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L’ex-premier ministre français, François Fillon, et les « métastases » de la guerre de Libye (France-Irak-Actualité)

par François Petitdemange 4 Mai 2015, 16:10 France Libye Françafrique Crimes contre l'humanité François Fillon

L’ex-premier ministre français, François Fillon, et les « métastases » de la guerre de Libye (France-Irak-Actualité)

Analyse du discours prononcé à Londres, lors d’une conférence-débat avec Gilles Kepel, sur le thème : « Lutter contre le terrorisme aujourd’hui : quelles politiques ? Quelles perspectives pour la France et le Royaume-Uni? Quel impact sur le secteur privé ?».

Voyons donc ce que peut dire sur ces questions François Fillon, lui qui, en tant que Premier ministre du 17 mai 2007 au 10 mai 2012, a pris une part directe de responsabilité dans la guerre menée de mars à octobre 2011, par le président Nicolas Sarkozy, le Premier ministre David Cameron et le président des États-Unis Barack Obama, contre le peuple libyen.

« Avec les printemps arabes, nous espérions la victoire de la démocratie mais la démocratie ne s’improvise pas, et à bien des égards, l’Occident – USA en tête – s’est comporté en apprenti sorcier. L’invasion de l’Irak en 2003 et la démocratisation improvisée de ce pays ont précipité le chaos. » Outre qu’il faudrait savoir ce que les chefs de quelque trois États occidentaux entendent par « démocratie », puisque leurs soutiens sont exclusivement voués à la bourgeoisie et que leurs meilleurs amis se trouvent, désormais, dans les monarchies féodales du Golfe Persique, force est de constater qu’ils veulent imposer, coûte que coûte, à tous les pays du monde, cette « démocratie » qu’ils se gardent bien de définir.

En 2011, les « printemps arabes », joliment vendus aux populations occidentales par les médias mainstream, n’étaient destinés, dès le début, qu’à être des printemps de sang et de cendres.

La démocratie de s’exporte pas

Le renversement d’un régime, quel qu’il soit, par une « guerre » pudiquement appelée «opération extérieure », comme en Irak ou en Libye, ne peut que s’achever – ainsi que François Fillon le souligne lui-même – dans le « chaos ». Car, non seulement la « démocratie » ne «s’improvise » pas, mais elle ne s’exporte pas. Elle ne peut venir de l’extérieur du pays visé par les “bienfaits occidentaux” sous peine de s’imposer au mépris de la souveraineté des peuples : alors, monsieur Fillon, la « démocratie », c’est quoi ?

Les nombreuses expériences passées devraient avoir appris, non pas « à l’Occident » mais à certains chefs d’États occidentaux « – USA en tête – », que la « démocratie », selon leur imaginaire mais aussi selon leur réalité exclusive, ne peut s’implanter, ni dans l’imaginaire des peuples, ni dans la réalité d’un pays. Restent les dégâts considérables causés par les bombes dans le quotidien de ces peuples et dans l’histoire de ces pays. Ce que les déstabilisations des dernières années montrent, c’est que les peuples irakien, tunisien, égyptien, libyen, syrien, etc., ne peuvent plus être mis au pas forcé, comme au temps de la colonisation européenne, même sous les bombes des bienfaiteurs de l’humanité qui se résument à trois chefs de pays occidentaux. L’insistance de ces derniers, aiguillonnés par les multinationales amies, à aller, au nom des droits de l’homme, contre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ne peut qu’aboutir à ce résultat : à défaut de pouvoir faire entendre raison à ces peuples dépourvus de toute raison, qui refusent l’exploitation de l’être humain par l’être humain, comme en Libye, il ne reste plus qu’à détruire tout dans leur pays pour les plonger dans le « chaos ».

Pris au piège des mots

On pourrait croire qu’à la lueur de ce qui s’est passé et de ce qui se passe encore en Irak, monsieur Fillon a compris un peu quelque chose. Mais non ! Puisque monsieur Fillon considère que « l’opération française en Libye » était « juste » « sur le plan moral »… C’est-à-dire ?

« Quant à l’opération française en Libye – aussi juste fût-elle sur le plan moral – elle aura eu pour conséquence de disloquer cet État et de métastaser le Sahel. » Là où monsieur Fillon a tout à fait raison, c’est lorsqu’il compare « l’opération française en Libye » à un cancer qui fait des métastases au Sahel. Cependant, pris au piège des mots, voilà une comparaison terrible pour lui… Car, en dehors de lui, à qui viendrait-il l’idée de considérer et de dire qu’un cancer est « juste » « sur le plan moral »… Enfin, le fin mot de l’histoire est dans le but visé et obtenu de cette guerre : « disloquer l’État », c’est-à-dire l’État des masses, pour arracher au peuple libyen le pouvoir politique et économique, empêcher la création des États-Unis d’Afrique avec une monnaie commune, une armée commune de défense pour tout le continent.

Est-il possible de se voiler la face en utilisant un mot pour un autre… En 2011, en fait d’« opération en Libye», il s’est agi d’une véritable guerre menée, durant huit mois, par des attaques systématiques – de nuit comme de jour – dirigées contre la population civile, tuant hommes, femmes, enfants jusque dans leur sommeil. Le président Sarkozy, avec la complicité active du gouvernement – dont monsieur Fillon était lui-même le chef – et de l’assemblée parlementaire, est à l’origine d’une guerre qui a fait plus de 100.000 mort(e)s sur une population de six millions d’habitant(e)s, un grand nombre de blessé(e)s dont des handicapé(e)s à vie… Et, quand monsieur Fillon parle de métastases, il ne croit pas si bien dire : l’utilisation de bombes, avec des ogives fabriquées à l’uranium appauvri, aura de cruelles répercussions sur la santé des générations à venir… Combien d’hommes, de femmes, d’enfants de Libye vont mourir de cancers à plus ou moins longue échéance ? De l’opération « Protecteur Unifié » des trois chefs d’États occidentaux, destinée à protéger des agressions supposées, fantasmées, de Muammar Gaddhafi « contre son peuple », celui-ci se souviendra longtemps. « Merci, monsieur Sarkozy »?

Ce qui gêne monsieur Fillon…

Monsieur Fillon se réveille tout à coup… Il avait cru faire un rêve de « démocratie » pour les pays musulmans qui ne demandaient rien, et ne demandent toujours rien d’ailleurs, ni au président français, ni à son équipe politique ; et voilà qu’il se réveille dans un cauchemar qui ne fait que commencer… « Nous sommes confrontés à une nouvelle forme de guerre mondiale. Les mouvements totalitaires islamiques occupent désormais des territoires, ils contrôlent des populations, ils lèvent l’impôt, exportent du pétrole, se procurent des armes lourdes, conduisent une guerre numérique efficace contre leurs ennemis, c’est-à-dire contre nous. L’axe de la terreur court du Nigéria au Pakistan, et est marqué par l’émergence de l’État islamique auquel Boko Haram vient de prêter allégeance. »

Qu’est-ce qui gêne monsieur Fillon, dans tout cela ? Pas le nombre de morts en Libye puisqu’il ne les a pas vus. Boko Haram a fait un mort ici, un mort là. L’ÉIIL (État Islamique en Irak et au Levant) a fait deux morts ici, dix morts là. Les bombes occidentales ? Aucun mort ! Ce qui gêne monsieur Fillon, c’est le fait que « les mouvements totalitaires islamiques » - que les monarques du Golfe ont financé et que les chefs d’États anglo-saxons et français ont formé militairement pour les utiliser dans les guerres contre la RDA (République Démocratique Afghane), contre la république d’Irak, contre la démocratie directe libyenne (Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste), contre la république syrienne - « occupent désormais des territoires », « contrôlent des populations », s’emparent de l’économie à travers, notamment, les richesses pétrolières, maîtrisent le militaire et… le « numérique » (“le top du top” des prochaines guerres) …

Françoise Petitdemange

Photo : François Fillon légitimant l’intervention militaire française en Libye (Assemblée nationale – 22/3/11)

*Source : Contre le terrorisme : riposte globale, fermeté et sang-froid (Le blog de François Fillon – 21/4/15)

* Auteure de La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011) aux Éditions Paroles Vives 2014.

Contact : http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr

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Kadhafi sur France 3 : « Je lui ai donné l’argent avant qu’il ne devienne président… » , par Françoise Petitdemange

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