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Ce que les journalistes traditionnels ne vous disent pas. Homs : Un témoin raconte comment le Père Frans van der LUGT a été assassiné (Sylvia Cattori)

par Sylvia Cattori 30 Avril 2014, 08:04 Syrie Homs Frans van der LUGT Assassinat Otage Terrorisme OTAN

Ce que les journalistes traditionnels ne vous disent pas. Homs : Un témoin raconte comment le Père Frans van der LUGT a été assassiné (Vidéo)

Par Sylvia Cattori

Le 7 avril 2014, le Père hollandais Frans van der LUGT était froidement abattu à Homs. Encore sous le choc, l’homme qui a ouvert la porte du couvent à l’assassin raconte.

Voici la traduction de son récit :

J’ai reçu la visite d’un homme qui demandait à parler au père Frans van der LUGT.

- Que désirez-vous ? lui ai-je demandé.

- Je souhaiterais lui poser une question.

Le père Frans est sorti de sa chambre. Ils ont échangé des salutations.

L’homme lui a demandé de le suivre.

- Vous serez bien chez nous, lui a-t-il dit.

- Je ne quitterai pas le couvent, lui a répondu le père Frans

- Alors asseyez-vous sur cette chaise, lui a intimé l’homme.

Je me suis interposé.

- Asseyez-vous au loin sinon je vous flingue, m’a crié l’homme.

Je me suis assis.

Le père Frans s’est également assis et l’homme lui a aussitôt tiré une balle en pleine tète.

Dans cette vidéo on entend également une femme dire que « les habitants et les visiteurs du couvent ont peur », qu’elle a elle aussi très peur, en ajoutant « mais je ne partirai pas d’ici, c’est le message de père Frans ».

*****

Le Père Frans en 2012 a-t-il payé de sa vie le fait d’avoir dit la vérité sur la « rébellion » ? Voici ce qu’il avait écrit en janvier 2012 :

« La plupart des citoyens de la Syrie ne sont pas favorables à l’opposition. Même un pays comme le Qatar l’a reconnu à la suite d’un sondage d’opinion. Par conséquent, vous ne pouvez pas dire que c’est un soulèvement populaire. La majorité des gens ne font pas partie de la rébellion et certainement pas partie de la rébellion armée (...)

Dès le début, les mouvements de protestation n’ont pas été purement pacifiques. Dès le début, dans les manifestations, j’ai vu des manifestants armés qui ont commencé en premier à tirer sur la police. Très souvent, la violence des forces de sécurité a été une réaction à la violence brutale des rebelles armés... » [1]

Un aperçu de la vie quotidienne à Homs, aujourd’hui

Contactés par téléphone le 22 avril, une jeune femme et son père restés à Homs malgré les difficultés nous ont brièvement raconté leur quotidien.

« Les obus de mortiers pleuvent de partout et on n’ose pas sortir ; cela fait plus de 10 jours que je n’ai pas pu me rendre à l’Université. Nous avons très peur des voitures piégées par les rebelles » nous a dit la jeune femme.

Son père nous a décrit la situation :

« L’armée (gouvernementale) avance bien mais pas aussi vite qu’elle le voudrait. Il lui est très difficile de pénétrer dans le vieux Homs occupé par les gangs armés, tout comme dans tous les autres vieux quartiers. A tout moment les gangs tirent au mortier vers tel ou tel quartier ; ensuite ils font exploser des voitures piégées dans un quartier diamétralement opposé. Ils tirent des obus et ensuite ils font courir des bruits pour semer la zizanie et désorienter la population. En faisant croire que tel tir d’obus tombé dans un quartier est une vengeance du quartier d’en face. Longtemps les gens ont pris au sérieux les rumeurs qu’ils faisaient circuler ; mais ils ont fini par comprendre que c’étaient des mensonges destinés à les dresser les uns contre les autres.

Les habitants pris en otages dans ces quartiers occupés par les gangs sont terrorisés. Tous ceux qui ont pu échapper à leur contrôle disent avoir subi des traitements humiliants ; les pires traitements. Un vieux monsieur qui a pu s’échapper récemment a raconté avoir été sodomisé par les terroristes. Il était très choqué et très gêné en racontant ce qu’il avait subi ; il craignait de ne pas être cru. De nombreux témoins évoquent le cas de nombreuses fillettes âgées de plus de 9 ans, qui ont été violées. Pourquoi 9 ans ? Parce que dans l’esprit de ces criminels, 9 ans est l’âge de la puberté.

Le quotidien de ces malheureux habitants est effrayant. Depuis plus d’un an ils sont sans électricité, les enfants n’ont plus d’école et doivent se soumettre comme les adultes aux tâches que leur ordonnent ces gangs : creuser des tunnels, transporter des armes. J’ai rencontré une femme âgée qui habitait dans les quartiers que les mercenaires ont occupés. Elle m’a raconté que quand ils sentaient l’odeur des plats que les gens assiégés cuisinaient ils venaient les confisquer. » [2]

Ici le téléphone a été coupé.

Silvia Cattori


[1] Voir le témoignage complet en anglais :
http://www.trans-int.com/wordpress/index.php/2014/04/14/father-frans-on-the-syrian-rebellion-the-protestors-shot-first/

[2] Voir également cet article écrit par une journaliste arabe et qui reflète l’exacte réalité :
Syria : Fighters and mice all that remain in Old Homs
http://english.al-akhbar.com/content/syria-fighters-and-mice-all-remain-old-homs

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