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Les élections régionales en France et la menace de dictature (WSWS)

par Alex Lantier 18 Décembre 2015, 11:33 France Etat d'urgence FN Etat policier Dictature Parti socialiste Constitution

Les élections régionales qui se sont déroulées les 6 et 13 décembre en France ont marqué une nouvelle étape dans l’effondrement de la démocratie bourgeoise en Europe. Ces élections, qui furent organisées après les attentats du 13 novembre à Paris sous le régime de l’état d’urgence décrété par le Parti socialiste (PS) au pouvoir et avec des forces de police lourdement armées patrouillant devant les bureaux de vote, ont connu une recrudescence du soutien apporté au Front national (FN) néofasciste.

Le PS, qui veut inscrire l’année prochaine l’état d’urgence permanent dans la constitution, continue d’imposer des coupes sociales massives conformément à la politique d’austérité de l’Union européenne (UE). Profitant de la colère populaire, grâce à une démagogie antimusulmane et anti UE, le FN espère remporter les élections présidentielles de 2017 en visant en définitive à se positionner à la tête de l’État policier que le Parti socialiste est en train de mettre en place.

Les néofascistes sont sortis grandement renforcés de ces élections régionales. Le FN a obtenu 358 conseillers régionaux, trois fois plus qu’avant, et est représenté dans chaque région de France alors qu’auparavant il n’était représenté que dans 10 régions. Il a recueilli au niveau national un nombre record de 6,8 millions de voix (27 pour cent) – seulement 5 pour cent de moins que le PS.

Un système instable de trois partis a résulté entre le PS, les conservateurs du parti Les Républicains (LR) et le FN.

Les politiciens et les médias tentent d’endormir la population en présentant les élections comme une défaite du FN qui n’a aucun président de conseil régional. Dans le nord et le sud-est de la France, où Marine Le Pen et Marion-Maréchal Le Pen du FN s’étaient présentées, le PS avait demandé à ses candidats de se désister en faveur des LR. Les deux candidates FN recueillirent finalement respectivement 42 et 45 pour cent des voix, vu qu’une section des électeurs avait procédé à un vote stratégique en écartant de justesse les candidats FN du pouvoir.

En prétendant qu’une « catastrophe [avait été] évitée de justesse », le dirigeant du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon avait déclaré, « Je voudrais remercier les millions de personnes ayant voté avec des bulletins pourtant contraires à leurs convictions les plus profondes. »

C’est une escroquerie politique. Bien qu’une certaine inquiétude face aux attaques perpétrées contre les droits démocratiques ressentie par une couche d’électeurs ait joué un rôle dans l’issue du vote, la perspective de soutenir le PS ou les LR à l’encontre du FN est dangereuse et fausse. Le PS et les forces de la pseudo-gauche telles le Front de Gauche, qui avaient unanimement voté l’état d’urgence à l’Assemblée nationale, œuvrent eux-mêmes fébrilement à la mise en place d’un État policier.

Le PS, que la politique d’austérité pratiquée par le président François Hollande a discrédité, propose une modification de la constitution accordant des pouvoirs illimités à la police pour diligenter des perquisitions de domiciles, des confiscations arbitraires ainsi que des mises en détention de personnes ou des assignations à résidence. Il suffit uniquement à la police affirme que le comportement d’un individu soit susceptible de présenter à l’avenir une menace pour l’ordre public. Le PS signale vouloir autoriser la police à cibler des gens en se fondant sur leur comportement, leurs amis, leurs déclarations ou leurs projets.

La liberté d’opinion et d’expression va devoir être supprimée. La police et un appareil d’espionnage électronique massif disposeront de pouvoirs arbitraires pour décider quelles seront les personnes dont les déclarations, les appels téléphoniques ou les mises en ligne sur Internet constituent une menace à l’ordre public, et pour bloquer ou saisir la propriété de ceux qui sont considérés comme étant une menace.

En ce qui concerne la décision du PS de se désister des élections régionales pour pratiquement s’allier aux LR, elle ne fait que souligner l’effondrement de la « gauche » bourgeoise française en permettant au FN de s’afficher comme le principal parti d’opposition en France.

Le parti LR, qui cherche désespérément à se maintenir à la droite du PS au moment où le PS se recentre vers l’extrême droite, est en train de mettre en avant une politique antidémocratique encore plus draconienne. Il veut assigner à résidence les dizaines de milliers de personnes qui sont fichées « S » – en permettant aux agences de renseignement d’envoyer quelqu’un dans un camp d’internement par le simple fait de lui apposer le sigle « S ».

Une crise profonde du régime capitaliste est née de la crise économique d’après 2008 et de la course à la guerre impérialiste en Syrie et partout au Moyen-Orient. L’aristocratie financière, qui est consciente de la colère qui existe au sein de la classe ouvrière due à l’inégalité sociale, à l’austérité et à la guerre et qui ne peut s’exprimer au sein de l’establishment politique, considère toute opposition avec horreur et colère. La démocratie bourgeoise est de plus en plus incapable d’équilibrer les tensions de classe fondamentalement insolubles.

En France, les banques et le complexe de l’appareil militaire et de renseignement sont en train de laisser tomber tout semblant de Liberté, Égalité et Fraternité en se tournant vers le culte de la Dictature, de l’Austérité et de la Guerre. C’est ce fait et non le sort de l’objectif 2015 de Marine Le Pen de devenir la conseillère régionale du nord de la France, qui détermine les perspectives du FN ou de quel parti que ce soit qui en sera issu. La bourgeoisie française vise à céder de plus en plus de pouvoir au néofascisme.

Les droits démocratiques ne peuvent être défendus que par une mobilisation de la classe ouvrière réunie dans une lutte politiquement indépendante et basée sur un programme socialiste et internationaliste. Telle est la leçon qu’il faut tirer de l’ensemble de la période qui s’est écoulée depuis la crise de l’élection présidentielle de 2002, lorsque le PS de Lionel Jospin a été éliminé au premier tour et que des protestations de masse avaient éclaté contre un second tour des élections entre le conservateur Jacques Chirac et le dirigeant de l’époque du FN, Jean-Marie Le Pen.

Le Comité International de la Quatrième Internationale, qui publie le World Socialist Web Site, avait diffusé une lettre ouverte à Lutte ouvrière (LO), à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et au Parti des travailleurs (PT) – qui avaient rassemblé plus de trois millions de vote – en appelant à un boycott du second tour. La lettre ouverte avait expliqué qu’un boycott actif, mobilisant la classe ouvrière dans une lutte contre l’austérité et la guerre, préparerait au mieux la classe ouvrière contre la politique que Chirac poursuivrait.

Ces trois partis avaient rejeté la proposition du CIQI et favorisé le vote pour Chirac, prétendument pour empêcher que le FN n’accède au pouvoir. Les résultats concernant ces 13 dernières années témoignent de la faillite politique de ces partis petits-bourgeois qui durant des décennies ont dominé ce qui passait pour une politique oppositionnelle « de gauche. »

Après avoir fourni leurs trois millions de voix à Chirac, ils se rangèrent de plus en plus ouvertement aux côtés de la politique réactionnaire qui a provoqué la montée du FN. Ils appuyèrent les mesures islamophobes telles l’interdiction du port du voile et de la burqa, ils acclamèrent les guerres impérialistes menées en Libye et en Syrie comme étant des révolutions, ils soutinrent tacitement les déportations de masse des Roms, et ils menèrent une campagne pour l’élection de Hollande en dépit de son agenda d’austérité déclaré. Ils furent éliminés au premier tour des élections régionales.

Une vaste et puissante base subsiste au sein de la classe ouvrière en faveur des droits démocratiques. Toutefois, la classe ouvrière ne peut lutter et défendre la démocratie que sur la base d’une opposition socialiste à l’encontre de ces partis et de leur politique anti-marxiste.

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