours de Valls, Stéphane Fouks, qui s’est toujours intéressé à l’Afrique (Maroc, Guinée Conakry, Cameroun...etc). Gageons que cet intime du Premier ministre a mis tous ses réseaux à son service.

 

Le laboratoire gabonais

Nouveau venu dans le monde tortueux de la politique africaine, Manuel Valls apprend vite à maîtriser l’art de virer casaque. Les relations avec le régime gabonais qui s’enfonce dans une répression de plus en plus brutale lui donnent l’occasion à faire ses classes. Dans un premier temps, le Premier ministre cherche à s’attirer les bonnes grâces d’Ali Bongo. Le Gabon est une chasse gardée de Nicolas Sarkozy et de ses amis ? Manuel Valls n’hésite pas à lancer une guerre de réseaux. Le conseiller Afrique de Matignon, le mauritanien Ibrahima Diawadoh N’Jim qui est aux cotés de Valls depuis quinze ans, se rapproche de Maixent Accrombessi, le directeur de cabinet de la présidence gabonaise tandis que les amis corses de Sarkozy à Libreville, tels Michel Tomi, perdent du terrain.

 

Hélas pour Manuel Valls, le vrai patron de l’Afrique reste Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense. Et ce dernier a fait de Maixent Accrombessi sa bête noire. En aout 2015, le directeur de cabinet d’Ali Bongo est rattrapé en France dans une affaire de commission que lui aurait versé le groupe Marck, une entreprise française spécialisée dans la vente d’uniformes militaires. Le dossier judiciare est livré « clé en mains » au journal « le Monde ». Mis en examen et entendu par la police française, Accrombessi devient infréquentable. Manuel Valls fut alors prié par l’Elysée et par le ministère de la Défense de recadrer ses liens avec le Gabon. Ce qu’il fit mais bien maladroitement. Cinq mois plus tard sur le plateau de l’émission de France 2 « On n’est pas couché », Manuel Valls déclare que le président Ali Bongo n’avait pas été « élu comme on l’entend ». La mini crise diplomatique qui suit le contraint à s’excuser auprès du chef de l’Etat gabonais lors d’une rencontre en marge du sommet de Davos.

Lors des élections présidentielles gabonaises en mai dernier, la victoire frauduleuse d’Ali Bongo contre son adversaire Jean Ping déclenche une vague de soulèvements dans le pays. Dans le sillage du ministre des affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls en appelle, mais sans insister, à ce fameux recomptage des voix dont Bongo ne veut à aucun prix. Très vite pourtant, une voix familière convainc le premier ministre français de calmer le jeu: celle d’Hamed Bakayoko, le ministre de l’Intérieur ivoirien, fort proche du régime gabonais. On assiste à un nouveau virage de Manuel Valls qui appelle l’opposition gabonaise victime de la fraude à « dialoguer » avec un Ali Bongo totalement discrédité. Le Premier ministre français a finalement choisi son camp. Et avec quelle assurance ! « Faisons confiance à Ali Bongo, déclare-t-il dans Jeune Afrique », il y a en Afrique une puissante aspiration à la démocratie ». Il est vrai que le régime gabonais devenu une junte militaire est un bel exemple de la marche des périples africains vers la bonne gouvernance...

 

« Frère Hamed Bakayoko »

Franc-maçon comme Manuel Valls, grand maître de la Grande Loge de Côte d’Ivoire (GLCI), Hamed Bakayoko est devenu aujourd’hui un grand ami du premier ministre français à qui il ne manque jamais de rendre visite quand il passe à Paris. Protégé de Claude Guéant sous l’ère Sarkozy lorsqu’en tant que ministre de l’Intérieur, il doit assurer l’étroite collaboration avec les services de renseignement français, Bakayoko a du montrer patte blanche lors de l’arrivée des socialistes au pouvoir. Il trouve une oreille attentive auprès de son nouvel homologue Manuel Valls à qui on déroule le tapis rouge lors d’un premier séjour à Abidjan en novembre 2013.

Homme d’affaire richissime ayant bâti sa fortune sous l’aile de Dominique Ouattara, l’épouse du chef de l’Etat ivoirien, c’est dans sa luxueuse villa d’Assinie, haut lieu de villégiature pour la jet-set abidjanaise qu’Hamed Bakayoko a reçu le premier ministre français et son épouse, Anne Gravoin, en marge de leur dernière tournée en Afrique de l’Ouest. Sur quoi ont-ils échangé ? Mystère. Mais l’entente est bonne, les intérêts partagés nombreux, comme cet irrésistible attrait pour les cimes de l’Etat. Miroirs déformants l’un de l’autre, les deux hommes nourrissent alors la même ambition présidentielle tout en jurant fidélité aux chefs d’Etat respectifs qu’ils ont soutenus.

 

Un Sarko de gauche

Reste que l’arrivée du premier ministre français en terre ivoirienne, la veille du référendum pour l’adoption d’une nouvelle Constitution voulue par Ouattara, ami de longue date de Nicolas Sarkozy, interroge. « Il semble donner le blanc seing à une initiative très controversée et boycottée par l’opposition » souligne une source diplomatique. « Est-ce bien le rôle d’un Premier ministre français ? ». Depuis quelques temps, Manuel Valls, moulé dans son costume africain de « Sarko de gauche » témoigne volontiers de son admiration pour le président ivoirien dont il a notamment vanté « la sagesse » dans son entretien de septembre à Jeune Afrique.

Ce n’est pas la première fois que « réseaux Sarko » et « réseaux Valls » jouent aux chassés croisés sur le continent. Bernard Squarcini, ancien patron du renseignement intérieur proche de Sarkozy est lui aussi un intime d’Hamed Bakayoko à qui il avait notamment recommandé, en décembre 2013, les services la société militaire privée « Gallice » pour assurer sa protection personnelle.

Le « Squale » entretient par ailleurs les meilleurs rapports avec Jean-Dominique Okemba, surnommé JDO, patron des renseignements congolais à qui Nicolas Sarkozy avait remis la Légion d’honneur en février 2011. Après l’élection de François Hollande, c’est Manuel Valls et son équipe qui reprendront le contact avec JDO. Ce dernier sera présent en juin 2015 à Matignon lors de la remise des insignes de la Légion d’honneur par le premier ministre français à un autre fidèle du président congolais Denis Sassou Nguesso : Jean-Yves Ollivier, « diplomate de l’ombre », barbouze proche de Jacques Chirac et de Michel Roussin, l’ancien gendarme de Chirac devenu le conseiller de Vincent Bolloré. A l’époque, la récompense créé la surprise au moment où le chef d’Etat congolais, bien décidé à briguer un troisième mandat malgré les limitations imposées par la Constitution, n’est pas en odeur de sainteté à Paris.

 

Valls l’Africain

Qu’à cela ne tienne, Manuel Valls possède sa propre politique africaine. Et c’est peu de dire qu’il en explore toutes les arcanes. L’orchestre de son épouse, l’« Alma Chamber orchestra », a notamment effectué une tournée en Afrique du sud fin avril 2015 financée par la fondation du magnat de l’armement Ivor Ichikowitz proche du président Jacob Zuma et ami de… Jean-Yves Ollivier. Le fidèle conseiller du Premier ministre, le mauritanien N’Jim, lui a ouvert quelques portes à Nouakchott où Valls est devenu le grand ami du conseiller du général-président Aziz, le cinéaste Sissako, auteur du film « Timbuktu. Le même N’Jim a permis à Manuel Valls d’entrer en contact avec un homme d’affaires fortuné, mauritanien lui aussi, Abderrahmane Ndiaye, qui à la tête de SAGAM est présent à Dakar comme à Abidjan. Que le Premier ministre français se rende au Sénégal fin septembre 2016, et on le voit assister à l’anniversaire des trente ans d’existence de ce groupe qui vend du matériel sécuritaire.

Adjointe à la mairie d’Evry, le fief du Premier ministre, la franco-marocaine Najwa El Haïte est très active au Maroc. Consultante pour la société « Agence Publics », filiale du groupe de lobbying ESL Networks, cette communicante talentueuse et bien introduite au sein du pouvoir marocain est à même de veiller à la bonne réputation de son mentor. L’agence ESL elle-même, très ouverte sur l’international (Dubaï, Madagascar, Cameroun…), est présidée par Alexandre Medvedowski, un ancien fabiusien mis en cause dans l’affaire Guérini, reconverti dans les affaires, et « proche de Manuel Valls » selon le journaliste et expert Antoine Glaser dans son livre « Africa France ». Le secrétaire d’Etat chargé des relations avec le parlement, Jean-Marie Le Guen, fidèle de l’ex président ivoirien Laurent Gbagbo et accompagnateur invétéré de Valls à chacun de ces déplacements en Afrique est lui aussi un ami de Medvedowski. Selon les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot dans leur livre « Nos très chers Emirs », le ministre aurait facilité la signature d’un contrat entre l’ambassadeur du Qatar en France Meshaal Al-Thani et ESL Networks en échange d’une protection à l’Assemblée et au Sénat sur toute question concernant l’Emirat. Toujours selon le livre, la société aurait alors versé 10 000 euros par mois à Jean-Marie Le Guen pour le remercier de ces services. Ce que l’intéressé dément.

Ce n’est pas tout. Autre allié de taille pour le premier ministre français, le président togolais Faure Gnassimbé a reçu sa visite lors de sa tournée africaine du 29 octobre. Devant un parterre d’officiels aux anges, le premier ministre a affirmé avec fermeté que « la France croit au Togo ». De quoi porter de l’eau au moulin du très influent ministre des affaires étrangères togolais Robert Dussey qui avait déclaré quelques jours avant cette visite qu’elle représentait un « appui diplomatique et politique de la France à l’action du chef de l’État togolais Faure Gnassingbé ». Pas un mot en revanche sur la réélection très contestée du président, ni sur les atteintes répétées aux droits de l’homme pointées sans relâche par les organisations de la société civile dans le pays.

Terminée la Françafrique! Place à « l’intérêt mutuel »! Les dernières professions de foi de Manuel Valls dans « Jeune Afrique » demandent à se traduire par une politique africaine moins ambigue.

Manuel Valls, l’héritier de la Françafrique (Mondafrique)

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