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Guerre ou paix : ce que réserve l’été 2017 pour le Hamas et Israël (Middle East Eye)

par Yossi Melman 18 Avril 2017, 23:41 Israël Hamas Crise Colonialisme

Le nouveau mur à un milliard de dollars à la frontière israélienne qui finira par entourer Gaza sur trois côtés – la mer étant le quatrième – déclenchera-il une nouvelle guerre ?

Israël et le Hamas arrivent à un tournant qui déterminera si l’été 2017 les amènera au bord d’une nouvelle confrontation ou prolongera la paix relative des trente derniers mois le long de leurs 65 kilomètres de frontière.

D’ici le mois d’août, Israël a l’intention d’accélérer la construction du nouveau mur à sa frontière, positionné uniquement sur le territoire israélien. Ce nouveau projet, qui a débuté il y a quelques mois, est l’un des plus importants investissements – 1 milliard de dollars – de la défense israélienne sur une courte période.

Une fois terminé, ce mur sera probablement l’obstacle frontalier le plus avancé au monde, comportant des murs de ciment s’enfonçant profondément dans le sol et équipés d’un équipement sismique, et une clôture au-dessus du sol équipée de capteurs sophistiqués. Il encerclera la bande de Gaza sur trois côtés au niveau de la terre. La Méditerranée ferme le cercle.

L’objectif du projet est d’empêcher les militants du Hamas d’infiltrer Israël à travers leur labyrinthe de tunnels souterrains, ce qu’ils ont essayé et n’ont pas réussi à faire – après avoir été surpris par Israël à plusieurs reprises, des combattants ayant même été tués – lors de la dernière guerre à l’été 2014. Après cette dernière guerre, l’armée israélienne a annoncé avoir trouvé 31 tunnels menant à Israël et en avoir détruit la plupart.

Les dirigeants et commandants du Hamas ont déclaré être persuadés que les tunnels constituent l’un de leurs deux outils stratégiques pour contrer la puissante armée israélienne. L’autre étant la roquette.

Attaquer ou patienter ?

Les renseignements israéliens admettent que le Hamas a déjà récupéré ses capacités militaires et les a ramenées plus ou moins au même niveau qu’avant la dernière guerre.

Toutefois, le Hamas sait qu’une fois le mur terminé, il sera plus difficile, voire impossible, pour ses combattants de s’infiltrer en Israël et que le mouvement islamique se retrouvera privé de l’un de ses atouts militaires les plus importants.

Donc, outre les tunnels – probablement une quinzaine menant à Israël – et les roquettes, le Hamas tente d’améliorer et de diversifier ses capacités militaires en établissant une grande unité de commandement naval et en construisant des drones aériens.

 

Le dilemme du Hamas maintenant consiste à attaquer rapidement et compromettre son régime même ou à voir l’un de ses outils devenir inutile.

Cet été, le Hamas pourrait essayer de perturber l’érection du mur en bombardant les travailleurs et le matériel lourd. Cependant, ce type d’attaque exposera le groupe à de lourdes représailles israéliennes qui pourraient se transformer en une escalade majeure et, finalement, en une quatrième guerre en neuf ans.

Le Hamas sait parfaitement que par le passé, le ministre israélien de la Défense, Avigdor Liberman, a préconisé qu’en cas de nouvelle guerre, Israël renverse son gouvernement à Gaza.

Ce dilemme ne pouvait pas survenir à un pire moment pour le Hamas, qui est au milieu d’un changement de garde. Tout récemment, le groupe a élu au poste de nouveau chef politique à Gaza Yahya Sinouar, un commandant militaire qui a passé vingt ans dans une prison israélienne.

Son prédécesseur, Ismaël Haniyeh, devrait déménager de Gaza au Qatar pour remplacer le chef politique Khaled Mechaal, lequel espère qu’un jour le Hamas prendra la Cisjordanie au Fatah et qu’il sera président du peuple palestinien.

Un jeu dangereux

La plus haute instance du Hamas – le Conseil de la Choura – est en train de délibérer un changement dans sa charte de 1987 en convenant d’accepter un État palestinien dans les frontières de 1967 comme une solution provisoire sans abandonner sa position fondamentale selon laquelle la Palestine sera une terre sacrée musulmane où Israël n’aura pas de place.

La tension entre Israël et le Hamas s’accroît déjà. Le mois dernier, l’agent du Hamas Mazen Fuqaha a été tué près de chez lui, au sud-ouest de la ville de Gaza. Son meurtre était le travail de professionnels. L’assassin ou les assassins ont agi avec calme, ont tiré quatre balles à bout portant avec des pistolets équipés de silencieux et ont quitté la scène sans laisser de traces – du moins jusqu’à présent.

Le Hamas a précipitamment accusé Israël de ce meurtre. Israël a gardé le silence. Lieberman, cependant, a déclaré la semaine dernière qu’il s’agissait de l’œuvre d’une personne au sein du Hamas.

Mais en supposant qu’Israël soit derrière cet assassinat, cela peut indiquer une nouvelle approche. Si, en effet, Israël peut assassiner les dirigeants du Hamas à Gaza et à l’étranger sans laisser de traces, cela montre que ce pays devient plus agressif.

Quand Israël dispose de renseignements précis et d’une faisabilité opérationnelle, cela le démange d’exécuter de telles opérations, mais c’est un jeu dangereux qui peut échapper à tout contrôle.

Les porte-parole du Hamas ont promis de venger le meurtre du membre de leur organisation, mais le Hamas ne veut pas encore être entraîné dans une nouvelle confrontation, estimant que, bien qu’il ait récupéré certaines de ses capacités, il n’est toujours pas à la hauteur de l’armée israélienne et n’est donc pas encore prêt sur le plan militaire. Et maintenant, il fait face au défi du nouveau mur.

Israël ne veut pas non plus d’une autre guerre. Les chercheurs israéliens ne savent pas comment le Hamas va faire face au nouveau dilemme à sa porte. Cela tient probablement au fait que le leadership du Hamas ne l’a pas encore compris.

 

- Yossi Melman est un commentateur spécialiste de la sécurité et du renseignement israéliens. Il est co-auteur de Spies Against Armageddon.

Photo : d’ici le mois d’août, Israël a l’intention d’accélérer la construction du nouveau mur à sa frontière, positionné uniquement sur le territoire israélien (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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