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Valls, Le Drian et Fabius à Riyad, chez les coupeurs de têtes (Mondafrique)

par Jacques Bourget 12 Octobre 2015, 17:01 Valls Fabius François Hollande Arabie Saoudite Collaboration Ventes d'armes Accord

Les 12 et 13 octobre, Manuel Valls, Jean-Yves Le Drian et Laurent Fabius se rendent en Arabie Saoudite pour quelques dollars de plus. Tant pis si un condamné à mort de 20 ans attend d’avoir la tête tranchée.

Valls, Le Drian et Fabius à Riyad, chez les coupeurs de têtes (Mondafrique)

Il fallait bien trois ministres dont un Premier pour réchauffer les relations entre la France et l’Arabie Saoudite. Dans les meetings du PS « Fafa » n’est pas connu comme un bon chauffeur d’ambiance, mais tant pis. Si Valls et Le Drian s’en étaient allés faire leur tour de VRP en laissant leur camarade à Quai, il en aurait fait une jaunisse. Et Fabius n’est-il pas ministre du Tourisme ! Bof, c’est vrai aussi que les français, le « hadj » excepté, ne pratiquent pas le farniente en Arabie, au pays numéro un mondial pour les coupures de têtes. « Réchauffer les relations » ? He oui. Même si Hollande, tel un Valbuena, a mouillé le maillot en multipliant les navettes entre Paris et Riyad, et en assistant même à un indigne « Conseil de commandement » des forces arabes (celles engagées dans l’écrabouillement des chiites du Yémen), les Américains n’ont pas tardé à reprendre la main. Ils l’ont fait lors de la visite du roi Salman aux USA, en célébrant de concert le 70e anniversaire des accords du « Quincy », nom du navire où fut signé le pacte qui a fait de l’Arabie une colonie de Washington. A vie.

Un peu irrités par le flirt franco-saoudien, les perfides diplomates du Département d’Etat ont alors rappelé à Salman la mauvaise manière que la France lui a réservé cet été. Réservé en ne mettant pas hors de nuire les citoyens aux bérets râleurs, ceux qui ont protesté contre la privatisation d’une plage de Vallauris qui a la malchance d’être comme la serviette de bain du palais de Salman sur la Côte d’Azur. Parfois, comme le lift au tennis, les petites causes ont de grands effets.

Service minimum

Mais aussi, les hommes d’Obama n’ont pas manqué de signaler que, dans l’affaire Ali Mohamed al-Nimr, Paris avait publié un communiqué dans lequel il rappelait « réprouver, partout dans le monde, la mise en œuvre de la peine de mort ». Ce qui constitue un service minimum, lorsqu'un gosse de 20 ans, condamné à avoir la tête tranchée, puis son cadavre crucifié, pour avoir osé protester contre la condamnation de son oncle à la peine capitale. Tout cela étant en fait le bon remède local, celui du palais, pour faire taire « l’opposition » chiite. Il fallait donc que Manuel, Laurent, Jean-Yves et les autres se précipitent avec leurs salamalecs les plus astiqués aux pieds de Salman, roi et dictateur. Dans un article du Monde l’auteur cite « un homme d’affaires saoudien » qui, dit notre confrère, promet « des milliards de nouveaux contrats ». Secret de polichinelle, chacun sait que la source favorite du quotidien du soir n’est autre que le fils d’Adnan Khassoghi, célèbre marchands de canons, et que son avis n’est que sable qui coule entre les doigts.

Avant de rêver de vendre à Riyad des centrales nucléaires, des TGV ou des usines d’autos, il fallait donc, d’abord, finaliser les promesses faites lors des épisodes précédents. C’est ce qu’a fait Manuel en passant samedi au Caire où, lors d’une cérémonie digne d’un épisode de Tintin, on a vu l’ancien maire d’Evry verser une larme sur les épaules d’un gros militaire couvert de galons, signant essoufflé de multiples pages avec un grand stylo. Après le marché « Rafale », traité par Hollande, restait les navires « Mistral » pour Valls. Et ce n’était pas que du vent. Pour qui observe que les virements bancaires ne se feront pas dans l’ombre des pyramides, puisque c’est l’Arabie qui paye toutes ces factures, l’étape était un épisode à ajouter à la « Soupe au Canard » des Marx Brothers. Le roi Salman offre donc des Rafale et des Mistral à son fils Sissi, comme une manière de cadeau de Noël… tant mieux si ça soulage Saint Nazaire et Le Figaro.

Pourtant le maréchal égyptien, depuis quelques mois, fait la grimace. Il a observé le rapprochement opéré entre Riyad et la confrérie des Frères Musulmans, vilains barbus qui, en Egypte et partout dans le monde, sont la bête noire de Sissi. Pas grave, Salman a expliqué au maréchal que, dans la cadre de sa guerre contre les chiites, il lui fallait bien faire un geste envers ces Frères si sunnites.

Financements djihadistes

Heureusement que, dans ses valises diplomatiques, Manuel et sa dream team, n’ont pas convié Bernard Squarcini, l’ancien patron de la DGSI. D’abord « le Squale » est bien trop costaud pour être roulé dans une valise, puis il dit trop de choses mal élevées. Ainsi, à l’occasion du pèlerinage de nos dirigeants vers La Mecque, des malins ressortent un extrait du livre publié il y a plus d’an an par Squarcini, « Le renseignement français, les nouveaux enjeux »… Derrière ce titre à faire fuir le lecteur, se cache au moins une perle. Selon le chef espion, les groupes djihadistes qui sont venus prêter allégeance à Al Qaïda «étaient financés principalement par le prince saoudien Bandar Ben Sultan (secrétaire général du Conseil de sécurité nationale et chef des Renseignements généraux d’Arabie saoudite) qui adoptait une politique régionale indépendante de ses frères et ses cousins». C’est, précise « le Squale », «Bandar Ben Sultan qui était derrière le financement des groupes djihadistes en Afghanistan, en Syrie, au Liban, en Egypte, au nord de l’Afrique», par ailleurs, «le Qatar, grand partenaire commercial et politique de la France, était intéressé par le financement, voire l’armement des groupes islamistes combattant en Afrique contre l’armée française». Heureusement que Squarcini est resté en Corse, pour y chasser le sanglier.

Les fruits d’une autre réunion, pourtant passionnante, ne seront pas évoqués à Riyad par nos élites. Le titre de ce colloque, réuni à Las Vegas fin septembre dans l’immeuble de l’Anti-Monney Laudering and Financial Crime, avait pour objectif de mieux pister le financement du terrorisme. Il y avait là la crème des super flics et celle des banquiers, super eux-aussi. Lors de ce bal des faux culs il a été interdit de prononcer les mots Qatar et Arabie Saoudite, on n’a parlé que des « Etats » et de « milliardaires » qui envoient des sous à al-Qaïda et Daech. La situation devenait si grotesque que quelques experts, plus culotés que les autres, ont demandé à ce que l’on se penche sur certains flux financiers issus de citoyens saoudiens, qataris… Quelle idée infamante ! Heureusement que Le Drian et Fabius ne pensent pas des choses comme ça. Eux ils ont le bon Manuel.

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