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Le candidat du NPA Philippe Poutou défend les frappes de Trump en Syrie (WSWS)

par Alex Lantier 11 Avril 2017, 07:17 NPA Poutou Impérialisme Trump Collaboration USA Syrie

Le candidat du NPA Philippe Poutou défend les frappes de Trump en Syrie (WSWS)

Le candidat du NPA Philippe Poutou défend les frappes de Trump en Syrie

Par Alexandre Lantier
11 avril 2017

La réaction du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) aux frappes de l'administration Trump contre la Syrie marque un nouveau virage à droite de ce parti pro-impérialiste des classes moyennes. Le NPA a soutenu la guerre par procuration menée par l'impérialisme en Syrie depuis 2011, et à présent il s'aligne sur une intervention directe de l'impérialisme et affiche son hostilité envers toute manifestation qui s'opposerait à l'escalade militaire très dangeureuse qui se profile.

Dans une déclaration presque impossible à distinguer de la propagande de la CIA, son candidat présidentiel, Philippe Poutou, ne critique pas l'agression de la Syrie par Trump, mais dénonce toute opposition à la guerre comme étant un soutien au président Bashar al-Assad et aux tueries de masse.

Poutou commence en applaudissant Trump pour avoir saisi le prétexte d'une attaque chimique très douteuse à Khan Sheikhoun pour attaquer la Syrie: «Pour la première fois depuis 6 ans, l’armée du criminel de guerre El Assad a été la cible de frappes aériennes. 59 missiles américains ont détruit la base aérienne de Shayrat, d’où auraient décollé les appareils responsables de l’attaque de mardi aux armes chimiques contre les populations civiles de Khan Sheikhoun, qui a fait au moins 86 morts, dont 27 enfants».

«Le boucher El Assad avec les armées iranienne et russe ont tué des centaines de milliers de Syriens, bombardant sans cesse les populations civiles et les forces de la résistance à son pouvoir sanguinaire», écrit-il, avant de conclure: «Donc, sans apporter le moindre soutien ni entretenir la moindre espérance envers les frappes de l'armée américaine, nous ne rejoindrons pas les protestations des partis en France qui, pour prôner une paix "raisonnable" avec El Assad et ses sbires, ferment les yeux sur les centaines de milliers de morts tués par le dictateur et les millions de déplacés et réfugiés».

Ceci est une déclaration du NPA qu'il s'opposera férocement à tout mouvement anti-guerre et qu'il défendra l'offensive de l'administration Trump, que soutiennent l'Union européenne (UE) et le Parti démocrate aux USA. Les frappes américaines menacent de déclencher une guerre entre l'OTAN et l'Iran et la Russie, les principaux alliés de la Syrie. Malgré le fait qu'une telle guerre pourrait détruire toute la planète, le NPA endosse l'offensive de Trump.

Le plaidoyer pro-guerre de Poutou se fonde sur des mensonges et des affirmations non prouvées. Il accepte sans critique l'idée que les forces d'Assad ont lancé du gaz à Khan Sheikhoun, ce qu'aucune investigation n'a établi. En fait, il est presque sûr que ce sont les agents de la CIA qui ont organisé cette attaque. Poutou ne dit pas que la dernière attaque chimique majeure de ce genre, en 2013 à Ghouta, était l'œuvre de milices islamistes qui ont à l'époque tenté de faire porter la responsabilité du meurtre à Assad.

L'affirmation essentiellement diffamatoire de Poutou, que s'opposer à une guerre impérialiste en Syrie signifie défendre le meurtre de masse, repose sur des mensonges politiques. D'abord, la principale responsabilité pour la dévastation de la Syrie n'appartient pas à Assad, à la Russie, ou à l'Iran, mais à Washington, aux pays impérialistes européens, et à leurs soutiens politiques dont le NPA. La CIA, les services de renseignement européens, et les pays du Golfe ont dépensé des milliards de dollars sur des milices qui tentaient de renverser Assad.

Avant tout, c'est un acte de diffamation politique que de proclamer que des millions de gens en France et à travers le monde ne veulent pas d'une nouvelle guerre parce qu'ils défendent «Assad et ses sbires». Les travailleurs ont vécu une longue expérience avec un quart de siècle de guerres impérialistes au Moyen Orient – en Syrie, en Irak, en Afghanistan, au Yémen – qui ont coûté des millions de vies et des milliers de milliards de dollars. Ils savent qu'une nouvelle guerre, et surtout une qui deviendrait une guerre nucléaire entre l'OTAN et la Russie, serait un désastre.

Le NPA fait cyniquement la révérence à cette opposition à la guerre, en disant qu'il n'entretient aucune espérance envers les frappes américaines. En fait, il attaque Trump depuis la droite, pour n'avoir pas suffisamment menacé la Syrie, l'Iran et la Russie. A partir de l'idée que c'est Assad qui a ordonné l'attaque à Khan Sheikhoune, Poutou tente d'en faire porter la responsabilité à Trump, qui selon lui aurait pu empêcher l'attaque par une politique plus agressive.

Il écrit: «Il y a à peine une semaine, son équipe amplifiait ses positionnements précédents en indiquant qu'une entente avec Bachar Al-Assad était envisagée dans le cadre de la "guerre contre le terrorisme", comme étaient confortés d'autres pouvoirs oppresseurs comme ceux de Poutine, Sissi ou Nethanyahou. Ces signaux ont été clairement interprétés par le régime syrien comme un encouragement à poursuivre ses turpitudes, et après Obama, Trump a donc sa part de responsabilité dans l'atroce attaque chimique et les morts de Khan Cheikhoun».

Ici, les bobos post-soixante-huitards du NPA parlent au nom de couches des classes moyennes aisées proches des stratèges les plus agressifs de l'impérialisme européen et américain. Le bombardement de la Syrie par Trump était le résultat de deux mois de conflits internes à Washington, la CIA, le Parti démocrate, et leurs alliés européens ayant dénoncé Trump pour ses prétendus liens avec Damas et Moscou et son refus de les menacer d'une guerre.

Ces forces-là l'ont finalement emporté, et Trump a lancé les frappes la semaine dernière, provoquant une vaste escalade internationale des conflits militaires et politiques. Ceci démasque en particulier le rôle des tendances petite-bourgeoises comme le NPA, qui ont défendu très agressivement les guerres lancées en Libye, en Syrie, et à travers le Moyen-Orient en 2011, pour riposter contre la révolution égyptienne.

Quand des manifestations liées aux milieux islamistes à Benghazi ont éclaté, le NPA et ses alliés internationaux, dont le professeur Gilbert Achcar, ont applaudi les guerres et ont tenté de les faire passer pour des révolutions démocratiques.

Achcar a écrit: «Si Kadhafi était autorisé à poursuivre son offensive militaire et s'il prenait Benghazi, il y aurait un énorme massacre. Nous sommes dans un cas où une population est vraiment en danger et où il n'y a pas d'autre alternative pour la protéger. L'attaque des forces de Kadhafi est une question d'heures ou de jours. On ne peut, au nom de principes anti-impérialistes, s'opposer à une action qui va empêcher le massacre de civils.»

Achcar a ensuite participé à la planification du conflit syrien, rencontrant le Conseil national syrien, soutenu par la CIA, en octobre 2011 avant de s'en vanter le mois prochain dans un article d'Al Akhbar.

Rien ne démasque plus clairement le gouffre de classe qui sépare le NPA des travailleurs en France et à travers le monde que son rôle dans la planification et la défense de guerres impérialistes qui ont coûté des centaines de milliers de vies, décimé des pays entiers, et préparé la menace d'une guerre mondiale. Poutou se fait l'écho à nouveau des revendications du NPA, qui veut que les puissances impérialistes accélèrent leur armement des milices rebelles en Syrie.

Poutou dit: «Nous avons par contre toujours exigé la levée de l’embargo sur les ventes d’armes à la résistance non confessionnelle, embargo qui l’a laissée sans moyens réels de défense, seuls les djihadistes intégristes réussissant à se fournir – et pas en armes anti-aériennes – auprès des pays du Golfe et de la Turquie».

Poutou trompe à nouveau ses lecteurs, afin de présenter la guerre comme étant progressiste. Mais personne n'a imposé d'embargo aux milices d'opposition – que ce soit aux milices islamistes telles que Ahrar al Sham ou le Front al Nosra lié à Al Qaïda, ou aux prétendues milices laïques telles que l'Armée syrienne libre ou les Forces démocratiques syriennes, pro-kurdes. Ces forces ont subi des défaites militaires non pas parce que les impérialistes ne leur donnaient pas d'armes, mais parce qu'elles n'avaient pas de soutien populaire réel. L'idée du NPA selon laquelle ces éléments menaient une révolution démocratique a toujours été une fraude.

La déclaration de Poutou doit servir d'avertissement que les travailleurs et les jeunes ne peuvent défendre leurs intérêts fondamentaux que par une lutte politique acharnée contre le NPA.

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