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[Enquête Djihadisme en Syrie] Retour sur le “bon boulot d’Al-Nosra” (5/5) (Les Crises)

par Les Crises 16 Mars 2018, 08:03 Al Nosra Al-Quaïda Médias Syrie Fabius François Hollande Collaboration France Articles de Sam La Touch

[Enquête Djihadisme en Syrie] Retour sur le “bon boulot d’Al-Nosra” (5/5) (Les Crises)

Suite de notre série sur Al-Nosra

Billet 1/5 :

  1. Naissance d’Al-Nosra
  2. Le double attentat du 23 décembre 2011
  3. Le conspirationnisme légitime

Billet 2/5 :

  1. Le “vrai boulot” d’Al-Nosra
  2. Quand les Américains font du “bon boulot” (non ironiquement)
  3. La Conférence de Marrakech “des amis du peuple syrien”
  4. Islamiste un jour, islamiste toujours ?

Billet 3/5 :

  1. Et Laurent Fabius fit son apparition
  2. Bonus : Notre ami Ahmad Moaz al-Khatib
  3. La propagande pro-Pouvoir ordinaire

Billet 4/5 :

  1. Le devenir d’Al-Nosra (et de la propagande chez nous…)
  2. 2011 : Amnistie Nationale

Billet 5/5 :

  1. [2017] Les fact-checkeurs entrent en scène
  2. Conclusion

XIII. [2017] Les fact-checkeurs entrent en scène

Ce sujet du “bon boulot d’Al-Nosra” ayant ressurgi durant la présidentielle, les fact-checkers sont entrés en scène :

Nous avons analysé cet article (qui nous mettait d’ailleurs injustement en cause) dans ce billet.

On a eu ensuite une réaction des fact-checkeurs de Libération (Sources : ici et ):

Ils sont forts quand même : ils arrivent à citer Fabius disant ce qu’il n’a “jamais dit”

Juliette Gramaglia d’Arrêts Sur Images (qui parle de nous) :

N.B. : avec un gros succès d’estime chez les abonnés – ils sont super bons les abonnés d’@si 🙂

Il y a même eu France Soir pour venir défendre Laurent Fabius :

 
Encore un journaliste qui se contredit dans son article…

Enfin, France 5 s’y est mis aussi. C’est encore mieux en vidéo, car il est toujours bon de diversifier les supports de propagande (ironie) :

Cependant, tous les fact-checkeurs précédents ont appliqué aux candidats à la présidentielle (qui n’ont certes pas tous été exemplaires de rigueur) une méthode hypercritique, méthode que l’on retrouve souvent à l’origine des scénarios conspirationnistes. Ces fact-checkeurs n’ont pas cherché à comprendre et discuter le fond de la problématique : les défaillances dramatiques de notre Diplomatie.

 

On pourrait même dans certain cas faire un rapprochement avec ce principe : « Dans les raisonnements complotistes, on retrouve un mécanisme cognitif général : l’attribution d’intentionnalité. On appelle « biais d’intentionnalité » la tendance qu’ont les individus à voir le comportement des autres comme intentionnel. C’est ainsi qu’une simple maladresse est interprétée comme une conduite agressive, révélatrice de dispositions hostiles. Autrement dit, le biais d’intentionnalité consiste à percevoir l’action d’une volonté ou une décision derrière ce qui est fortuit ou accidentel. »

Bref, ces “analystes” ont préféré se ruer sur les candidats et tenter de les décrédibiliser avec un poujadisme certain, oubliant au passage un petit fact-checking à réaliser : celui des médias… (qui informent aussi les politiques !)

Comme pour le Figaro :

ou RTL :

ou la Tribune de Genève :

ou BFM :

ou L’Obs :

ou l’envoyé spécial en Syrie de L’Humanité :

ou re-Le Figaro (remarquable analyse d’ailleurs) :

Mais ils ne peuvent pas tout faire, j’imagine…

 

 

XIV. Conclusion

Ainsi, on reste assez effaré du comportement de ces journalistes issus du fact-checking, pour certains complètement ignorants en géopolitique. On les voit se démener avec force pour essayer de défendre l’indéfendable. Ils tentent ainsi de blanchir Laurent Fabius, en essayant de discréditer les critiques légitimes, en pinaillant sur le moindre mot sans chercher le sens profond de l’affaire.

Finalement, il n’est pas très important de savoir si Laurent Fabius partageait ou ne partageait pas cette vision le jour où il a parlé de “bon boulot”. Comme on l’a vu, le fait qu’il ait prononcé ces mots montre d’ailleurs qu’il ne connaissait probablement pas Al-Nosra quand il les a prononcés. Si c’était le cas, il aurait protesté, dit qu’il n’était pas d’accord, voire, rêvons un peu, déclaré qu’il allait quitter la conférence sur-le-champ pour ne pas compromettre la France avec de tels soutiens du terrorisme. Bref, on ne peut pas trop lui reprocher ces mots, ce n’est qu’une nouvelle illustration de son incompétence, qui a été critiquée par de nombreux spécialistes .

En revanche, ce qui est vraiment grave, c’est que Laurent Fabius et François Hollande ont reconnu des Syriens compromis avec les Frères musulmans, qui savaient parfaitement en quoi consistait Al-Nosra, et qui ont quand même salué son “bon boulot” comme étant les “seuls représentants du peuple syrien”. Pire, ces “représentants” ont ensuite osé demander publiquement à Barack Obama de revenir sur sa classification d’Al-Qaïda en Irak comme groupe terroriste ! Le tout en étant appuyé par “plusieurs ministres arabes” !

Ce qui est grave, c’est que Laurent Fabius puisse dire ceci le 16 décembre 2012 dans nos médias, en n’étant corrigé par aucun journaliste. Il y a de quoi s’inquiéter en constatant que des “fact-checkers” reprennent cet extrait et s’en servent pour le défendre, alors qu’il saute aux yeux que ceci l’accuse gravement !

Xavier Lambrechts (TV5) : À côté de la Coalition se bat par exemple ce front al-Nosra, qui sont des milices radicales, des salafistes radicaux…

Laurent Fabius : Plus que des radicaux ! Ça pose un gros problème !

Xavier Lambrechts : Vous avez vu que les Américains les considèrent depuis quelques jours comme organisation terroriste. Est-ce que la France pourrait suivre l’exemple américain ?

Laurent Fabius : Je suis en train de réfléchir à cela, parce que les Américains ont pris cette décision. Par ailleurs, à la fois la Coalition Nationale Syrienne, et les collègues arabes qui étaient à Marrakech, étaient, eux, très hostiles à cette position [NdT : observez à 0’30 le recul physique que prend involontairement Fabius pour l’illustrer], en disant que ce sont des gens qui se battent contre Bachar (sic.), donc c’est très difficile de les désavouer.

Mais il faut faire extrêmement attention [NdR : observez à 0’39 de nouveau son expression éloquente]

Je suis en train d’étudier tout cela parce que des rapports nous indiquent qu’ils ont un lien avec Al-Qaïda. Et le problème, ce n’est pas simplement aujourd’hui, c’est demain ! Il faut toujours avoir le regard prospectif ! [NdR : il l’illustre à 0’51]

Admettons, ce que nous souhaitons, que Monsieur Bachar tombe. Que deviennent ces combattants et que deviennent leurs armes ? On va les retrouver où ? Au Mali, ailleurs ? Donc il faut faire très attention à cela !

Et d’ailleurs vous avez noté que, autant la Coalition Nationale Syrienne a désavoué la position américaine, autant elle n’a pas pris dans sa propre représentation les djihadistes ! Car les principes qui sont ceux de la Coalition Nationale Syrienne sont de respecter toutes les communautés, qu’elles soient minoritaires ou majoritaires, et de respecter les Droits de l’Homme et la Démocratie. C’est donc tout à fait autre chose que la position d’Al-Qaïda ! [Source : RFI/TV5/Le Monde ou ici]

 

Ainsi, c’est tout cela qui est tragique, et mérite enquêtes et fact-checkings de journalistes professionnels ! D’autant que, comme le montre cette série de billets, tout est public, et à peu près tout se trouvait dans la presse. Mais pour bien analyser, il faut prendre beaucoup de temps et de recul pour recoller tous les morceaux et se poser les bonnes questions.

Et comme au terme de cette succession de décisions diplomatiques au ton très néoconservateur, il y a eu 300 000 morts en Syrie, et, chez nous, le Bataclan (entre autres), cela mériterait au minimum de mettre en place une Commission d’enquête parlementaire, avec levée du secret défense et déclassification des documents, afin de savoir ce que le gouvernement français a vraiment fait en Syrie, qui il a armé, qui il a soutenu, pourquoi, et, surtout, si tout ceci était bien dans l’intérêt supérieur de la Nation française…

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